‹ Stendhal diplomateChapitre 23 sur 59 · A . plus haut page · texte numérisé non relu

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gères, que l'auteur de le Rouge et le Noir avait l'agrément du gouvernement pontifical.

De Rome, où il resta quelque temps, Stendhal continua à informer le gouvernement français de ce qui se passait à la cour pontificale. Il nous la montre affolée, tantôt décidée à une réaction à outrance, tantôt préférant lasser par ses atermoiements la patience des grandes puissances, et, au fond, n'espérant rien que des armées autrichiennes.

« Le commerce de Rome, écrivait-il le 28 avril, dont je me suis rapproché, et les gens d'ordinaire les mieux informés croient au parfait accord de la cour de Rome avec celle de Vienne. Trente pièces de gros calibre auraient été débarquées à Ancône que l'on fortifierait en toute hâte. Les Autricbiens auraient le projet de venir occuper le petit fort de Cività-Vecchia. Quelques personnes vont jusqu'à supposer que le 10 mai, jour destiné par Sa Sainteté pour prendre il possesso, un corps de deux mille Autrichiens paraîtra dans Rome pour maintenir la police. On croit généralement que les cardinaux influents sont extrêmement irrités contre la France. Plusieurs personnes modérées désirent le l'etour de Mgr Capparini, qui serait élevé au poste de secrétaire d'État. On annonce comme très pro-

chaîne une amnistie avec quarante noms exceptés. »

Le gouvernement du pape en voulait surtout aux cabinets de Paris et de Londres de s'être mis à la tête de la campagne diplomatique qui devait aboutir, quelques jours après, au Mémorandum des cinq puissances. Il ne comprenait pas que, dans le cas présent, ses véritables intérêts étaient identiques à ceux de la France et de l'Angleterre, et que, plus que ces deux Etats, il devait craindre de voir une puissance ayant du canon intervenir à chaque instant dans les affaires italiennes et exercer sur la péninsule une véritable suzeraineté. La cour romaine ne se rappelait plus les vieilles luttes du sacerdoce et de l'empire. Si elle se souvenait encore que le pape avait quelquefois déposé César, elle avait oublié qu'il s'était aussi trouvé des empereurs pour disposer de la tiare. Surtout elle ne sentait pas que le progrès des idées libérales mettait le pouvoir temporel dans la nécessité fatale de se modifier ou de disparaître, et que c'était pour en sauver au moins une partie que les deux nations constitutionnelles, la France et l'Angleterre, la poussaient k entrer franchement dans le grand mouvement du monde moderne. C'est cet aveu-

glement de la cour romaine que Stendhal signale au ministre :

« J'ai peut-être tort, dit-il, de prendre la parole sur des objets étrangers au commerce.

« Je profite [sic) de la liberté de langage que permet le bateau à vapeur pour présenter à Votre Excellence des bruits accrédités parmi les gens sages, et qui, suivant moi, méritent quelque examen.

« On ne peut se dissimuler que les cardinaux influents, plus que Sa Sainteté elle-même, regardent comme extrêmement offensante, et même quelque chose de plus, la prétention qu'ils supposent à la France et à l'Angleterre de s'immiscer dans la réforme de l'administration des États romains. « Ne nous sommes-nous pas tirés du danger tout seuls ? » répètent-ils entre eux. « Qu'on nous laisse avec une puissance qui pense comme nous et qui a du canon. »

« Ces cardinaux se proposent de lasser la furia, di qaesti forestiori [YdLvdenv de ces étrangers), ce sont leurs termes, par plusieurs mois de négociations sans résultats. Ces messieurs sont profondément irrités contre la France, dont le mauvais exemple est venu troubler la tranquillité où s'écou-

lait leur vieillesse. C'est absolument comme le vieux M. Fossomtironi à Florence.

«Ce que j'avais l'honiieur d'annoncer hier à Votre Excellence sur Ancône se confirme : les Autrichiens auraient débarqué soixante pièces de gros calibre, au lieu de trente. Sur quoi les Romains, qui vont vite en besogne, se disent : '•: La France va occuper Cività-Vecchia. »

« En apprenant de telles choses, je prie Votre Excellence d'être persuadée que j'ai sans cesse devant les yeux que le gouvernement du roi ne veut pas de propagande. Sans ra.'écarter de ce grand principe, je cherche à voir toute espèce de société, et même la petite bourgeoisie qui. étrangère au culte des convenances, appelle les choses par leur nom et parle de tout ce qu'elle sait. Ici, la plupart des personnages influents sont menés par quelque subalterne (qu'il faudrait acheter . »

Il faut reconnaitre. du reste, que la situation était extrêmement difficile à Rome, plus encore que dans tout le reste de l'Italie. En Piémont, en Toscane par exemple, une partie au moins de la population était apte à profiter d'un gouvernement libéral, et les traditions mêmes des dynasties régnantes leur permettaient de faire quelques con-

cessions. Il n'en était pas de même dans les Etats pontificaux. Par une fatalité qui tenait à la fois à la nature et à l'histoire de l'Etat romain, le seul gouvernement auquell'Europe entière, représentée par les cinq grandes puissances, demandât officiellement des réformes, était celui auquel il était le plus difficile d'en faire. Pour réformer avec fruit, en effet, il faut de toute nécessité deux choses : un gouvernement qui ait l'autorité nécessaire pour faire accepter ses idées ; un peuple qui ait l'éducation politique suffisante pour profiter des changements faits. Or, ni l'un ni l'autre de ces deux éléments essentiels n'existait dans l'État romain. Le pape n'osait pas aller à la procession de peur d'être enlevé par les libéraux \ Quant aux cardinaux, « un seul homme hahei lamina, le cardinal Micara. Un aulie est excellent, un cœur vraiment rare ; mais pas l'intelligence d'un sous-préfet, Bernetti. Le reste est incroyable -. » Ailleurs, Beyle résume tout d'un mot: «C'est absolumenl la dissolution ^ » Le peuple n'était pas plus capable de

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