‹ Stendhal diplomateChapitre 28 sur 59 · Correspondance, t. II, p · texte numérisé non relu

Correspondance, t. II, p

un seul arbitre. Sa Sainteté nomme l'éveque in partibus qui administre révêché de Cività Vecchia, et la veuve perd son procès aussi complètement que possible.

« Cet abus est un de ceux dont la note demande le redressement. Tout le pays de Foligno à Pesaro est en demi-insurrection ; les peuples demandent à être Autrichiens. Le brigandage recommence dans les environs de Terracine. »

xAinsi donc la situation allait s'aggravant tous les jours. « Maintenant, je le dis à regret, écrivait Stendhal, l'extrême désordre, la vénalité et la méfiance sont partout. Douanes, crédit public, perception des impôts, toutes les branches de l'administration présentent le même spectacle, d'autant plus singulier que le souverain est un honnête homme qui possède toutes les -vertus... Tout se désorganise faute d'argent. » Le gouvernement ecclésiastique en était venu au point de ne pouvoir plus avoir confiance dans ses subordonnés ou ses agents. Des symptômes d'irritation se manifestaient chez les populations autrefois réputées les plus fidèles. Ce n'étaient plus seulement les Romagnes qui étaient hostiles, Rome même devenait mécontente :

« Le gouvernement de Sa Sainteté ne paie pas les pensions. L'esprit des provinces a entièrement changé depuis le mois de mars dernier ; alors il y eut un mouvement tout à fait dans le sens du gouvernement. A Rome, on jette des pierres la nuit aux prêtres, qui n'osent plus sortir le soir qu'en chapeau rond. Le 2-1 décembre, à 9 heures du soir, les cardinaux n'ont pas osé se rendre au Vatican.

'< Le peuple que l'on redoute en ce moment est le même qui, au mois de mars dernier, avait le projet d'assassiner les Français. Les gens légers envient le sort de Bologne qui. disent-ils, sera autrichienne...

« Chaque jour, depuis une semaine, tout prend une apparence plus contraire au gouvernement de Sa Sainteté. Le pays prend absolument la même physionomie qu'au mois de février dernier. Les alarmes du gouvernement ont été telles qu'il s'est déterminé à rappeler à Rome le fameux colonel Bentivoglio, si odieux dans les légations. Le colonel Rarbieri le remplace à Rimini.

« Le ministère doit savoir que les troupes employées dans la ville de Rimini ont double paie. Il y a près de 3,000 hommes dont 1/200 grenadiers.

Un grenadier a les vivres et environ treize sous par jour. On vient de s'apercevoir, seulement à cette heure, que presque tous ces grenadiers sont de Bologne ou de la Romagne. On craint la désertion aussitôt après le commencement des hostilités.

Presque tous les jours, il y a à Bologne des assemblées de 2,000 ou 3,000 personnes qui s'occupent des intérêts du pays. Il était question, dernièrement, dans ce club, d'envoyer des députés au roi des Français et à l'empereur d'Autriche. Les Bolonais se tiennent sûrs de la victoire en cas d'attaque. Le gouvernement de Sa Sainteté paraît compter beaucoup sur l'intervention de M. le cardinal Albani. Les Bolonais ont beaucoup de respect pour M. le cardinal Albani, qu'ils savent intimement lié avec M. le prince de Metternich.

« Le gouvernement de Sa Sainteté a les plus grandes craintes dans ce moment. »

Ces craintes du gouvernement papal devaient se réaliser. Le mouvement de 1832 allait éclater.

Soulèvement des Romagnes en 1832. — Occupation d'Ancône par les Français. — Mission de Stendhal dans cette ville. — Il re\ient en France en congé.

Les capitulations des troupes de Zucchi à Ancône et celles de Sercognani à Spolète avaient mis fin, l'année précédente, au soulèvement des Romagnes. Les soldats autrichiens avaient repassé la frontière, et, si la papauté s'était résignée à faire les réformes demandées par le Mémorandum du 10 mai, il est probable que tout serait resté calme. Mais le gouvernement pontifical pensa que la démarche des cinq puissances n'avait qu'une valeur pour ainsi dire platonique et n'accorda que des réformes dérisoire. Nous venons de voir l'agitation qui en résulta, agitation d'autant plus sérieuse qu'elle n'était pas seulement le fait de quelques conspirateurs, énergiques il est vrai, mais peu nombreux. Sous l'influence de la profonde

déception causée par l'échec relatif du Mémorandum des grandes puissances, la classe moyenne et l'aristocratie elle-même se mêlèrent au mouvement ; elles envoyèrent à Rome des députés choisis parmi les hommes les plus influents, mais aussi les plus éclairés et les plus modérés, pour réclamer de réelles garanties.

On leur répondit en expédiant à Rimini, où ils se livrèrent à tous les excès, quelques milliers d'hommes levés, à l'aide d'un emprunt de trois millions d'écus, parmi les vagabonds elles banditi de la campagne de Rome. En même temps une note remise le 10 janvier 1832, par le cardinal Bernetti, aux représentants des puissances, annonçait l'intention où était le pape d'employer au besoin la force pour obliger les Romagnes à obéir aux édits du Saint-Siège et à lui payer l'impôt.

L'exécution suivit de près la menace. Mais les habitants des légations, organisés en gardes civiques, avaient résolu de repousser la force par la force. Le sang devait donc^ouler encore une fois. Un corps papalin, où se trouvait le cardinal Albani, défit les Romagnols à Cesena (20 janvier) et mit à sac la ville. D'autres localités subirent le même sort, et nous avons' dit plus haut quel fut celui de

Forli^ Mais, en même temps que ces deux villes étaient prises et pillées, un autre corps d'armée papal entrait à Ravenne et les Autrichiens de Radetzki se présentaient devant Bologne. Les atrocités commises par les troupes papales étaient telles que les Tedeschi parurent des libérateurs aux populations italiennes. Bologne ouvrit ses portes et Radetzki put occuper sans combat les principales villes des Romagnes. L'Autriche se retrouvait ainsi maîtresse des positions que l'énergique intervention de la diplomatie française lui avait fait abandonner l'année précédente ; elle reprenait en fait une situation tout à fait prépondérante en Italie.

C'était là une situation que la France ne pouvait tolérer. Dès l'instant que les justes revendications de nos diplomates étaient ainsi méconnues, une intervention armée devenait nécessaire. L'occupation d'Ancône fut résolue.

Le 22 février, une escadre placée sous les ordres du capitaine de vaisseau Gallois et composée du vaisseau le Suffren, des frégates VArté-

1. Voyez sur le sac de Forli des détails curieux dan< la Correspondance de Stendhal, t. IL p 150.

mise, VEclipse et la Victoire, des corvettes la, Caravane et le Rhône se présentait devant Ancône, ayant à son bord le 66« de ligne commandé par le colonel Combes, avec une batterie d'artillerie. Le 23, à deux heures du matin, les troupes, débarquées en silence, occupaient la ville sans coup férir. La citadelle elle-même ouvrit ses portes à midi. Pendant ce temps, le général de Gubières, parti par voie de terre, était arrivé à Rome. Il exposa au Saint-père la nécessité où s'était trouvée la France de répondre par l'expédition d'Ancône à l'entrée des Autrichiens dans les Romagnes, s'entendit avec M. de Sainte-Aulaire et revint à Ancône prendre le commandement supérieur des troupes.

Ce coup de main, habilement préparé et hardiment exécuté, produisit le plus grand effet. Il rendit à la France toute sa popularité en Italie. « Pesaro est ivre de joie, » écrivait Stendhal, « idem à Pérouse, Spoleto ; le voisinage du tricolore les rend folles ^ »

1. Correspondance, t. II, p. 152. Sur rexpcdilion d'Ancône, voyez la Revue Historique (XXXVIII, p. 112 et suiv.). Cf. Revue du Cercle militaire (n" du 6 février 1887). L'oc-

Beyle fut du reste à même de pouvoir .juger sur les lieuKde l'impression produite par l'habile fermeté du gouvernement français. Dès le mois de décembre 1831, il avait projeté de visiter les Romagnes et il en avait fait part au ministre :

« Il est probable, écrivait-il, que d'ici à deux ou trois mois les affaires de Bologne seront terminées. A cette époque, la présence d'un agent français à Rimini, Ravenne, Pesaro, etc., ne pourra donner d'ombrage au gouvernement de Sa Sainteté. Je croirais utile d'aller passer deux ou trois jours auprès de chacun de MM. les vice-consuls et agens consulaires employés dans les États romains. J'aurais le plus grand soin de ne parler à ces messieurs que d'intérêts commerciaux. Cette tournée d'inspection n'en aurait pas moins pour effet immédiat de ranimer le respect dû au nom français.

« Aussitôt que la tranquillité sera parfaitement rétablie à Bologne, je proposerai à Votre Excellence d'y placer un vice-consul ou agent consulaire. M. le comte de Saurau, qui règne à Florence,

cupalion d'Ancône en 1832. Lettres du général de Cu bières.

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entretient des correspondances avec Bologne, Rimini, Ravenne. Ces correspondances ne sont pas de nature à augmenter notre crédit dans ces villes. Il serait à propos qu'un habitant de Bologne riche et considéré voulût y être vice-consul de France. J'ai été en garnison à Bologne en 1801, j'y ai repassé huit ou dix fois depuis cette époque, et je puis assurer que les mesures que j'indique seraient utiles. »

Les événements empêchèrent Stendhal de mettre ce projet à exécution ; mais, après l'occupation d'Ancône, il fut chargé dans cette ville de la direction du service financier.

Cette mission l'intéressa beaucoup ^ et il s'en acquitta avec un zèle que M. de Sainte-Aulaire se plut à faire valoir :

« M. Beyle, consul à Cività-Vecchia, écrivit-il au ministre des Affaires étrangères, vient d'arriver d'Ancône. Je l'avais engagé à y transporter sa résidence, afin d'y prendre la direction du service financier qui devait présenter dans cette place

beaucoup de difhculté. Après l'arrivée de MM. Simon et Béaghel, payeur et intendant militaires, la

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