Correspondance, t II. p li
de l'Autriche, plutôt que de revenir, sans garanties, sous la domination ecclésiastique.
« M. le cardinal Machi, connu par son amour pour le pouvoir, a refusé une légation superbe en Romagnc. Bologne, Ancône, Faènza, tout ce qui a fait partie du royaume d'Italie et a connu l'administration raisonnable du prince Eugène de Beauharnais, ne peut souffrir V administration des prêtres . Plusieurs villes ont la folie de préférer l'administration autrichienne ^ Sur toute la ligne de Bologne, Rimini, Ancône et Spolète, les masses ne veulent plus de l'administration ecclésiastique. Il y aura toujours là cause de troubles. L'amourpropre de ces gens-là demande une Charte, mais leurs vrais besoins sont : 1° la certitude de n'être pas mis en prison dès que M. l'ambassadeur de France cessera de protéger la cause de l'humanité; 2° la promulgation du Code civil français. Mais tout cela serait promis que, le lendemain du jour où
1. Bologne était du nombre. « Bologne était amoureuse depuis vingt ans d'im amant impuissant ; par dépit, elle cherche à se donner à un autre homme un peu bête qu'elle crut sincèrement aimer. De là ses folies. Elle peut trouver sept à huit ans de bien-être avec cet animal à deux têtes. Que ditesvous de la mine de l'amant impuissant qui ne veut ni faire ni laisser faire ? » (Correspondance, t. II, p. 148.)
ils n'auraient plus peur de la France, les arrestations et les coups de fusil recommenceraient. >
Au reste, les opposants sentaient bien qu'ils n'obtiendraient de garanties sérieuses qu'à la suite d'une démarche des puissances. Aussi la nouvelle de cette démarche redoubla le désordre. La population, mobile et sans expérience politique, abandonna du jour au lendemain l'idée de se confier à l'Autriche pour rendre tout son enthousiasme à la France. Quant au gouvernement, personne ne savait au juste à quoi il était décidé.
« Ce pays est occupé jusqu'à la folie, écrit Beyle, du bruit qui s'est répandu que les cinq grandes puissances demandaient à Sa Sainteté des modifications dans son gouvernement '. Le peuple des Etats romains a rendu tnut son enthousiasme à la France. Les prêtres couvrent publiquement d'exécration la politique de la cour de Vienne.
« A Rome, il y a trois jours, lautorité a fait distribuer des cartouches à une garde nationale qui, à la première alarme, se sauverait chez elle. On a changé le mot d'ordre à minuit. Rome est
1 C est le Mémorandum des cinq puissances \ . plus loin, page
pleine d'officiers qui ont pris part a la révolte et qui manquent absolument de moyens de subsistances.
« La liberté de propos, même dans les cafés, est incroyable. On prétend que M. le cardinal Bernetti est ruiné, et qu'il appuie la note des grandes puissances, dans l'espoir d'avoir à nommer à beaucoup de places. On se moque de l'envoyé de *** qui, après s'être donné en spectacle auprès de la voiture du pape les jours de folie des Transtévérins, maintenant change de manière de voir, parce que ses dettes énormes l'empêchent de quitter Rome.
« La liste des concessions qui court les cafés est évidemment exagérée. On dit publiquement que M. le duc Zagarola sera préfet de Bologne. M. le prince de Piombinoest destiné au ministère des finances; on désigne pour le ministère de la guerre, M. le prince Aldobrandini Borghèse, général français.
« Si la cour de Rome n'accepte pas la note remise par les cinq puissances et que les ambassadeurs partent, il est bien possible que l'on fasse une émeute de Transtévérins et d'habitants du quartier des Monti. Cette émeute devrait prouver à l'Europe que le peuple ne veut pas de modifications. Le sang-froid et le viai courage de M. Horace Vernet et de ses vingt élèves auront lieu de paraître.
« Le pape a dit: « Il papato é perduto (c'en est fait de la papauté) !» — « Ne voyez-vous pas », disait le cardinal Albani au cardinal Bernetti, « que dans huit mois nous aurons la guerre et que tout ceci tombera?» — «Oui, mais comment vivre pendant huit mois?» a répondu le prosecrétaire d'État. »
L'opinion du cardinal Albani était celle de beaucoup de ses confrères du sacré collège. « Si nous faisons des concessions réelles, disaient-ils, nous sommes perdus à jamais; si l'on nous conquiert, nous sommes des martyrs et nous pouvons ressusciter, comme après Napoléon ^ » Et, tandis que les vieux cardinaux se complaisaient dans cette sécurité, les abus continuaient de plus belle. Nous en donnons un exemple :
« Voici un trait de la véritç duquel je réponds, dit Stendhal. Une pauvre veuve de Cività-Vecchia avait un procès avec l'homme le plus riche du pays. La veuve allait obtenir un jugement favorable; le juge, les avocats s'en étaient expliqués. L'homme riche court à Rome et, suivant une forme d'usage dans le pays, demande un arbitre au pape,