VINGT-QUATRIEME CAHIER
2 septembre (anniversaire du Menteur). .<— Je n'en puis plus, je suis usé, épuiséjusqu'à la dernière goutte, au moral et au physique; mais il faut que j'emploie cette dernière goutte à dire ce qui m'a mis dans cet état.
Dîner avec C. Histoire de Mélanie. Caumont dans le discours à Agnès et la suite, quel naturel!
Dix heures sonnent, j'ai couche hier avec Mie.
10 septembre. — Aujourd'hui 10, je me sens malheureux par le manque d'un état. Je ne me sens pas de génie for m y c (1) ; c'est ce qui me rend le plus malheureux.
18 septembre. — Paris, place de guerre. Napoléon dit à M. Mollien :
— Je pars bientôt, je vais présider la diète de Francfort, je ne sais pas si j'aurai la guerre, mais je veux leur faire peur.
Toutes les voitures du faubourg- Saint-Germain sont en l'air.
Le canonnier de Vincennes qui meurt de ne pouvoir par-
(1) Pour ma comédie. (Str.)
tir; les chasseurs malades àl'Ecole militaire qui sautent par les fenêtres. Ardeur de la garde bien prouvée.
Je vois hier quatre des cinq parents que j'ai ici ; intimité croissante avec l'aimable Martial ; il vient me voir ce matin .
Si tout part, que deviendrai-je? Resterai-je bourgeois de Paris cet hiver? Irai-je acquérir des titres dans le Nord ? J'aimerais mieux y aller surtout avec Martial. Rien de plus facile à Z. que de me placer. Si je fais bien, c'est un titre, si je manque d'habileté, c'est noyé clans le désordre de la guerre.
Mais Z. pensera-t-il à moi i° ? 20 voudra-t-il me dire : Venez.
On dit que S. M. (1) part mardi. D'ici à quinze jours je saurai ce que je deviens. My love for M. (2) a eu une petite pointe. J'ai été content tous ces jours-ci.
27 septembre. — Ce matin chez Martial, deux heures ; à la fin, je lui parle de moi d'une manière bien amenée; il me dit que, si je veux, je pourrai partir avec lui, qu'il en parlera à M. D., ce malin, de manière que mon sort peut être décidé actuellement, je suis :
ou élève allant avec Martial,
ou com. des gres (3), idem,
ou com . des gres allant ailleurs,
ou élève allant ailleurs,
ou rien, restant à Paris.
ïl me semble que, pour justifier ce dernier parti, D. sera obligé de promettre que je serai auditeur. Cela m'agite un peu aujourd'hui, nous verrons demain quelle supposition aura été vérifiée.
Je souhaiterais être com. de guerres, employé près Martial ; si la guerre dure, comme il y a à parier, un an ou dixhuit mois, D. étant le seul homme à talent dans l'adminis-
(1) Sa Majesté. (Str.)
(2) Mon amour pour M[clanie]. (Str.)
(3) Commissaire des guerres. (Str.)
tration de laguérre,moi élantavec lui, j'avance plus qu'étant auditeur.
Si je pars, j'emporterai plus de 3,ooo francs, j'ai acheté une carte d'Allemagne de Lesage, qui débrouille entièrement ce chaos à mes yeux.
i5 février. — J'étais chez Martial à cinq heures du soir; il me lit un billet que sa femme venait de recevoir de M. de Chatenet, qui commence ainsi : Je te donne pour avis, et pour avis certain, que M. Beyle est nommé auditeur, mais sous le nom de Baile, etc.
Ça me donne des espérances fondées. Je n'avais pas une envie d'être auditeur aussi grande que l'horreur d'aller recommencer mon triste métier de commissaire des guerres.
19, lundi. — 11 se confirme que je suis auditeur. M. Pionnier l'a dit, à ce qu'on a rapporté à Faure. Ce matin, je suis allé avec Crozet au Collège de France, où un sot expliquait Virgile ; j'ai été sur le point de pouffer de riredevant son auditoire scandalisé. Jolies figures parmi ces jeunes gens. Nous avions entendu auparavant M. Pastoret, qui ne pense pas.
Le soir, chez Mme Z, j'y allai à dix heures avec ennui et en faisant effort sur moi-même. J'y ai été naturel et très bien. J'ai été on ne peut plus content de Marie. M. D. m'a parlé avec toute lagrâce possible de ma petite lettre. Comme je lui disais : — Ce sera la dernière ; il m'a dit : — Mais non, continuez ; nous tâcherons de faire votre affaire. Je serai présenté à Mme Estève, excellente femme, à la juger d'après la physionomie. Je suis heureux.