‹ Stendhal et ses amis; notes d'un curieuxChapitre 9 sur 16 · C. de Seyssel, âgé de einquante-lrois ans — Chappuy · texte numérisé non relu

C. de Seyssel, âgé de einquante-lrois ans — Chappuy

— Duraiid-Robet — Caiimartin -^ — Gandot de Mauroy, 3o — Ch. Darnade — Fabrice — Jacques Durand

— A.-L. Cliampagne — Condotti 4^ — Louvet. Beyie, dans la note autobiographique publiée par

Paulin Liniayrac ' et signée naturellement d'ini pseudonyme, f( M. Darlinconrt )> , raconte que « obligé par état de voyager, il lui importe de n'être pas connn comme auteur d'ouvrages; ou ne comprend pas ces choses quand on n'est pas sorti de France ».

Mais pourquoi dans son propre journal, manuscrit, inédit, signer Costc , chef de bataillon ? Pourquoi se faire présenter chez lM"'° Ancelot sous le nom de César BombetP Pourquoi écrire à cette dame une lettre signée Giroflay et datée de Smyrne au lieu de Civita- Vecchia -?

Pourquoi Pagaon P

* Page 6, De VJmour, avec une ctiule sur Stendlial, par Paulin Limayrao. Paris, Eugène Didier, d8o3, in-12.

- Les Salons de Paris, par M""' Ancelot. Paris, Jules Tardieu, 18o8, p. 09.

« Clior et aimable eollègiie,

« Voici une Notice sur iM. Acton; vous y verrez une grande vérité, c'est que ce pauvre Acton (mort dune saignée avant-hier) avait bien .o.5o mille fr. de rente, mais

d'un héritage qui était venu le chercher à Besançon

et non de l'argent que la Reine Caroline avait donné à son amant.

f( Ceci est très curieux.

a Le ministre Acton destitué alla en Sicile et prêta à son Cœur tout ce cju'il avait gagné. On en a rendu une petite partie au chev. Acton qui vient de mourir.

« Voilà du neuf, voilà du curieux, vous pourrez faire m lignes charmantes. Renvoyez-moi l'original.

« Tout à vous,

<{ Pagaox. y)

Monsieur « Monsieur Guinot^

a A"" 12, rue cl' Alger. ^ »

Toujours ral)sencc de naturel : toujours le JDesoin de mystère ^.

' Collection Henri Cordier.

^ Au sujet du pseudonyme Stendhal, Sainte-Bouve écrit dans ses Caiisrrws (lu Lundi : « Steindal est une ville de In Saxe prussienne, lieu natal de

ET SKS AMIS. 37

Il ii'.'i manqué à Stendlial qu'une chose pour avoir du génie : c'est un peu (rahandon.

L'année i8i3 marque une époque importante de la vie de Stendhal. Il avait suivi l'armée française en Russie et il avait grandement souffert des fatigues et des privations endurées dans la mémorable campagne de ]8i2. Il écrit de Mayencc : « Nous sommes horribles, d'une saleté repoussante et à genoux devant des pommes de terre. » Dès son retour à Paris, le 3i janvier i8i3, il note ses dernières étapes, examine sa position, exprime ses désirs. y\u i3 février il résume ainsi son voyage de retour de Russie :

« Je copie ce qui suit d'un petit Molière, avant de l'envoyer à la reliure :

Parti de Moscou le i() Oct. 181 !^. de Smolensk le 1 1 Nov.

de Wilna le 7 Dec.

Arrivé à Kœnigsberg le i4 déc. avec M. M.

Parti pour Dantzig le 3o déc. en traîneau d'acajou, de Dantzig le 8 janvier 181 3.

Arrivé à Stargard (auberge, prix affiché) le 12 janvier 181 3.

Winckelmann. Il est probable que Bcyle y aura songé en prenant le nom sous lequel il devint un guide de l'arl italien. » Stendai , et non SteindaJ, est situé au delà de Lehrte, sur la grande ligne Cologno-Herlin, à rembraiicliement des lignes sur Hambourg et Crème d'une part, Magdebourg de l'autre.

ns STENDHAL

<( Paitidc Berlin le '^3 janvier à lo h. less [moins] i/j le 2J à 8 h. (lu soii" à ^)^^ns^\ ick. le '.>Sj à lo (lu soir à Casse! .

le ay à a h. du matin à Francfort.

(Qnelle heure de bon sommeil.) à 7 h. i/v. (In matin fi'anrlii le Rhin en

traîneau, à I h. il'2 parti pour J^aris le 3i à 9 i/'A arrivé à Paris. »

Depuis son départ de Paris, il a perdu ses connaissances de vue; les femmes surtout occupent son esprit; mais, nous dit-il, 4 février : « Je trouve à mon retour four wimen [sic] à observer :

Ar Po

de P

Tin

Dol

(non parlo délia mia Vnsfelina) * y^.

Beyle connaissait /Vn£i;elina depuis longtemps; c'est d'elle qu'il a dit :

f( Milan, Albergo délia Citla. '.>. nov. iSii. Sans doute la femme la plus belle que j'aie eue, et peutêtre que j'aie vue, c'est A — telle qu'elle me paraissait ce soir en promenant avec elle dans les rues, à la lueur des lumières des boutiques... » ... « Cette figure aurait fait une sibille sublime » ... « .le l'ai ac-

' Papiers flo Gronoblo. A. Rayon supérieur. Vol. XI.

liT S lis AMIS. ^'J

conipagiiée jus(jue olie/ su belle-sœiir, reinine d'un chiniisle célèbre '...)>

Au reste, il nous est facile de nous rendre compte de l'état d'esprit de Beyle à cette époque de sa vie, i^race au journal qu'il a conunencé le 4 février 181 3, il Paris, rue Neuve de Luxendjour-;, n" 3, et qu'il continue jusqn'au \ juillet i<Si4. Il commence ce journal par une recommandation que nous nous empressons de ne pas suivre :

'i Si vous êtes discret, ne lise/ pas. Si vous n'êtes pas discret, mais cependant lioiuiête homme dans les choses essentielles, lise/ et moque/-vous de l'auteur, mais ne répète/ pas ce que vous aurez lu.

« (>osTt:, « Chef de bataillon ^ »

Beyle nous explique d'ailleurs immédiatement pourquoi il conserve des journaux détaillés de sa vie :

K Je n'ai pas de mémoire, mais du tout, de manière que quand je suis discret dans les journaux of my life que j'ai faits jusqu'ici, je n'y comprends plus rien au bout d'un an ou deux. »

Il a perdu tout amour du travail :

« Je me suis aperçu de JMayence ici que j'avais perdu my passion for my history of Painting. J'en ai été fâché, mais le fait était vrai. Je me suis borné à étudier à quoi on pouvait reconnaître la mort d'une passion,

» Lisez pliarmacieii. Papiers de Grenoble. A. Kayou sui)crieur. Vui. XIV. - Papiers de Grenoble. A. Rayon supéricui-. Vol. XI.

40 STlixNDHAI-

à renniii (juinspireiit les choses ennuyeuses, les détails d'exécution de cette j)assion... »

(c Cette passion reviendra-t-elle ? Je n'en sais rien. Je nie sens mort dans ce moment. Un vieillard de soixante ans n'est peut-être pas plus froid... )> ^

Ses autres passions ne sont guère plus vives : « 12 mars. Je suis plongé depuis mon retour dans une froideur extrême et ennuyeuse. Depuis quarante jours, je cherche en vain mes anciennes passions. Je n'ai plus que des jouissances de réminiscence... »

II avait écrit le mois précédent : « Return of cold. I am cold without passion. i5th. f. y. i8r3 '\ »

A l'en croire, « froissé par les hommes », il a « besoin d'un intérieur bourgeois oii il puisse être les pieds sur les chenets. M" dePe...l eut été cela, elle est simple et bonne, mais l'absence de l'esprit est trop forte, by lier mother she is trop bourgeoise. »

En réalité, malgré sa fatigue intellectuelle et son anémie cérébrale, ce qui occupe Beyle, au milieu de ses intrigues amoureuses, c'est la recherche d'une bonne position, en Italie plutôt qu'en France. Mérimée avait raison d'écrire que Beyle, qui « se piquait de libéralisme, était au fond de l'âme un aristocrate achevé. i) L'appréciation est absolument exacte. Beyle a toujours fréquenté la société la plus raffinée. Si dans ses amours il descendait jusqu'à la fille d'auberge, il revenait promptement aux comtesses et aux princesses,

' Papiers de Grenoble. A. Hayon supérieur. Vol. Xf. - MoUi.re, l, titre.

et se hâtait d'oublier l'odeur de la cuisine dans le boudoir d'une patricienne. Il aurait voulu une haute position, un titre, un bel uniforme; il fut au désespoir de n'être pas préfet et baron de l'Empire à son retour de Russie.

(c 17 mars 181 3. Hier i4 et la veille, il n'est bruit que de quinze préfectures à donner où il paraît que les auditeurs auront bonne part. Le travail a été él)auché mercredi dernier, et se termine, dit- on, aujourd'huy; ainsi l'Eglise triomphe au fait en ce moment.

ce Cela m'a un peu troublé, je serai un peu humilié de n'avoir rien; d'un autre côté, être Préfet autre part que dans les quatorze départements italiens, est entièrement contre mes goûts les plus chers.

a Maître des requêtes me conviendrait mieux, comme m'approchant de la place d'Intendant de la Couronne à Rome ou à Florence qui est la seule chose que je désire. Préfet même à Parme ne me ferait pas autant de plaisir. Une seule personne, Mr Jordan, m'a dit et peut-être pour me faire une politesse qu'il était question de moi pour maître des requêtes avec Pastoret.

« Les on dit sont que :

Bergognié est Préfet à Lons-le-Saulnier.

De Nicolai, Préfet.

Cochelet, —

« On envoyé Mol lien Préfet à Anvers.

(c Partout préfet ou maître des requêtes.

« On dit qu'il y a deux listes, une de M. de Monta-

il Sli;.M»llM,

livft, une tic M. Diini, ([iw ce dernier a présenté tous les auditeurs de liussie, dont la moitié ou les deux tiers ne peuvent ctrc l^réfet qu'avec ridlcidc.

t( De ceux que je connais, je ne vois de Prétetarables que :

lîer^ognié

lîusclie '

Moi

Nicolai

Pastoret

et peut-être Coclielet si les prétentions tenaient lien de mérite.

ce Les trois auditeurs (pii logeaient à Moscoii à l'Ecole de médecine feraient trois bons choix.

« Pour moi, j'aurais mieux aimé qu'il n'y eut pas de nomination, qu'on donnât quatre croix, quatre baromiieset que j'eusse une croix, fut-elle bleue, comme elle sera suivant toute apparence. »

' Il ne garda pas rancune à ses collègues plus heureuv que lui; voici dans quels termes il recomniaiulc lîusclie à M. Samuel Jesi dans la Icltrc suivante :

" Monsieur et cher ami,

" Koiiic, le 1'' avril I8:ti.

« Permettez que je vous recommande M. Busche, avec lequel j'ai fait la campagne de Moscou. M. Busche a été préfet, maintenant il aime et cultive les arts. C'est un des Français qui a le mieux juge et connu les belles choses que Uaphai'l et Michelatigc ont laissées à liome. M. Busche possède à Paris toutes les gravures célèbres de l'école d'Italie : Il aime l't a[)précie le dessin, il comprendra votre belle estampe de la Madone de Fra Bartolomeo, avec les

a If) mars i8i3. Ce soir j'ai l'Ame un peu mordue du (liaj^rin de n'être pas préfet quand mes deux acolytes Bergognié et Busdie le sont. Je serais cependant plus chagrin peut-être si je voyais la nécessité d'aller me confinerquatre ou cinq ans dans un trou de six mille habitants comme Lons-le-Saulnier. . . » *

Un mois plus tard Beyle se met en route pour la terrible campagne dans laquelle Napoléon livre les grandes batailles de T.utzen et de Bautzen.

Beyle eut toujours de gros embarras financiers; l'année i8i3, si importante dans sa vie à beaucoup d'égards, le fut également pour lui à cause de ses besoins d'argent. Trois ans plus tard, les espérances de fortune que son père avait pu lui laisser entrevoir, se trouvaient singulièrement compromises; nous avons l'expression de ses inquiétudes parmi les papiers de la bibliothèque de Grenoble^ :

pierres idéales sur la tête de St-Étienno. Faites voir à M. Biische votre dessin de Léon X.

« Présentez, je vous prie, mes hommages respectueux à Monsieur et Madame T. J'ai écrit à Paris pour une petite pompe, dont j'ai l'honneur de parler à Madame. Ce petit meuble arrivera dans six semaines et je l'enverrai à Livourne en prévenant Madame. Mille choses à M. Salvagnoli. Mes respects à Mademoiselle votre sœur. Monsieur croyez-moi

« Tout à vous

« Henry Bf.vlf.. »

^ A. Rayon supérieur. Vol. XI.

- A. Rayon supérieur. — H. — R. .'iSOfi.

i( Projet do résolution de famille.

« Grenoble 15 avril 1816.

« Effrayés de ce que nous entendons dire des dettes de mon père, nous sommes résolus d'employer notre influence pour l'engager à vendre. On assure qu'encore deux ou trois ans de sommeil et on en pourrait venir à une expropriation forcée. Le bruit public est que mon père doit de i 5o à 9.00.000 francs. Il paye jusqu'à 10 pour 100 d'intérêt et en général le 7. Il a 400.000 francs d'immeubles qui rendent le 4 oii 16.000 francs, par an. Avec cette somme de iG.ooo fraucs, il faut servir environ i 1,000 francs d'intérêt et vivre

(( Avoir :

Sarcenas So.ooo fr.

AUevard (rien n'y va). ... »

r.a maison 80.000

lia nouvelle rue 55. 000

Echirolles i5.ooo

Claix ' 320.000

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