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de sa santé. Cette situation pénible se continua pendant l'été et l'automne de 1835. Au commencement de 1836 elle était devenue telle, que Stendhal, qui avait vainement demandé en juillet 1835 un consulat en Espagne, sur la Méditerrannée, se vit dans la nécessité absolue de quitter sa résidence et écrivit au ministre la lettre suivante, pour lui demander un congé :
« Monsieur le Ministre,
« Je vais prendre la liberté d'exposer à Votre Excellence le^ détails d'une demande d'une importance on ne peut moindre.
« Il s'agit d'un congé que le retour continuel de la fièvre rend fort désirable pour moi. Un mois après mon arrivée àCività-Vecchia, en avril 1831, je fis une maladie mortelle (c'était la fièvre et la gravelle). M. de Saint-Auîaire et M. Périer, secrétaire d'ambassade à Rome, que je cite comme étant peut-être à Paris, me virent mourante La même
i . Dans une autre de ses lettres, Stendhal afTirmc qu il fut question à Rome, d'envoyer quelqu'un pour mettre les scellés sur ses papiers.
maladie m'a attaqué tous les ans à l'époque des premières chaleurs. Je me permettrai un détail, c'est une fièvre à'aria cattiva que le quinine guérit ordinairement, mais, chez moi, cette fièvre est suivie d'une colique violente avec gravelle ou avec la goutte, et, à cause de cette tendance à Tinflammation, je ne puis prendre de quinine.
« L'année passée, quand Sa Sainteté est venue à Cività-Yecchia, j'étais au lit où j'ai passé un mois, et je n'ai pas pu faire les honneurs du bâtiment à vapeur français sur lequel Sa Sainteté a daigné faire une navigation de vingt milles.
« J'ai consulté, en 1833, M. Chomel ; les remèdes n'ayant produit aucun effet constant, je désirerais prendre un parti avant l'arrivée définitive de la vieillesse. J'ai trente années de services, dont 25 au moins hors des frontières de France.
« J'ai à solliciter toute l'indulgence de Votre Excellence pour des détails qui ne sont excusables que parce qu'ils font preuve. Je laisserais la gestion du Consulat à >1. Lysimaque Tavernier, qui travaille avec moi depuis cinq ans. J'ai aussi un excellent commis, M. Antoine Albert
« Je sollicite des bontés de Votre Excellence un congé de six semaines ou deux mois. >/
Le congé demandé ne se fit pas longtemps attendre. Il lui fut accordé le 12 mars, moins d'un mois après la lettre qu'on vient de lire, et un élève-consul, M. Galloni d'Istria, fut chargé de gérer le consulat en l'absence du titulaire.
Le 5 mai, Stendhal fit annoncer en ces termes au département la remise du poste :
« En exécution des ordres de Votre Excellence en date du 12 mars dernier, je viens de remettre la gestion du Consulat de Cività-Vecchia à M. Galloni d'Istria, élève consul. Je me suis empressé de faire connaître, autant qu'il était en moi, à M. d'Istria, le pays et les hommes au milieu desquels il va agir. Je l'ai présenté à M. le Délégat de la province de Cività-Vecchia... Le soin de ma santé m'oblige à passer encore quelque temps à Cività- Vecchia, après quoi je me rendrai àParis, oii j'aurai l'honneur de prendre les ordres de Votre Excellence. »
Beyle arriva à Paris le 23 mai, et son séjour s'y prolongea jusqu'à la fin de juin 1839. « Il reprit, pendant ces trois années, ses anciennes habitudes, écrivant des romans et des nouvelles, prenant ses
repas au Café Anglais , se montrant, de neuf heures à minuit^dans les salons en vogue, soit par l'esprit qu'on prêtait aux maîtres de la maison, soit par leurs titres ou par leur réputation dans le monde élégant.^ >.
Mais le monde ne prit pas Beyle tout entier, pendant ces trois ans que dura son séjour à Paris. Les Mémoires d'an Touriste (18381, plusieurs des Chroniques italiennes ^^ enfin la Chartreuse de Parme (I839i, sont là pour en faire foi. Cette vie, partagée entre les lettres et la société, ne put malheureusement pas durer longtemps. La chute du ministère présidé par le comte Mole, protecteur de Stendhal, força ce dernier, malgré ses vifs regrets, à revenir à Cività-Vecchia, et le 24 juin 1839 il partit de Paris pour rejoindre son poste, où nous allons le retrouver.
1. R. Colomb. Notice biographique sur M. Beyle (de Stendhal).