‹ Stendhal diplomateChapitre 24 sur 59 · la, p · texte numérisé non relu

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profiter des réformes que le gouvernement de les faire '. Stendhal le dit très nettement :

« Les Romains, que je connais depuis vingt ans, sont loin d'être mûrs pour une charte et pour l'ordre légal. La civilisation européenne s'arrête aux frontières de Toscane. Arrivé là, le voyageur voit une lieue de chemin changer tout, même l'aspect du pays. Le souverain en Toscane est cependant absolu, mais les bons règlements de Pierre - Léopold ont créé un tiers état et une opinion publique.

« Avant d'arriver à une constitution, il faut aux Romains vingt ans d'un monarque vigoureux comme Frédéric IL Comme ils sont extrêmement moqueurs, au milieu de leur barbarie, il faut imposer par de l'audace, ou l'on est ridicule et perdu. »

Il fallait cependant tenter quelque chose devant la pression exercée par les ambassadeurs des cinq grandes puissances. Voici ce que Stendhal pensait devoir être le plus facilement mis en pratique :

L II lessaya cependant. ^. dans Raccolta délie leggi e disposizioni di publica amministrazione nello stato pontificio. (Rome, 1835. in-S"). t. AL pp. 117 et smv..les règlements que le gouAernement papal édicta sur 1 organisation des provinces.

« Les gens sages pensent que les réformes proposables se réduiront à trois :

« 1. L'introduction d'un code raisonnable et uniforme, celui d'Autriche ou celui de France, peu importe. En huit jours on exécuterait les modifications nécessaires.

« Le serment est le grand moyen de la jurisprudence romaine actuelle, c'est une suite du droit canonique. Il n'y a peut-être pas de pays au monde où il se prête plus de faux serments.

« Par exemple, la loi ne reconnaissant pas le prêt d'une somme d'argent à 5 0/0, il faut trois ou quatre faux serments pour établir un prêt de cette espèce.

« 2. Les délégués ou préfets sont de petits jeunes gens ignorants de vingt à vingt-cinq ans : l'un d'eux, ces jours derniers, ne savait pas exactement où était la Pologne. Il est malheureusement trop fréquent que la plus jolie femme de la ville a du crédit sur le jeune-délégué. Cette femme se croirait déshonorée et le serait si un de ses parents perdait un procès. Le public voudrait que nul ne fût délégué avant trente ans et s'il n'a femme et enfant. Tous les délégués actuels sont pris parmi les Monsignori. Les places d'administration supé-

rieure, par exemple celle de lé^at à Bologne, recevraient un autre nom et seraient remplies par des laïques de distinction ; par exemple M. le prince Chigi.

« 3. Chaque année, on imprimerait le budget de l'État, ce qui, après un demi-siècle, pourrait amener à discuter ce budget.

« Tout le monde est d'accord qu'aucune réforme ne s'opérera dans ce pays hors de' la vue du canon. De là l'opinion des Romains que tout traité qui n'est pas conclu en trois jours est manqué. »

Trois ans plus tard, même après l'occupation d'Ancône par les troupes françaises, sur laquelle nous reviendrons, rien n'était changé dans le gouvernement papal. Le même état d'esprit persistait ; les mêmes réformes étaient à faire. Voici en effet ce qu'écrivait Stendhal le 9 novembre 1834:

« Des négociants dignes de toute confiance et qui arrivent d'Ancône me confirment un fait simple mais, suivant moi, de la plus haute portée. Depuis que la présence de la garnison française et la peur inspirée par les lettres que les officiers français pourraient écrire aux journaux de leur pays empêche à Aneône les injustices trop révoltantes et les erreurs trop fréquentes des tribunaux en

faveur des personnes protégées par le gouvernement, l'esprit révolutionnaire a diminué des deax tiers.

« Ce sont les propres termes des personnes qui me fournissent cette information. Elles ajoutent : Si avant l'arrivée des Français^ Vesprit révolutionnaire était comme dix^ il n'est plus aujourd'hui que comme trois. Ceci fait un singulier contraste avec Civitcà-Vecchia. Quand j'arrivai en 1831, deux personnes, peut-être trois, étaient soupçonnées de tendances libérales. Aujourd'hui, il y a majorité décidée pour cette opinion.

« Je pensais en 1 824 que la Basse Italie, de Bologne cà Xaples et Tarente, ne désire une constitution que par vanité, et pour ne pas être en arrière des pays civilisés de l'Europe, de l'Espagne par exemple.

« Des tribunaux indépendants et l'adoption des codes français (en supprimant toutefois les articles relatifs au divorce, à létat-civil, au jury, etc., etc., travail que tout avocat peut faire en huit jours), les codes français, dis-je, suffiraient pour vingt ans aux besoins de l'immense majorité.... et à la tranquillité de ce pays je ne parle pas des vœux philanthropiques).

« Si ces vérités avaient besoin de confirmation.

Votre Excellence pourrait se faire rendre un compte exact et détaillé de tout ce qui s'est passé pendant les dix. premiers mois de 1S34 à Gènes et à Ancône. La terreur règne à Gènes et une liberté fort honnête à Ancône.

« A l'époque de la révolte de Pologne, les habitants de Viterbe, pleins d'enthousiasme pour le gouvernement de Sa Sainteté, sont sortis pour se porter contre les rebelles, portant avec eux les reliques de sainte Rose, patronne très vénérée de la ville. Il y a deux mois qu'ils ont sifflé au spectacle leur délégué ou préfet. M""" Sisto, et l'ont forcé en quelque sorte de se réfugier à Rome.

« A Cività-Vecchia on a vendu par voie d'enchères publiques l'entreprise du netoyement de la ville. L'entreprise étant restée à un juge, membre de la Légion d'honneur et le plus tranquille des hommes, que le délégué ou préfet n'aime pas, l'adjudication, parfaitement légale, a été cassée.

« Ce sont ces petites vexations de détail, beaucoup plus fréquentes depuis la révolte de Rologne, qui ont changé l'esprit public.

« La justice manque à ces peuples, c'est là le grand sujet de mécontentement. Dans la partie méridionale des Etats de S. S., deSpoIète à Terra-

cine, on suppose que le tribunal de la Rote (si célèbre par l'arrêt Lepri rendu contre l'intérêt de Pie VI, dans une cause où il s'agissait de cinq millions de francs^, est le seul qui distribue la justice entre particuliers avec l'impartialité désirable.

« Or, dans ce pays, pour gagner un procès il faut deux sentences semblables, conformes. Donc un plaideur haï par le pouvoir, ne peut jamais gagner son procès, car en supposant que la Rote lui donne gain de cause, le Tribunal de première instance, notoirement influencé et souvent vendu, l'empêchera toujours d'arriver à une issue favorable en décidant contre lui. On peut citer dans ce genre, en qualité de causes célèbres : l*' le procès du marquis Potenziani (sujet romain, grand propriétaire en Corse] pour un marais qu'il desséchait; 2° un second procès du même pour une digue près de Rietti qui, sous le nom de Causa del Istmo, a fait beaucoup de bruit cet été, et tant de bruit qu'après trente-six heures l'injustice a été réparée. « Le résultat de la présente lettre est donc ceci : « Si les puissances veulent la tranquillité des Etats de Sa Sainteté pour vingt ans, il suffit : 1° d'établir les Codes français ou au moins les Codes autrichiens en vigueur à Milan (le Giudicio

Statario, qui pend un assassin en vingt-quatre heures, serait excellent pour Rome . '2" Il suffit de nommer des juges à vie et de ne jamais employer un juge dans sa patrie : on avait recours à cette dernière mesure à la fin du moyen âge. Il faudrait désigner les juges parmi les riches propriétaires. A Cività-Vecchia on trouverait des juges dans cette classe en les payant 50 écus 'ou 270 francs par mois). Quelle que soit la vertu d"un Monsignor, comme il désire de l'avancement et vise au Cardinalat, il n'est pas propre à être juge dans un pays où une grande moitié des propriétaires est haïe par le gouvernement... Le gouvernement a écrit à la municipalité de Cività-Vecchia pour l'engager à faire venir une troupe de comédiens. On veut, disent les gens du pays, que les officiers de la corvette sarde s'amusent »

La réaction en Romagne. — Le gouvernement papal dans les provinces. — Stendhal à Cività-Vecchia. — Un conseil provincial dans l'Etat Romain. — xiffaire Course. — Le gouvernement des délégais. — La campagne romaine. — État des esprits aux environs de Rome.

Au moment où Stendhal, en venant de traverser l'Italie, allait prendre possession de son poste à Cività-Vecchia, le mouvement Hbéral de la Péninsule paraissait donc très compromis. Aux deux extrémités du pays, à Turin et à Naples, il avait été réprimé dès le début; à Rome, il était impossible. Restaient les Romagnes. Là, l'atrocité de la répression, la haine contre les Autrichiens pouvaient faire prévoir un nouveau soulèvement, et Stendhal nous l'annonce par avance:

« La haine pour la domination autrichienne semble redoubler dans la haute Italie. Tout ce qu'il y a déjeune et de marquant par la naissance, les richesses ou les lumières se croit compromis et

prête à M. le duc de Modène les intentions les plus sévères. On croit que les biens de soixante et un de ses sujets sont déjà confisqués.

« On frémit à Bologne du sort qui attend M. le professeur Orioli etles quatre-vingt-dix-sept autres patriotes pris avec lui dans les eaux d'Ancône et conduits à Venise ^

« La non-ratification de la capitulation d'Ancône rend presque probable une chose extrêmement absurde, c'est un soulèvement des légations. Tout ce qui est bien élevé, tout ce qui a de l'influence à Bologne, Reggio, Rimini, etc. , croit avoir mérité la peine de mort de la part des autorités papales. La haute société, dans les pays révoltés, dispose du bas peuple. Par exemple, M. Gardabano, de Pérouse, qui vient, je crois, de s'embarquer à Livourne et qui possède une fortune de plusieurs millions, jouit dans sa patrie d'une influence presque illimitée.

« L'Italie centrale ne pourrait être pacifiée que par une mesure dont je ne prétends nullement juger la possibilité politique : une amnistie de Sa Sainteté garantie par la France.

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