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LE RAMEAU DE SALZBÛUR.G

trait-ci confirme ou détruit telle de nos théories », me disait-elle. Les actes de folie répétés par lesquels iin amant aperçoit toutes les perfections dans la femme qu'il commence à aimer s'appelèrent toujours cristallisation entre nous. Ce mot nous rappelait le plus aimable voyage. De ma vie je ne sentis si bien la beauté touchante et solitaire des rives du lac de Garde; nous passâmes dans des barques des soirées délicieuses, malgré la chaleur étouffante. Nous trouvâmes de ces instants qu'on n'oublie plus : ce fut un des moments brillants de notre jeunesse.

Un soir, quelqu'un vint nous donner la nouvelle que la princesse Lanfranchi et la belle Florenza se disputaient le cœur du jeune peintre Oldofredi. La pauvre princesse semblait en être réellement éprise, et le jeune artiste milanais ne paraissait occupé que des charmes de Florenza. On se demandait : « Oldofredi est-il amoureux?» Mais je supplie le lecteur de croire que je ne prétends pas justifier ce genre de conversation, dans lequel on a l'impertinence de ne pas se conformer aux règles imposées par les convenances françaises. Je ne sais pourquoi, ce soir-là, notre amour-propre s'obstina à deviner si le peintre milanais était amoureux de la belle Florenza.

On se perdit dans la discussion d'un grand nombre de petits faits. Quand nous fûmes las de fixer notre attention sur des nuances presque imperceptibles, et qui, au fond, n'étaient guère concluantes, ■ madame Gherardi se mit à nous raconter le petit roman qui, suivant elle, se passait dans le cœur d'Oldofredi. Dès le commencement de son récit, elle eut le malheur de se servir du mot cristallisation : le colonel Annibal, qui avait toujours sur le cœur la jolie figure de l'officier bavarois, fit semblant de ne pas comprendre, et nous redemanda pour la centième fois ce que nous entendions par le mot cristallisation. « C'est ce que jene sens pas pour vous», lui répondit vivement madame Gherardi. Après quoi, l'abandonnant dans son coin, avec son humeurnoire, et nous adressant la parole : « Je crois,

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dit-elle, qu'un homme commence à aimer quand je le vois triste. » Nous nous récriâmes aussitôt : «Comment, l'amour, ce sentiment délicieux qui commence si bien... — Et qui quelquefois finit si mal, par de l'humeur, par des querelles, dit madame Gherardi en riant et regardant Annibal. Je comprends votre objection. Vous autres, hommes grossiers, vous ne voyez qu'une chose dans la naissance de l'amour : on aime ou l'on n'aime pas. C'est ainsi que le vulgaire s'imagine que le chant de tous les rossignols se ressemble ; mais nous, qui prenons plaisir à l'entendre, savons qu'il y a pourtant dix nuances différentes de rossignol à rossignol. — Il me semble pourtant, madame, dit quelqu'un, qu'on aime ou qu'on n'aime pas. — Pas du tout, monsieur ; c'est tout comme si vous disiez qu'un homme qui part de Bologne pour aller à Rome est déjà arrivé aux portes de Rome quand, du haut de l'Apennin, il voit encore notre tour Garisenda. Il y a loin de l'une de ces deux villes à l'autre, et l'on peut être au quart du chemin, à la moitié, aux trois quarts, sans pour cela être arrivé à Rome, et cependant l'on n'est plus à Bologne. — Dans cette belle comparaison, dis-je, Bologne représente apparemment V indifférence et Rome l'amour parfait. — Quand nous sommes à Bologne, reprit madame Gherardi, nous sommes tout à fait indifférents, nous ne songeons pas à admirer d'une manière particulière la femme dont un jour peut-être nous serons amoureux à la folie ; notre imagination songe bien moins encore à nous exagérer son mérite. En un mot, comme nous disions à Hallein, la cristallisation n'a pas encore commencé. »

A ces mots, Annibal se leva furieux, et sortit de la loge en nous disant : « Je reviendrai quand vous parlerez italien. » Aussitôt la -conversation se fit en français, et tout le monde se prit à rire, môme madame Gherardi. « Eh bien ! voilà l'amour parti, dit-elle, et l'on rit encore. On sort de Bologne, on monte l'Apennin, l'on prend la route de Rome... — Mais, madame, dit quelqu'un, nous voilà

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