Entré au serA-ice en 1798, Armandi, chevalier de la Lé
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intéressants. Son récit est évidemment le reflet de ce qui se racontait sotto voce dans les salons de Bologne :
« De cette trahison, dit-il, je ne sais absolument rien, sinon qu'elle est dans toutes les bouches. Les détails varient. Voici l'historique tel que je l'ai endu faire par les personnes les plus dignes de foi.
« On prétend que M. le colonel Armandi a été
gion dhonneiir depuis 1809, avait été faitcolonel après Bautzen, et chevalier de la Couronne de fer après Hanau. Pendant les Cent -jours, il commanda le S*' régiment d infanterie étrangère et, en 1821, fut chargé par le comte et la comtesse de Saint- Leu de léducation du prince Napoléon, leur fils, puis de Tadministration de leurs hiens dans la province d'Ancône. Il s'est défendu dans deux brochures : 1° Ma part aux événements importants de l'Italie centrale en 1831 (Paris, 1831, in- 8°) ; 2^ Précis politique sur les derniers événements des Etats Bomains (Psirh, 1832, in-8''). Dans le Précis politique, il réduit à quatre chefs les accusations portées contre lui : « 1° d avoir empêché lexpédition de Rome et la prise de cette ville ; 2° d'avoir agi dans les intérêts de la famille Bonaparte et favorisé ses projets ; 3" d'avoir négligé l'organisation militaire et les approvisionnements en armes et en munitions ; 4° de n'avoir pas défendu la place d'Ancône et d'avoir capitulé avec le gouvernement pontifical. « Armandi réfute très bien la première accusation, mais il est moins net sur la question de la capitulation d'Ancône et surtout il n'explique pas comment il se fait que le cardinal Benvenuti ait empêché son arrestation, demandée à ce qu il dit par les Autrichiens, et Iciissé opérer celle de Zucchi.
séduit par M. le comte Saurau, ministre d'Autriche en Toscane, dont la conduite dans toute cette affaire semble un chef-d'œuvre d'habileté. On dit qu'Armandi est venu passer six heures à Florence. Là, il serait convenu avec M. le comte de Saurau de tout faire :
« 1° Pour décourager et contre-carrer le général Zucchi ;
« 2° Afin que les troupes autrichiennes pussent occuper les états du pape sans coup férir, et surtout sans laisser aux guérillas le temps de se former. Les soldats autrichiens ont grand'peur des brigands italiens.
« De retour à Bologne, Armandi fit refuser des armes au général Zucchi, qui eut besoin d'employer la force pour armer sa troupe. Quelques patriotes exaltés prétendent qu'Armandi entraina dans sa trahison M. le comte Bianchetti, et Busi, commandant d'Ancône.
« Armandi parvint à séparer Zucchi de Sercognani; il ôta à Zucchi le commandement des patriotes de Reggio. sans contredit les plus braves et les plus éclairés; Armandi retarda les fortifications de la Cattolica.
« Armandi fut efifravé du succès de Rimini ; il
craignit que les soldats patriotes ne formassent des guérillas. Il s'agissait de les décourager, de les isoler. Le combat de Rimini est du 25 mars ; dans la nuit du 26 au 27, Armandi et ses complices conclurent une capitulation avec le cardinal Benvenuti, qui n'avait pas un soldat, tandis qu'il était facile de stipuler cet airangement avec un général autrichien. Par cette capitulation, le général Zucchi se trouva sans appui et sans point de retraite. Cette capitulation fut publiée par le président Vicini, qui la fit précéder de la notification dont j'ai déjà parlé à Votre Excellence... M. le cardinal Benvenuti, qui paraît de bonne foi, donna connaissance de la capitulation à M. le général Geppert, en demandant une suspension d'armes de deux jours. Le général allemand répondit fort bien que c'était la terreur de ses armes qui avait porté les rebelles à capituler et que, n'ayant rien promis, il continuerait cà exécuter les ordres de son souverain. » La capitulation en effet ne fut pas observée. La flotte autrichienne arrêta à la sortie même du port d'Ancône le vaisseau qui portait Zucchi et ses compagnons. Tous furent jetés en prison, et Zucchi, condamné à mort sous prétexte qu'il était déserteur de l'armée autrichienne, ne dut la vie qu'à
l'empereur, qui réduisit sa peine à la détention perpétuelle.
Cette violation évidente du droit des gens était sans danger. Si la masse de la population avait vraiment partagé les idées du gouvernement provisoire, elle aurait pu opérer un soulèvement général qui eût mis en grand péril la petite armée autrichienne ; mais l'insurrection n'avait pas de racines profondes. Les mouvements de 1831 , comme ceux du reste qui les avaient précédés, avaient été l'œuvre d'hommes appartenant aux classes les plus intelligentes et les plus éclairées de la population. Le peuple, au contraire, était partout le plus ferme soutien de l'absolutisme.
« Les institutions actuelles, dit Stendhal, ne peuvent compter que sur l'appui du bas peuple.
« Voici la progrétion [sic) des sentiments de la dernière classe du peuple.
« A Bologne, les troupes autrichiennes ont trouvé à la porte deux femmes et un portefaix (/acchino) payé pour les applaudir. Le lendemain, le facchino a été tué à coups de couteau. Je n'ai pas vu le cadavre, mais le fait m'a été raconté plusieurs fois par des hommes de la dernière classe à Bologne, et ils en tiraient vanité.
« La basse classe en Toscane est tout à fait pour le gouvernement, mais rien au monde ne la porterait à se battre.
« La basse classe à Rome désire vivement tuer des libéraux et des Français. On raconte que les Transtévérins pleurent en dételant les chevaux et les voitures du Saint-Père ^
« Un dernier fait peut aider à faire prévoir la conduite future de l'Italie.
« Depuis trois ans, toutes les petites industries rapportant 30 ou 40 louis par an, et qui faisaient vivre la petite bourgeoisie à Venise, Padoue, Ferrare, Bologne, etc., etc., sont entièrement tombées. La misère est affreuse. Je ne vois pas d'où peut provenir cette annihilation des petites industries. »
Tel était l'état du nord de l'Italie au moment où Stendhal le traversa. L'insurrection, au moins pour
1. Armandi confirme pleinement sur ce point le récit de Stendhal : « Sur une population de cent quarante mille âmes, un quart à peine des habitants est dans une position indépendante ; l'existence de tout le reste est plus ou moins liée à celle de la cour pontificale. Le caractère du bas-peuple a toujours été regardé comme fanatique, déterminé, sanguinaire et ennemi de toute innovation. Ce sont encore les assassins de Basseville et de Duphot. » (Précis politique, etc., p. 20.)
l'heure, était vaincue. Mais il était facile de voir que la haine des Italiens contre la maison d'Autriche devenait de jour en jour plus ardente et plus profonde, et que, malgré l'avortement de cette première tentative, ils ne renonçaient à aucune de leurs espérances. La facilité avec laquelle l'insurrection s'était propagée leur avait montré la faiblesse du gouvernement papal, et le glorieux échec de Rimini, en leur donnant confiance en eux-mêmes, leur permettait de croire au succès pour le jour où ils n'auraient plus à compter avec les mauvaises chances d'un soulèvement hàtif et peut-être avec la trahison.
La cour de Toscane en 18?» 1. — L'esprit publie à Florence. — Le comte de Saurau. — Il est probablement le Mosca de la Chartreuse de Parme. — La Toscane reste calme.
Pour juger de la valeur réelle de ces espérances, il faut connaître les pays qui n'avaient pas pris part à l'insurrection, Florence, par exemple, où Stendhal vint ensuite. Là, l'émotion produite par le soulèvement des Romagnes avait fait passer tout le pouvoir aux mains du comte de Saurau, envoyé d'Autriche en Toscane :
« On ne peut se dissimuler, disait Stendhal, ni les talents supérieurs de M. le comte de Saurau, qui, depuis deux mois, conduit tout en ce pays; ni l'extrême complaisance que montrent pour ses vues M. le comte Fossombroni et les trois autres ministres de S. A. I. et R. M=' le grand duc.
« Un détail de peu d'intérêt donne la mesure du crédit de M. de Saurau. MM. Tito M., et Giuscppe R..., espions de bonne compagnie du gouverne-
ment, semblent avoir entièrement abandonné les ministres toscans, pour suivre la direction de M le comte de Saurau. »
Le péril n'était cependant pas grand à Florence. Depuis le xviii^ siècle, la Toscane jouissait, sous le gouvernement éclairé des grands ducs, d'une paix profonde et d'une assez grande prospérité matérielle. Les classes supérieures y étaient plus riches, plus nombreuses et plus instruites que dans le reste de l'Italie. Tout, en un mot, semblait indiquer que la révolution, si elle avait lieu, se ferait pacifiquement :
« Les prudents Florentins trouvent qu'une révolution est une chose bien chère. Ils voudraient bien que le grand-duc leur donnât sans révolte de leur part le vote annuel du budget.
« D'un autre côté, ils ont beaucoup d'amourpropre et se regardent comme les Athéniens de l'Italie. Ils ne peuvent se dissimuler que leur pusillanimité sert de point de mire aux sarcasmes des Bolonais et des Romains. La prudence toscane se dit depuis longtemps : Tôt ou tard les Autrichiens occuperont l'Italie, il faudra les payer ; ne vaut-il pas mieux payer les Français pour être libres que payer les Autrichiens pour continuer un régime
qui nous expose aux plaisanteries de toute l'Italie.
« Je n'ai pas besoin d'ajouter que jai écouté ces raisonnements, comme il convient à l'agent d'un gouvernement qui, avant tout, ne veut pas de propagande.
« La dernière raison citée par les Toscans me semble la plus puissante à leurs yeux : ce pays n'a point de dette publique, ils craignent que leur prince ne les grève d'un emprunt. Il y a une grande quantité de biens que dans le besoin on pourrait déclarer nationaux. Tout cela d'une façon ou d'autre... peut être donné à la brancbe de la maison d'Autriche qui règne à Vienne.
« J'arrive maintenant à des détails plus particuliers ; il est évident que je n'ai pu vérifier leur exactitude, la prudence me recommandant d'interroger fort peu, mais je crois aux faits suivants.
« A Florence, les deux tiers de la haute classe sont pour la Constitution, mais une Constitutinn comme la veulent les nobles du Piémont, avec une Chambre des pairs fortement organisée.
« Tout ce qui n'est pas très haute noblesse voudrait suivre en tout l'exemple de la France.
« Toute la magistrature de Florence est libérale.
Le Tiers État en entier, classe riche, instruite, qui forme la vraie force de la nation, et dont l'influence remonte au règne de Pierre-Léopold, tout le Tiers État comprend la liberté comme en France.
« Tout le bas peuple de Florence est pour le gouvernement actuel; mais, chose singulière, cette classe a peur de la bourgeoisie réunie à la noblesse et jamais ne se battra.
« S. A. R. M^"" le grand-duc, sachant bien que les deux tiers de son armée, forte de 6,000 hommes, désirent le vote annuel du budget, a formé une garde nationale, à l'époque des événements de Bologne. Cette garde urbaine, comme on l'appelle, n'est réellement organisée qu'à Florence. On a choisi les 4,000 citoyens les plus sages, on a soigneusement écarté tout ce qui va lire les journaux français dans les cafés, et, malgré tout le soin d'une police fort bien faite, la majeure partie de la garde nationale est pour la Constitution. « Les Autrichiens, disent-ils, viendront piller nos finances qui vont si bien ! » On n'a pas osé donner un uniforme à la garde urbaine : elle monte la garde en chapeau rond, et a, il faut en convenir, un aspect assez ridicule.
« Tous les prêtres sont contre la Constitution.
Ils ont changé de caractère depuis la révolution de Juillet. Ils ont de la chaleur, du fanatisme. Ils auraient voulu faire insulter les soldats de Sercognani qui traversaient la Toscane pour aller s'embarquer vers Livourne. Il y a eu un essai de ce genre à E m poli.)
« Les prêtres sont peut-être les seuls habitants de la Toscane qui prônent les choses avec une certaine chaleur. On les suppose dirigés par le nonce du pape, M^"" Brignole, lui-même dirigé par M. le comte de Saurau.
« Plusieurs Florentins sont allés à Bologne pour se battre ; on cite publiquement MM. le comte Dolci, le marquis Xicolini, noble ruiné, le capitaine Gherardi, etc. »
Le reste de la Toscane, Livourne surtout, en raison de ses relations plus constantes avec la France, était sinon mieux disposé que Florence en faveur d'une Constitution, au moins plus impatient de la posséder :
« Livourne peut passer pour le chef-lieu du libéralisme toscan.
« Pise est moins bien disposée, mais pourtant organisée.
a Sienne a plus d'ardeur encore que Livourne.
Ce que j'explique ainsi : il y a moins de moyens de travailler et de faire fortune, aucune carrière ne s'ouvre à Sienne pour un jeune homme qui a cinquante louis de rente.
« Pistoja fait des plaisanteries sur la grande modération des autres Toscans. Beaucoup déjeunes gens de Pistoja ont passé en Romagne dans les premiers jours de mars. »
Tel était l'état général des esprits en Toscane. Les libéraux y dominaient évidemment. Comment ne purent-ils rien faire ? C'est ce que Stendhal va nous expliquer :
« Après avoir essayé, écrit-il, de rendre compte à Votre Excellence des dispositions du pays, j'arrive aux moyens de résistance.
« Ici on aperçoit en première ligne M. le comte de Saurau, qui, on peut le dire, a seul empêché la révolution en Toscane. Personne ne résiste à sa haute impulsion. »
Nous avons déjà parlé du comte de Saurau, mais ce personnage mérite qu'on s'y arrête. Il y avait longtemps que Stendhal le connaissait, l'ayant entrevu un soir, chez la Xina^ à Milan, alors que le comte était gouverneur de cette ville, vers 1816. « C'est un homme de beaucoup d'instruction, disait-
il de lui, et, je soupçonne, d'esprit; je pense qu'il n'est pas né noble, ce qui loblige à ne pas prendre le pouvoir en plaisanterie K » Le comte de Saurau était resté à Florence tel que Stendhal l'avait connu autrefois à Milan. Personnellement actif et habile, se servant avec adresse de l'influence particulière que devait avoir le représentant de la cour de Vienne auprès d'un prince autrichien, il dirigeait en réalité toute la politique de la petite cour grandducale. Comme nous le verrons plus loin, ce fut peut-être lui qui empêcha le grand-duc de s'entendre avec son peuple et d'octroyer une Constitution.
Aussi, contrairement à l'opinion de Balzac qui voit dans le comte Mosca « le plus remarquable portrait qu'on puisse jamais faire du comte de Metternich ' », pensons-nous que si Stendhal a pris pour son personnage de Mosca quelques traits au célèbre homme d'État autrichien, il a dû beaucoup plus en emprunter au comte de Saurau. Nous avons d'abord sur ce point le témoignage même de Beyle qui, après avoir déclaré nettement