‹ Stendhal diplomateChapitre 42 sur 59 · Corr., t. II, p · texte numérisé non relu

Corr., t. II, p

Il insiste particulièrement sur ce fait dans certaines de ses dépêches.

« Il y a, dit-il, une quantité de petites dépenses de deux à quatre écus (11 à :22 francs), qui sont nécessaires au bien du service en ce pays. Dans les pays de légalité parfaite, en Angleterre, en Hollande, les choses se passent peut-être bien dififéreminent, mais ici, à Cività-Vecchia, il m'est essentiel d'être bien avec les bateliers, avec les agents de la santé, avec les gendarmes. Cela n'est nullement important pour moi personnellement, mais pour les Français qui abordent avec des passeports non revêtus des visas nécessaires, ou sur le compte desquels il y a de mauvaises notes. Ainsi, M. le comte de Panis, pair démissionnaire, a été pris apparemment pour le Panis de 93 et, malgré trois ou quatre heures des démarches les plus vives, ne put pas débarquer à Cività-Yecchia et fut obligé de pousser jusqu'cà Naples. Ainsi, un Français de soixante et un ans, prédicateur en Amérique, a été maltraité et conduit dans un cachot de la citadelle de Cività-Vecchia, comme étant M. Achille Murât. Les menues dépenses, qui me mettent à même de prévenir ou d'adoucir les incidents de ce genre, ne sont nullement utiles à moi personnelle-

ment, mais bien au commerce et aux Français qui voyagent. Il n'est pas de mois où les étrennes que je donne aux agents de la santé ne soient utiles au cabotage corse. Je m'aperçois souvent que j'ai déjà beaucoup trop restreint les dépenses de ce genre. En ce pays^ tous les subalternes se font payer avec âpreté. Des négociants fort aisés ne rougissent pas de recevoir un présent de quatre écus à peine déguisé. Si cette foule de petits profits vient à cesser, notre commerce éprouvera de petites vexations de détail qui, dans une ville grande comme Saint-Cloud et où tout le monde tremble devant l'autorité arbitraire, nuiront à la considération de la France. »

Les raisons invoquées par Beyle étaient très plausibles. Du moins, elles parurent telles à M. de Saint-Aulaire, qui demanda pour lui la croix vers la fin de 1832, tandis que Beyle écrivait de son côté directement au duc de Broglie, alors ministre des affaires étrangères : « Permettez que sous les auspices de mon chef, S. E. M. le comte de Saint- Aulaire, ambassadeur à Rome, pour vous prier de me présenter à Sa Majesté pour la Légion d'honneur.

« J'ai précisément les 25 ans de services exigés

par les règlements. Auditeur au Conseil d'État, j'ai été intendant en Sibérie. J'ai donné des signatures officielles à Moscou et à Berlin. J'ai fait les campagnes de 1,800 Marengo, 1801, 1806, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14. J'ai toujours été employé hors des frontières. J'ai à la guerre une demi-solde de 450 fr. acquise par 13 ans et 7 mois de services, campagnes non comprises. Depuis 2 ans je suis consul à Trieste et à Cività-Vecchia.

«. J'ai déjà été proposé pour la croix par M. le comte Daru, il y a 20 ans, pour ma conduite à Bobr dans la retraite de Russie. L'Empereur répondit qu il ne donnait point de croix dans ces moments là... ».

La demande fut renouvelée en 1833.

«... A Moscou, écrivait Beyle, l'Empereur me fit remettre une somme de trois millions de roubles pour un service particulier ; cet ordre fut exécuté par M. le général comte Mathieu Dumas, alors intendant général. M. le comte Daru m'a chargé à Vienne en 1809, de tout le travail préparatoire à la formation du royaume de Hongrie.

« Je suis entré dans le 6* régiment de dragons,

à 16 ans, en 1808... Il me reste de ce temps un

certificat du Lieutenant général Michaud, dont

copie ci-jointe ... « en 1814, l'Empereur m'a envoyé dans la 7« division militaire (Grenoble, ma patrie) avec des pouvoirs étendus. J'étais adjoint à M. le comte de Saint-Vallier... »

Beyle devait pourtant attendre la décoration quelque temps encore. Elle ne lui fut donnée qu'en 1835, et d'une façon qui le blessa profondément. Ce fut, en effet, comme homme de lettres et par l'entremise du ministère de l'instruction publique qu'il l'obtint ; or, sa prétention était de la recevoir comme consul et sur la proposition du ministre des affaires étrangères. C'est ainsi que, dans une autre dépêche officielle, il énumère de nouveau ses seuls titres administratifs, sans faire la moindre allusion à ses travaux littéraires.

« Puisque Votre Excellence, disait-il, veut bien parler des services qu'elle est disposée à faire valoir, j'aurai l'honneur de lui exposer que j'ai 27 ans de service. M. le duc de Broglie avait eu la bonté de me promettre que mon nom serait placé sur la première liste des consuls pour lesquels on demanderait la croix. J'étais auditeur au Conseil d'Etat, chargé de fonctions administratives dans

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