Correspondance, t II, p
Stendhal n'avait pas de craintes, il n'en était pas de même des populations au milieu desquelles il se trouvait.
« La peur, écrivait-il, est extrême dans les Etats romains, on affiche des édits pour recommander la propreté ^ on fait des processions qui ont du moins le mérite de frapper vivement l'esprit des peuples. Le gouvernement romain manque d'argent; les employés ne sont pas payés, il est à craindre que la corruption ne trouve moyen de traverser les cordons sanitaires.
« Jusqu'ici, l'état de la santé publique est fort satisfaisant, car je ne fais pas entrer en ligne de compte les fièvres qui sont plus nombreuses cette année que de coutume; moi-même j'ai été malade pendant deux, mois ; les trois quarts de ces fièvres proviennent du manque de propreté ; l'algue pourrit sur le rivage de la mer ; les rues sont remplies d'ordures infectes, ce qui donnerait des craintes pour le nombre des malades si le choléra morbus parvenait jusqu'à l'Etat ecclésiastique. »
1. V. ces cdits dans Raccolta délie Icggi e disposizioni di publica amministrazione nello stato pontificio, t. VI, pp. 61 et suiv. Rome, 1835, in-8o.
Mais le choléra n'était pas seul à redouter. En même temps que le manque de soins et de précautions devait nécessairement favoriser les progrès du mal, l'ignorance et l'affolement des populations créaient un danger plus grand encore que celui de lépidémie. On pouvait craindre de voir se renouveler en Italie, et en bien d'autres proportions, les scènes hideuses dont Paris venait d'être le théâtre*. « Ce sont les révoltes et les assassinats, disait Beyle dans sa correspondance privée, et non la maladie qui nous feront danser ici^ » Sa correspondance politique exprime la même opinion avec plus de détails.
« Votre Excellence, disait-il, aura sans doute reçu de l'agent éclairé qui, de Rome, correspond directement avec elle, les détails suivants.
« La terreur du gouvernement romain est à son comble. L'attentat du 28 juillet, non-seulement a présenté à l'imagination des vieillards qui gouvernent ce qu'ils seraient devenus si, par une supposition tout à fait absurde, la garnison d'An-
1. A la suite de briiits absurdes d'empoisonnement, plusieurs personnes avaient été massacrées en plein jour et en pleine rue.