‹ Stendhal-Beyle;Chapitre 60 sur 74 · CERTIFICAT DE NOTORIETE · texte numérisé non relu

CERTIFICAT DE NOTORIETE

Le maire de la ville de Grenoble, sur l’attestation de MM. Michoud, Pison du Galland, conseillers 4 la cour royale de Grenoble; Félix Faure, conseiller auditeur a la méme cour; Romain Mallein, procureur du roi de l’arrondissement de Grenoble; le comte de Reneville, chevalier de Saint-Louis; Alphonse Périer, négociant; Pascal fils, entrepreneur principal; Bigillion, greffier du tribunal civil a Grenoble, et Mallein, contréleur des contributions directes, qwil déclare bien connaitre, certifie qu’il est de notoriété publique que M. Henry Beyle, ancien auditeur, fils de M. Beyle, ancien premier adjoint 4 la mairie de cette ville et chevalier de Vordre royal de la Légion d’honneur, arriva 4 Grenoble, n’étant plus auditeur, le 29 juillet 1814,d’ou il repartit peu de jours aprés pour Milan, le séjour des pays chauds lui étant nécessaire pour une affection de poitrine contractée dans la campagne de Moscou et pour laquelle, peu aprés son arrivée 4 Milan, il subit un traitement de plusieurs mois.

Qu il est encore de notoriété que M. Henry Beyle n’est rentré en France et revenu a Grenoble qu’en avril 1816 pour affaires de famille et pour vendre une maison a lui appartenant, qu'il est

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reparti en juin pour Milan, afin de passer lhiver dans un climat. plus chaud que celui de Grenoble. Teh

Quw’il est arrivé 4 Grenoble, veriant de Milan, le 13 avril 1817.

Qu’enfin il est encore de notoriété publique que M. Henry Beyle n’est-point venu en France pendant labsence de Sa Majesté en 1815. et n’a exercé aucune fonction publique depuis la suppression de Vancien Conseil d’Etat.

Fait 4-Grenoble, le 26 avril 1817.

Le comre vE Renevitie, chevalier de Saint-Louis; Félix Faure, conseiller auditeur 4 la cour royale de Grenoble; Breriiton, greffier du tribunal civil a Grenoble; Alphonse Pérrer, négociant; Pascar fils, entrepreneur principal; Romain Mattern, procureur du roi de larrondissment de Grenoble; MaxteIn, contrdleur des contributions directes; Mrcuoup, conseiller 4 la cour royale; Pison pu Gattanp, conseiller a la cour royale de Grenoble.

Le maire de Grenoble, BurvEL, adjoint.

Vu par nous, préfet du département de l’Isére, pour légalisation de la signature, d’autre part, de M. Burdel, adjoint 4 la mairie de Grenoble. - ‘

Grenoble, en la préfecture, le 28 avril 1817.

Pour M. le préfet et pour le secrétaire général :

Le conseiller de préfecture déléqué, SAVOYE.

[Beyle joignit a ce certificat une lettre au ministre, lettre curieuse qui étonnera ceux qui connaissent son culte pour ’empereur et son horreur des Bourbons, car il-déclare qu’il-n’eut pas en 1815 la moindre idée de servir ’usurpateur, « de demander une place a Buonaparte », et il se glorifie d’appartenir 4 une famille « connue par son dévouement a la cause sacrée de la légitimité ».]

Grenoble, 26 avril 1817, MOoNSEIGNEUR,

Par la lettre dont Votre Excellence m’a honoré le 21 octobre 1816,. Llle me fait espérer que mon traitement de non-activité d’adjoint aux commissaires des guerres me sera payé, si je justifie de ma conduite pendant Vabsence du roi en 1815.

Attaqué dune maladie de poitrine aprés la campagne de Moscou,

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‘que j’ai faite en entier, attaqué de la fiévre nerveuse en Silésie ou jétais intendant (a Sagan) en 1813, les médecins déclarérent que habitation des pays chauds était indispensable; j’allai passer deux mois en Italie en 1813.

A la dissolution de Vancien Conseil d’Etat, me trouvant libre, Jallai suivre le traitement de ma maladie a Milan, ott je l’avais déja commencé en octobre et novembre 1813.

J’y arrivai le 14 aoat 1814. Le 31 mars 1816 je rentrai en France pour vendre une maison. Je repartis en juin. J’ai passé l’hiver a

“Milan et je rentre en France presque guéri. J’ai été saigné quinze

fois, j'ai pris quarante-huit frictions mercurielles, et fait le traitement de la salze pareille (sic).

Ce que dessus sera prouvé, si Votre Excellence me l’ordonne, par des certificats de autorité municipale de Milan et des médecins qui m/’ont traité.

En février, mars, avril, mai, juin et juillet 1815, je n’étais point alité et pouvais voyager. habitais 4 Milan, rue San Pietro all’ orto, n° 909; mais je n’eus jamais la moindre idée de demander mes anciennes places a l’usurpateur. Le certificat ci-joint prouve que je ne suis pas rentré en France a cette époque.

Fidéle 4 Vadresse au Roi que je signai comme auditeur au Con-

-seil d’Etat (Moniteur d’avril 1814, le méme numéro oti se trouve

Vabdication de Buonaparte), je n’ai jamais varié dans ma fidélité et mon dévouement au souverain légitime. Ma famille est connue par ‘son dévouement a la cause sacrée de la légitimité. Mon pére a été nommé par le roi 1* adjoint au maire de Grenoble et a fait pendant un an les fonctions de maire. Son Altesse Royale monseigneur le comte d’Artois a daigné lui accorder la croix de la Légion dhonneur.

Aprés avoir fait toutes les campagnes depuis 1806 et les deux campagnes de Marengo et du Mincio, je me trouve a trente-cing ans avec une santé et une fortune délabrées. Je ne touche rien du gouvernement. J’ai grand besoin de la solde de non-activité de commissaire des guerres adjoint. J’ai touché cette solde du I juin 1810 au 30 octobre 1814, d’aprés deux décisions expresses portées le dans une lettre de Son Excellence monseigneur le duc de Feltre, ministre de la guerre; 2° dans une lettre de Son Excellence monseigneur le comte de Cessac, ministre de l’administration de la guerre.

Mes bons services comme adjoint aux commissaires des guerres de 1806 a 1810 sont connus de MM. Daru, Joinville et Villemanzy.

J’ai toujours fait fonction de commissaire des guerres et souvent de sous-inspecteur aux revues, particuli¢rement a Brunswick (1806, 1807, 1808), ou j’étais intendant des domaines.

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Je supplie Votre Excellence de m’accorder le traitement de nonactivité de commissaire des guerres adjoint depuis le mois de novembre 1814, payable a Paris.~

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur. ;

Le commissaire des guerres adjoint, De Beyte.

[La réponse du ministre se fit attendre. Beyle reprit la plume, et il écrivit le le juin la lettre suivante :]

Grenoble, le 1¢™ juin 1817.

MonsEIGNEUR,

Votre Excellence, par sa lettre du 21 octobre 1816, a daigné m’annoncer que je serais payé de mon traitement de non-activité d’adjoint aux commissaires des guerres aussit6t que j’aurais prouvé que je nai pas servi pendant l’absence du Roi en 1815.

Le 26 avril dernier, le maire de la ville de Grenoble, ott je suis né, m’a donné un certificat duquel il résulte que je n’ai plus eu de fonctions depuis la suppression de l’ancien Conseil d’Etat. Depuis l’'adresse que j’ai signée le 11 avril 1813 (sic) et par laquelle je prétais serment de fidélité au Roi, je n’ai eu aucune communication avec ’usurpateur. Ma famille est connue depuis les premiers jours de la Révolution par son dévouement a l’auguste famille des Bourbons, et c’est ace titre que mon pére a obtenu la croix de la Légion @honneur de Son Altesse Royale monseigneur le comte d’Artois.

J’ai adressé le certificat du maire de Grenoble 4 Votre Excellence. Je lui avais adressé en juillet 1816 mon livret duquel il conste que mon traitement m’est di depuis le mois de novembre 1814. Jai fait dix campagnes, y compris celle de Moscou ot j’ai perdu ma santé; il ne me reste que le traitement de non-activité de mon grade d’adjoint aux commissaires des guerres.

Ayant rempli les conditions imposées par la lettre de Votre Excellence en date du 21 octobre 1816, je la supplie d’ordonner que mon traitement soit liquidé sans délai.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

Le commissaire des guerres adjoint, De Beyte.

[Quelques jours avant cette lettre, le ministre avait pris une décision. Gonvaincu par l’acte de notoriété, il arréta le 26 mai 1817 que

le traitement de non-activité attribué au grade d’adjoint titulaire aux commissaires des guerres serait alloué a Beyle, mais que « dans les circonstances ott la France se trouvait, et dans lintérét du trésor », Beyle ne toucherait ce traitement qu’a partir du 13 avril 1817, derniére époque constatée de son retour d’Italie, parce que, dans les différentes absences qu'il avait faites sans l’autorisation du ministre, il ne pouvait étre « considéré comme étant a la disposition du gouvernement ».

Pour payer cette demi-solde, le ministre exigeait des piéces. Le 13 juillet 1818, Pintendant militaire M. Martelliére, chef de la 4s direction, écrivait 4 Beyle que ses services au 6° dragons n’étaient pas suffisamment justifiés, et le priait d’envoyer les piéces qui les constataient, ainsi que son acte de naissance et des renseignements sur sa nomination d’adjoint provisoire, qu'il fixait au 29 octobre 1806 et que les documents du ministére placaient au 15 novembre.

Cette lettre fut envoyée a Tullins; elle y resta une année, et Beyle ne l’a recue qu’au mois doctobre 1819. Il fit sur-le-champ une réponse qui devait étre inutile, mais qui mérite d’étre reproduite. |

Paris, le 12 octobre 1819.

MOoNSEIGNEUR,

Je réponds ala lettre dont ila plu 4 Votre Excellence de m’honorer le 13 juillet 1818. Cette lettre m’ayant été adressée dans la commune de Thuélin (Isére), y est restée un an, et je viens seulement de la recevoir.

Pour constater mes services dans le 6° régiment de dragons, J’ai Vhonneur d’adresser 4 Votre Excellence :

le Un ordre original du général de division Michaud donné au quartier-général de Brescia le 1** complémentaire an 9 pour rejoindre mon régiment, le 6* dragons, alors en garnison a Savigliano, département du Tanaro (Piémont) ;

2° Loriginal d’un certificat signé par M. le général de division Michaud et portant que le citoyen Henry-Marie Beyle, sous-lieutenant au 6° régiment de dragons, a rempli prés de lui les fonctions d’aide-de-camp d’une maniére distinguée ;

3° Une lettre en original signée de M. le général de division Oudinot, chef de l’état-major général de l’armée d’Italie, en date du 24 vendémiaire an 9. Cette lettre, adressée 4 M. Daru, annonce Venvoi d’un brevet de sous-lieutenant provisoire en faveur du citoyen Beyle.

Mes services comme sous-lieutenant, commissaire des guerres et auditeur sont bien connus de MM. Daru et Joinville.

4e J'ai V’honneur d’adresser A Votre Excellence mon extrait de

baptéme, signé de M. le maire de Grenoble. Je n’ai eu qu’un frére, qui n’a vécu que quelques mois, et il est de notoriété publique que je suis le seul fils de feu M. Beyle, chevalier de la Légion d’honneur et premier adjoint au maire de Grenoble.

5° Enfin je mets sous les yeux de Votre Excellence l’état de mes services signé de moi.

Jai passé le Saint-Bernard avec l’armée de réserve ; jai fait les campagnes de Marengo, du Mincio, démissionnaire a la paix. J’ai fait les campagnes d’Iéna, de Prusse, de Vienne en 1809, de Moskou. J’ai eu une mission dans Moskou méme. J’ai fait la campagne de 1813 et celle de 1814.

J’ai Vhonneur d’étre, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

Le commissaire des guerres adjoint, De Bey te.

No 45, rue de Richelieu.

[Par cette lettre et cet envoi de piéces, Beyle répondait trés tardivement et sans qu’il y ett de sa faute a la lettre du 13 juillet 1818, partie du bureau de Vintendance militaire. Mais il avait recu a temps une lettre du 15 juillet qui lui était adressée par le bureau de la cavalerie. Elle lui posait les mémes questions, et il y fit le I* aout la réponse suivante, qu’il data de Grenoble, bien qu’il fut alors 4 Milan :] ;

A Son Excellence Monseigneur le ministre de la guerre.

Grenoble, le ler aot 1818, MonsEIGNEUR,

Par la lettre dont Votre Excellence m’a honoré le 15 juillet, elle m’annonce que mes services dans le 6¢ régiment de dragons n’étant point suffisamment justifiés, je dois lui adresser les piéces qui les constatent,

Jai en conséquence Vhonneur d’adresser ci-joint a Votre Excellence et en original :.

I° Mon acte de naissance,

2° Un certificat du lieutenant-général Michaud,

3° Le certificat du conseil d’administration du 6° régiment de dragons qui constate que je suis entré dans ce corps le 1 vendémiaire an IX et que j’y ai servi comme sous-lieutenant jusqu’au 13 vendémiaire an XI, observant que je suis réellement entré comme dragon en germinal an VIII, avant Marengo. Mais il a été

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reconnu dans le temps que nos contréles étaient mal tenus, et lon ne m’y porta qu’au commencement du trimestre de vendémiaire.

Je posséde seulement une copie de la lettre que M. le ministre de la guerre m’écrivit le 12 messidor an IX pour m’annoncer que, par un arrété du5 messidor an IX, le premier consul m’avait confirmé sous-lieutenant au 6° dragons a dater du premier brumaire an IX. Jai Vhonneur d’adresser A Votre Excellence cette copie certifiée.

Par ces piéces, mes services dans le 6* dragons me semblent justifiés. Depuis, j’ai fait les campagnes de 1806 a Berlin, 1807, 1808, 1809 a Vienne et 1810 comme adjointaux commissaires des guerres. Jai fait la campagne de 1812 et suis allé 4 Moskou comme attaché a la personne du général en chef en qualité d’auditeur au Conseil d’Etat, inspecteur général du mobilier et des batiments de la couronne. Quoique ma santé ait beaucoup souffert dans la retraite, jai fait la campagne de 1813 en Silésie, et ai été intendant a Sagan. J’ai fait la campagne de 1814 dans la 7* division militaire et au corps d’armée commandé sous Genéve par M. le général Marchand. Je suis fils de famille ; j’ai perdu dans la retraite de Moskou environ quinze mille francs qui formaient la moitié de ma fortune disponible, et je n’ai plus de santé.

Tels sont mes droits 4 une demi-solde de pension. Je prie Votre Excellence de me pardonner ces détails connus de toutes les personnes sous lesquelles j’ai servi, par exemple de M. le comte Daru et M. Dumas.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

H. Beye, s.-l'.

a Grenoble.

[Dix jours aprés, Beyle confirmait en ces termes sa lettre du 1 aout :]

A Son Excellence Monseigneur le ministre de la guerre.

Grenoble, le 10 aout 1818.

MoNSEIGNEUR,

Par la lettre dont Votre Excellence m’a honoré le 15 juillet dernier, elle m’annonce que, dans un état fourni par moi, la date de ma nomination d’adjoint provisoire est fixée au 29 octobre 1806. Les renseignements existant au ministére ne la font remonter qu’au 15 novembre.

C’est en vain que j’ai recherché la lettre signée de M. le comte Daru et écrite de la main de M. ’ordonnateur Mazeau qui me nom-

mait adjoint provisoire et m’envoyait 4 Brunswick pour y faire les fonctions de commissaire des guerres. J’en joins ici une copie certifiée. Je suis sir, d’autre part, d’étre parti de Berlin deux jours aprés Ventrée du quartier-général, c’est-a-dire avant le I novembre 1806. ;

Comme M. Vintendant-général Daru gardait des copies de toutes ses lettres, s’il est nécessaire, je demanderai 4 M. le comte Daru une copie de sa lettre:du 29 octobre 1806 qui m’envoyait 4 Brunswick.

A Brunswick, j’ai été nommé intendant des domaines et j’ai fait les fonctions de sous-inspecteur aux revues sous les ordres de M. le comte de Villemanzy.

Jai fait les campagnes de 1800 et 1801 dans le 6° régiment de dragons.

Comme adjoint aux commissaires des guerres, les campagnes de 1806, 1807, 1808 en Prusse, et celles de 1809 et 1810 A Vienne. J’ai toujours fait fonctions de commissaire des guerres et n’ai jamais été employé comme adjoint.

J’ai fait la campagne de 1812 et suis allé A Moskou comme auditeur au Conseil d’Etat. A Moskou, M. le comte Dumas, intendantgénéral, me donna une mission pour assurer les subsistances de Yarmée durant la retraite. On me fournit une escorte, et a Bober, M. le comte Daru me félicita au nom du général en chef sur le succés de ma mission. Sans cotiter un centime a Ja caisse de Varmée, jai fait faire des distributions 4 Orcha et lieux voisins. Ces distributions furent infiniment précieuses a cause des circonstances.

Jai fait la campagne de 1813 en Silésie et ai été intendant a Sagan. ;

Jai fait la campagne de 1814dans la 7: division militaire. Depuis, je mai ni demandé ni fait de service. Je suis fils de famille; jai perdu dans la retraite de Moskou environ 15,000 frances qui formaient la moitié de ma fortune disponible, et depuis cette retraite je n’ai pas eu deux mois de santé de suite.

Tels sont, Monseigneur, mes droits & une solde ou pension.

Maintenant, pour vivre, je travaille dans la maison de commerce Robert fréres et Cie,

Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

De BeEyte.

[Ces deux lettres du I* et du 10 aoit ne convainquirent pas le ministere. Le 19 octobre 1818 on répondait a Beyle que, d’aprés le certificat produit et les contrdles, il ne comptait au 6° dragons que du le vendémiaire an IX au 13 vendémiaire an XI; qu'il devait

prouver par piéces authentiques la date du jour ou il était entré dans ce régiment, et la date du jour ow il en était sorti; qu’en outre, la copie de la lettre de Daru qui prouvait que Beyle avait été nommé adjoint provisoire le 29 octobre 1806, ne pouvait étre admise que si elle était certifiée par une autorité compétente. Beyle répliqua le 20 mars 1819. (Il data sa lettre de Tullins et donna son adresse 4 Grenoble; mais il était encore 4 Milan.)|

Thuélin, Izére (sic), le 20 mars 1819.

MoNSEIGNEUR,

Aprés avoir fait douze campagnes et avoir perdu le peu que javais a la retraite de Moskou (sic) pendant laquelle j’ai rempli une mission importante 4 Orcha et Bobre, je me trouve sans ressources. Il ne me reste au monde qu’une demi-solde de 900 francs comme adjoint aux commissaires des guerres, nommé a Koénigsberg en 1807. M. Vintendant militaire de Grenoble m’a suspendu cette demisolde depuis le mois d’octobre 1817, et ce, parce que je ne pouvais pas me trouver a Grenoble tous les mois a jour fixe. Je réclamai et n’obtins pas de réponse. Depuis 1814, j’ai été fort mal vu des autorités de Grenoble et comme forcé 4 m’expatrier, tout cela parce que javais été envoyé dans la 7* division militaire en décembre 1813 (voir le Moniteur du 26 décembre 1813). J’avais cherché par tous les moyens 4 empécher l’invasion du territoire francais; }’avais contribué a un appel aux anciens militaires dauphinois, et alors, M. le baron Rostaing était employé a Grenoble. Je n’ai jamais eu qu’a me louer de messieurs les intendants militaires de Grenoble. Mais je compris que M. le baron Rostaing é¢tant employé a Paris, j’avais peu d@espoir d’obtenir une réponse a mes réclamations (1).

Par surcroit de disgrace, je me trouvais 4 Grenoble lors de Vaffaire Didier, a laquelle j’étais parfaitement étranger. Je vis que je n’avais plus d’autre ressource que de m’expatrier. Comme je me trouvais savoir l’anglais et Vitalien, j’obtins une place de commis voyageur dans la maison Robert fréres de Lyon et Milan. Ces messieurs, anciens militaires, me donnent un appointement de

1,500 francs (2).

(1) Cette lettre a été adressée en duplicata au ministre de la guerre. Le double offre quelques variantes qu'on met ici en note. Aprés avoir dit que M. Rostaing était alors employé 4 Grenoble, Beyle écrit: « Je pensai depuis que je n’obtiendrais jamais de réponse de Paris, d’un bureau que M. Rostaing dirigeait. »

(2) Dans le double, tout ce paragraphe est ainsi congu: « Me trouvant sans ressource aucune, fort mal yu 4 Grenoble a cause de l’affaire Didier a laquelle jétais pourtant parfaitement étranger, je profitai de l’offre d’un de mes compatriotes. Comme je me trouvais savoir l'anglais et l’italien, j’obtins une place de

Je renouvelle maintenant la réclamation a laquelle il n’a pas été répondu dans le temps. Je supplie trés humblement Votre Excellence de faire vérifier (1) au bureau de la cavalerie et a celui des commissaires des guerres si je n’ai pas fait douze campagnes depuis Marengo jusqu’a Moskou en qualité de sous-lieutenant au 6¢ régiment de dragons, d’adjoint aux commissaires des guerres et d’auditeur au Conseil d’Etat, section de la guerre. Je suis bien connu de M. le général Michaud, dont j’ai été aide de camp, de M. le général Mathieu Dumas, qui m’a employé dans Moskou, et de M. le comte

Daru (2). Jai été a la section de la guerre de 1811 a 1814 lorsque:

Son Excellence Monseigneur le maréchal Gouvyon (sc) Saint-Cyr était conseiller d’Etat a la méme section.

Maintenant, je me trouve absolument sans ressources autres que ma petite place dans le commerce. Le corps des commissaires des guerres étant supprimé, je suis dans une position différente de celle de messieurs les officiers a demi-solde qui, d’un jour a l’autre, “peuvent étre remis en activité.

A ces titres, je supplie Votre Excellence :

I° De décider que je toucherai a Grenoble l’arriéré de la demisolde d’adjoint aux commissaires des guerres, a partir du I= octobre 1817;

2° De m’accorder un congé afin que dorénavant je puisse toucher cette demi-solde sans étre toujours présent a Grenoble, ou du moins en me présentant une fois par an. Cette présence a Grenoble me coutera annuellement 3 ou 400 francs; mes affaires comme commis voyageur de la maison Robert me retiennent toute l'année sur les grandes routes de Lyon a Milan, Livourne, Naples.

Je reconnais que jai besoin d’un peu de grace; mais l’Etat ne pouvant donner a un Francais de trente-six ans et qui sert depuis lage de dix-sept ans, qu'un secours de 900 francs, voudra-t-il m’empécher de faire un métier pour vivre, surtout I’Etat ayant supprimé le corps dans lequel ce Francais servait? Si la pension suffisait pour le faire vivre, ou si le corps n’était pas supprimé, le cas serait différent. J’ose donc espérer qu’en considération des douze campagnes que j'ai faites, Votre Excellence daignera m/’accorder le payement de 900 francs par an, montant de la demi-solde qui m’est due comme adjoint aux commissaires des guerres depuis 1807 (8).

commis voyageur dans la maison Robert fréres de Lyon et de Milan. J’ai ace titre un appointement de 1,500 francs. »

(1) Variante : « examiner. »

(2) Dans le double, Beyle ajoute au nom de Daru « pair de France ».

(3) Ce dernier paragraphe est plus court et tout autre dans le double : « Je sens bien que j'ai besoin d’un peu de grace. Mais ma position trés a plaindre et

Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

LDadjoint aux commissaires des guerres, De Beyte.

M, Beyle, adjoint 4 Grenoble, Grande Rue Neuye, n° 13.

[Par cette lettre du 20 mars 1819, Beyle, absent sans autorisation. depuis le commencement d’octobre 1817, demandait donc. et le rappel de sa demi-solde arriérée et le rétablissement de ce traitement, pourvu qu il se présentat une fois l’an a Grenoble. Le ministre répondit négativement a ces deux demandes. Le 26 avril 1819, il déclarait que Beyle, ayant voyagé continuellement hors de France sans autorisation, ne saurait obtenir le rappel de son traitement de non-activité a partir du l* octobre 1817; que d’ailleurs les commissaires des guerres, pouvant étre remis en activité dans le corps de Vintendance militaire, étaient maintenus dans la classe des officiers en non-activité et, comme eux, soumis a des régles; qu’ils devaient résider dans la ville ou ils touchaient leur demi-solde; quils ne pouvaient s’en éloigner sans autorisation; que toute absence a Pétranger, méme autorisée, entrainait la privation du traitement

de non-activité.

Beyle revint 4 la charge. Il se rendit a Paris. Dans les derniers jours de septembre 1819, il voyait son vieil ami le baron Joinville, intendant militaire de la Il division, et demandait de toucher a Paris, ou il comptait fixer sa résidence, la demi-solde qu'il avait cessé de toucher a Grenoble le 1* octobre 1817. Joinville trouva un moyen terme pour satisfaire et la loi et son ami. Il proposa de payer a Beyle la demi-solde a partir du I* juillet 1818, époque ou avait eu lieu le classement général des officiers en non-activité, et ou Beyle était effectivement 4 Grenoble : Beyle, disait Joinville, avait négligé de se conformer aux instructions ministérielles, mais ce serait le punir avec trop de rigueur que de lui refuser tout traitement.

Le ministre n’adopta pas la proposition de Joinville. Il décida que Beyle serait rétabli dans la jouissance de la demi-solde et autorisé a résider a Paris; mais Beyle ne toucherait son traitement qua partir du 1 octobre 1819. ;

Comme le voulait la loi relative aux officiers inscrits sur la liste

‘la considération de douze campagnes durant lesquelles j'ai été comblé de bons

témoignages par mes chefs (M. le général Michaud et M. le comte Daru), ma santé que j'ai perdue a la retraite de Russie et en Silésie durant la campagne de 1813, me font espérer que Votre Excellence daignera m’accorder le paiement des 900 francs par an qui m’est di comme adjoint aux commissaires des

guerres depuis 1807. »

des demi-soldes, Beyle toucha ce traitement de non-activité de 900 francs jusqu’au 30 juin 1828. Il fut alors soumis aux prescriptions de l’ordonnance du 21+ mars 1828, et il n’eut plus droit qu’a un traitement de réforme de 450 francs jusqu’au 1* juillet 1833. Mais on lui avait compté jusqu’au I+ juillet 1818 13 ans 7 mois et 28 jours de service, et, s'il avait eu 14 ans, il aurait recu son traitement de réforme jusqu’au 1 juillet 1834 et touché la méme somme comme pension de retraite. I] protesta par la lettre qui suit :

Paris, le 3 juillet 1828, rue de Richelieu, n° 71. MonsEIGNEUR,

J’ai Vhonneur de mettre sous les yeux de Votre Excellence ma cessation de payement du 30 juin 1828. Comme on ne me compte que 13 ans 7 mois et 28 jours de services au 1* juillet 1818, jaurai droit 4 recevoir 450 francs par an jusqu’au 1* juillet 1833. C’est ce qui me semble résulter de ’ordonnance du 21 mars 1828. Je désire toucher ce traitement de 450 francs 4 Paris.

Si j’avais eu 14 ans de service au Ie juillet 1818, je serais de droit en réforme jusqu’au 1* juillet 1834 et en mise de retraite a 450 francs par an.

Suivant la note qui était jointe 4 mon titre en date du 11 janvier 1820, signé, Martelliére directeur, j’ai 13 ans 7 mois et 28 jours de service; savoir, 1° dans le 6° régiment de dragons, du 23 septembre 1800 au 5 octobre 1802, 2 ans 12 jours ; 2° dans le commissariat des guerres du 15 novembre 1806 au 1* juillet 1818. Je ne réclamai pas dans le temps contre cet état de services. La vérité est que j/ai passé le grand Saint-Bernard avec le premier consul Bonaparte. Le général Berthier avait bien voulu donner l’assurance que j/aurais la premiére place vacante dans un ré jiment de cavalerie. Je rejoignis le 6° régiment de dragons, non pas le 23 septembre, mais aussitét que ce régiment arriva d’Allemagne avec le général Moncey, ¢ est-a-dire quelques jours avant la bataille de Marengo. Je fus simple dragon Jusqu’a ce qu’on me donnat la place du citoyen Mallot (sic) sous-lieutenant.

Jai servi comme adjoint aux commissaires des guerres la veille de la bataille d’Iéna. On ne compte mes services qu’a dater dw 15 novembre 1806. Je supplierai Votre Excellence de vouloir bien me faire indiquer quel genre de preuve on serait disposé 4 admettre pour mes services dans le 6° dragons avant le 23 septembre 1800. Jai passé ma jeunesse de 1800 4 1814 hors des frontiéres, j’ai été auditeur au Conseil d’Etat, et comme tel jai fait la campagne de Moscou. Ma santé a été altérée pendant quatre ans. L’état de maladie ne m’empécha pas de faire la campagne de 1813 pendant

laquelle je fus intendant a Sagan en Silésie; M. le général Latour- Maubourg commandait 4 Sagan. Pendant la campagne de 1814 jai

été commissaire dans la 7° division militaire (Grenoble).

Jai fait les campagnes de 1806, 1807 et 1808, toujours faisant fonctions de commissaire des guerres. J’ai été intendant des domaines a Brunswick. J’ai fait comme commissaire des guerres la campagne de Vienne en 1809. Cet état de services peut peut-étre me mériter quelque faveur dont j’ai besoin, étant sans fortune. Je demande a prouver les quatre mois et deux jours qui me manquent pour avoir droit a la retraite de 450 francs par an aprés le 1* juillet

Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le trés humble et trés obéissant serviteur.

De BeEyLe.

[L’ordonnance du 2 novembre 1828 modifia la situation. On compta six ans de plus 4 Beyle : du 1 juillet 1818 au 1 juillet. 1824, et il eut dés lors 19 ans 7 mois et 28 jours de service ; il toucherait son traitement de réforme de 450 francs jusqu’a ce qu'il put étre replacé dans les cadres de l’armée active.

Il toucha donc ce traitement jusqu’a sa mort. Le banquier Flury- Hérard oublia de lui envoyer son argent en 1837 et en 1838. Beyle réclama le 2 avril 1839, et il obtint sans obstacle par une décision du 11 mai le payement de ses arrérages. C’est la derniére lettre qu il ait écrite au ministére de la guerre. ]

Monsieur Le MINIsTRE,

Aprés 13 années de service comme sous-lieutenant et adjoint aux commissaires des guerres, j’ai obtenu un traitement de réforme de 450 francs; je suis employé comme consul de France a Civita- Vecchia; j'ai chargé M. Flury-Hérard de toucher mon traitement -de réforme.

M. Flury-Hérard a oublié de toucher ce traitement pour 1837 et 1838. M. le sous-intendant militaire chargé de cette partie du service dans la 1" division militaire m’a porté parmi les extinctions. Je prie Votre Excellence de donner les ordres nécessaires pour que ce traitement de réforme de 450 francs soit aligné jusqu’au Ie avril et payé par la suite.

Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, de Votre Excellence

le tres humble et trés obéissant serviteur.

De BEYLE.

Paris, le 2 avril 1839.

Rue Godot de Mauroy, n° 30.

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JEAN DEMBOWSKI

Le mari de Mathilde Viscontini, Jean-Baptiste Dembowski, était né en 1770 en Pologne, dans le palatinat de Lublin. I] entre au, |. service le 29 mai 1797 comme capitaine attaché a l’état-major de la légion polonaise. Deux ans plus tard, le 29 mai 1799, il est promu adjudant-major. Le 19 juillet suivant, il devient chef de bataillon et premier aide de camp du général Dabrowski, inspecteur général des troupes polonaises. II avait fait alors cing campagnes et recu sous les murs de Cortone une grave blessure a la jambe (23 mai ~ 1799). « Il posséde, disait Dabrowski, les qualités distinguées et lactivité qui forment le brave et intelligent officier; sa conduite morale a toujours répondu a ses vertus militaires et lui a acquis a juste titre l’estime et la confiance entiére de ses supérieurs, » Nommé le 25 octobre 1803 adjudant commandant et quatre jours aprés, le 29 octobre, chef d’état-major de la division italienne du général Lechi dans le royaume de Naples, il demande en aoat 1805 le droit de citoyen italien, et lorsqu’en aoait 1806 il a Vordre de se rendre a Naples avec les corps polonais, prés le ministre de la guerre, il déclare qu’il veut rester au service du royaume italien. I] obtient ce qu’il désire: il est chargé, le 12 aoat 1806, de s’occuper de tout le travail relatif 41a conscription militaire avec le ministre du viceroi d’Italie, et admis par décret du 29 septembre suivant a la jouissance des droits de bourgeoisie italienne. On le trouve ensuite. chef d’état-major de la division Pino, qui appartient au 7° corps de Varmée d’Espagne, et durant le séjour des corps italiens a Perpignan il se rend trés utile, notamment en faisant échanger les mauvais fusils que les réfractaires de la division avaient recus a Pavie. Le 30 décembre 1810 il est nommé général de brigade aprés avoir été autorisé le 10 aout précédent, sur la désignation de Severoli et de Macdonald, & retourner en Italie, Réformé a la fin de 1813, il prend au mois de mai 1814, a Bergame, le commandement du département du Serio, mais demande vainement, le mois daprés, au général Bianchi d’Adda, ministre de la guerre, que le général autrichien Bellegarde le conserve dans la nouvelle organisation de l’armée.

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