SIXIEME CAHIER
27 floréal (2). — C'est une bien grande folie de mettre son bonheur dans des jouissances contradictoires. Je veux travailler et aller dans le monde, cela est absolument impossible.
27 floréal. — Rouget me conte qu'il a e — é une madame de St-S., qui, après la cérémonie, a dit en pleurant : « Je suis donc comme toutes les femmes. » Cette excuse est profonde, à ce qu'il me semble,
27 floréal. — Ordinairement, dans ce que j'écris, les termes sont pris dans leur maximum de signification, à moins que je n'en avertisse par une modification.
— Il est facile de plaire au peuple, mais on ne lui plaît
( 1) Beyle voulait sans doute imiter Shakespeare et les auteurs dramatiques anglais pour lesquels scène veut dire : changement de décor. II devait être choqué de la division factice qui fait que les scènes de notre théâtre sont réglées d'après les entrées et les sorties des personnages. (Str.)
[2) Diverses notes sur la couverture de ce cahier : « Regarder tout ce que j'ai lu jusqu'à ce jour sur l'homme comme une prédiction, ne croire que ce que j'aurai vu moi-même'; joy, Iwppiness, famé, ail is upon it (joie, bonheur, renommée, tout dépend de cela). » (Str.)
pas longtemps ; une nouvelle bêtise remplace bientôt la votre.
— Le sourire, lorsqu'on sent qu'on est supérieur à ce qu'on vous croit.
3 prairial. — L'idée que je suis au commencement de ce cahier et que je relirai souvent ce que j'écris sur cette pa°e fait que, depuis huit jours, je n'ose rien y mettre.
5 prairial. — C'est presque sans y penser et en écrivant au courant de la plume, que j'ai découvert cette vérité que je crois capitale : Queld tragédie est le développement d'une action et la comédie d'un caractère.
Pour être bien dans le monde, il faut ne pas vivre pour soi ; pour faire des ouvrages sublimes, il faut ne vivre que pour son °;énie, le former, le cultiver, le corriger,
22 prairial. — Le bonheur ne serait-il point de faire semblant de faire par passion ce que l'on fait par intérêt?
18 messidor. — Dès que je suis avec quelqu'un, songer qu'en ménageant sa vanité je m'en ferai adorer.
19 messidor. — Plier aux événements qui, étant arrivés, sont inévitables.
— Chez une nation où la vanité règne, où, par conséquent, un bon mot est tout, être toujours de ^sang-froid en agissant.
— Se faire chaque soir cette question : « Ai-je assez ménagé la vanité de ceux avec qui j'ai vécu aujourd'hui? »
19 messidor. — Je fais plusieurs réflexions sur le bonheur, aujourd'hui dimanche, 19 messidor.
i° Dans ma conversation, excepté avec Mante, plaisanter habituellement ; il faut me former à cela.
20 Chez une nation où la vanité est la passion régnante, un mot spirituel pare atout, gagne tout. Prendre donc l'halùtude de ne jamais agir par passion, mais être toujours de sang- froid.
3° Prendre cette habitude-là dansles petites choses. Marcher dans la rue. entrer au café, faire une visite de sansfroid. Ce qui ne veut pas dire d'un air froid; au contraire,
avoir un air dans le genre de Fleury. Pour parvenir à cela, m 'arrêter dès que je me sentirai dominé par une passion. J'ai assez de ma passion pour 1. g-. ; dans le reste, me souvenir que les passions usent la vie et que les goûts l'amusent.
23 messidor (en lisant dans mes sensations). — Mon peu d'assurance vient de l'habitude où je suis de manquer d'ar-
Sent-
Quand j'en manque, je suis timide partout ; comme j'en
manque souvent, cette mauvaise disposition de tirer des raisons d'être timide de tout ce queje vois est devenue presque habituelle pour moi.
Il faut absolument m'en guérir, le meilleur moyen serait d'être assez riche pour porter pendant un an au moins, chaque jour, cent louis en or sur moi. Ce poids continuel que je saurais être d'or détruirait la racine du mal.