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de recevoir de M. Tellier de Blaiiriez, Sa Sainteté a paru très sensible à cette attention ; elle a lu la lettre de M. Tellier de Blauriez avec l'intérêt le plus marqué, et M^' Fieschi m'a écrit une lettre de
remerciement Le 23, Sa Sainteté est montée
sur le bateau à vapeur la Méditerranée, à onze heures un quart. Elle s'est fait conduire aux salines de Corneto, à onze milles de Cività-Vecchia; là, le pape est descendu, a visité les salines, est remonté sur le bateau à vapeur et est rentré à Cività-Vecchia à quatre heures et demie, ayant navigué ainsi l'espace de dix lieues sous le pavillon tricolore La
marine militaire du pape consiste en une goélette de douze canons construite par les Français avant 1814. Le jour de l'arrivée de Sa Sainteté, M. le ministre des finances, >I. le ministre de la guerre et le prince de Roviano ont fait appeler deux habitants de Cività-Vecchia absolument étrangers à la marine, mais qui passent pour des gens de bon sens, et leur ont demandé s'ils croyaient qu'on pût confier la personne du pape à l'habileté de ses ofiQciers de marine. Ces messieurs ont été fort embarrassés et ont cherché à faire entendre avec tous les ménagements convenables que MM. les ofîiciers de la marine, d'ailleurs pleins de zèle et d'activité,
n'avaient peut-être pas toute l'expérience nécescessaire pour conduire le pape aux salines, c'està-dire à onze milles du port Je n'ai pu voir le
pape même à son départ, étant toujours retenu au lit par la fièvre et la saignée. Sa Sainteté a été parfaite pour tout ce qui est français. J'apprends que sa navigation de dix lieues sous le pavillon tricolore a produit le plus grand effet à Naples. Le pape a été constamment un homme gai, jouissant de sa position ; au départ, elle [sic) serrait la main à tout le monde, ce dont gémissaient le prince Massimo et les autres courtisans attachés à l'étiquette.
« Quelque étrange que le fait suivant puisse paraître à Paris, je regarde comme constant que le gouvernement de ce pays voit avec peine l'arrivée des bateaux à vapeur à Cività-Vecchia. La diffusion d'opinions qui ne sont pas les siennes est à ses 3^eux le plus grand mal possible. La course de dix lieues que Sa Sainteté a daigné faire sur le bateau à vapeur la Méditerranée^ et les respects sans bornes dont, d'après mes prières, Sa Sainteté a été l'objet à bord ont fortement contrarié certaines personnes, et j'espère avoir à porter remède à moins de tracasseries pendant deux ou trois mois. »
Ce que Stendhal ne dit pas, c'est que ces voyages ne contribuaient pas peu à augmenter la pénurie du Trésor pontifical. M. Petruccelli délia Gattina prétend que dans le seul voyage de Cività-Vecchia, qui coûta 80,000 écus, la suite du pape fit passer pour 70,000 écus de contrebande ^ Quelque peu de confiance que l'on doive accorder à son ouvrage, qui est avant tout un long pamphlet contre la papauté, il faut reconnaitre que ce que nous savons par Stendhal de la coui- et des finances romaines rend son affirmation tout au moins assez plausible. Le fait de la fraude faite à l'aide des voitures du saint-père a été signalé par Stendhal lui-même dans un des passages que nous avons cités. Ce n'est pas, au reste, le seul point où le témoignage de Stendhal soit corroboré par d'autres informations. Des extraits qui précèdent se dégage, croyons -nous, cette double conclusion que le pouvoir temporel des papes travaillait lui-même à sa ruine et que. longtemps d'avance, la pénétration de Stendhal avait su le distinguer.