‹ Sterilisation De L'eau De Boisson: D'une Troupe En Marche Aux ColoniesChapitre 11 sur 16 · PORC · texte numérisé non relu

PORC

ne sont peut être pas inoffensifs pour l’organisme, qu’enfin, ces solutions de brome sont enfermées dans des ampoules scellées à la lampe, ampoules que nous avons vu à propos du peroxyde de chlore, être d’un maniement difficile.

En outre, la valeur du brome au point de vue bactériologique laisse à désirer: Schuder expérimentant la purification par le brome n’a réussi que 11 fois sur 60 à faire disparaître le vibrion cholérique, tout en employant une dose plus forte et en prolongeant le contact; le bacille tvphique est plus résistant encore, Schuder le retrouva 33 fois sur 33.

Plus digne d'intérêt et plus efficace nous semble le procédé d'épuration par l’iode, présenté pour la première fois par Allais en 1894 Repris en 1902 par M. le professeur Vaillard, il est considéré par ce dernier, comme le meilleur procédé pouvant servir à l'usage des troupes en marche; 0 gr. 075 milligr. suffiraient pour détruire les germes pathogènes, il restait à mettre l’iode sous une forme assurant son dosage exact, son transport facile et sa conservation parfaite. On a eu recours à l’iodate de sodium, qui tolère le mieux la mise en comprimés. On a donc fait des compri- més d'iodate de sodium, avec une légère dose d'iodure de potassium qui maintient en dissolution l’iode dégagé à l’état naissant. Des comprimés d'acide tartrique facilitent le dégagement de l’iode, tandis que l'excès de ce dernier est neutralisé par des comprimés d’hyposulfite de soude: «On fait dissoudre ensemble, dans une minime quantité d’eau, un comprimé d'iodate de sodium ioduré et un comprimé d'acide tartrique la dissolution est versée dans l’eau à stériliser qui devient jaune brun. On fait dissoudre ensuite une pastille d'hyposulfite de soude dans un quart d’eau, et dix minutes après le premier traitement, on ajoute à l’eau la solution obtenue. L'eau redevient immédiatement claire et peut être bue aussitôt». Les comprimés d'iodate sont conservés dans des flacons en verre bouchés; les comprimés d'acide tartrique et d'hyposulfite de soude sont inaltérables. L'eau traitée ainsi n’est pas modifiée dans son goût et ne perd aucune

F de ses qualités organoleptiques; 20 minuies de contact suffisent pour la purifier. C’est un procédé qui présente, on le voit, de très grands avantages, mais il a aussi ses inconvénients. Et d'abord, ces divers comprimés, malgré leur couleur différente, exposent à commettre des méprises, certains les associeront, d’une façon irrégulière et n’obtiendront pas x ‘de résultats. Il faut, de plus, un appareil destiné à filtrer : 1 de stérilisée, M. Vaillard, préconise le filtre de Kuhn irès simple, robuste et léger, il n° en est pas moins vrai qu'il complique le problème. Il est d’autres reproches plus ïim- portants que l’on puisse adresser au procédé Vaillard: M. Lambert, pharmacien des troupes coloniales a démontré, en “expérimentant récemment sur des eaux au Sénégal, qu'il laisse en solution 0,11 centigrammes d'iodure par litre, qui ne seraient pas sans inconvénients si l’on devait faire de cette eau un usage journalier; bien plus, M. Lambert a pu se rendre compte quil était insuffisant pour rendre pota- + bles, même après leur fillration, la plupart des eaux croupissantes. les seules que, dans de nombreuses circonstances, les troupes coloniales aïent à leur disposition. Le Dr Klisowski, dans sa thèse de Lyon 1904, conclut ainsi: « L’iode libre à l’état naissant à la dose 0 gr. 075 par litre, agissant pendant 15 minutes sur une eau très souillée, laisse subsister un certain nombre d'espèces bacillaires sporulées ou non. Ce procédé ne peut donc remplacer l’ébullition quand leau est très riche en microbes et en matières organiques ».

Le fer a été appliqué par M. Anderson à la purification des eaux; il construisit un appareil rotatif sans résultats favorables, puisque à Anvers, en 1899, où avaient été installés ces appareils, on fit réouvrir les puits condamnés tant dit Zuhñe: « L'eau filtrée et purifiée était devenue imbuvable ».

M. Burlureaux a composé une poudre dite poudre anticalcaire qui impressionne les germes sans les tuer. Après l’action de celle poudre, les microbes une fois ralentis dans leur vilalité se développent et se multiplient de nouveau; l'eau n'a pas été stérilisée.

Pour en finir avec la stérilisation chimique il nous reste

À étudier l'épuration par le permanganate, nous nous y éten-

drons un peu plus longuement, car à notre avis, la stérilisation par le permanganate est le procédé de choix pour une

troupe en marche aux colonies.

Dès 1865, le professeur J. Rosenthal, à l'occasion d'un rap 1 port à la Commission du choléra ‘de Berlin, préconisait la Lè

solution de permanganate pour purifier l’eau.

Les notions que l’on acquit depuis en bactériologie concernant la grande résistance des formes CREUSE firent douter.

de l'efficacité du procédé.

Chicandard, en 1892, reprenait la question et se posait ce problème: «Etant donné üne eau impure, contenant des matières organiques en décomposition ou des ptomaïines où des alcaloïdes vénéneux, existe-t-il un procédé pour la pu-.

rifier et la réndre potable? Nous répondrons oui, et à notre avis -un seul ».

Il fit de nombreuses expériences avec des produits ani-

maux tels que la peptone, c’est-à-dire avec les corps dont la composition se rapproche le plus des ptomaïnes fabriquées par les microbes ou engendrées par la putréfaction, et chaque fois, il constata la destruction complète de ces produits après quelques minutes de contact avec ie permanganale. Il démontra que de l’action du permanganate sur les matières organiques résultaient de l’acide carbonique, de l’eau, de l’ammoniaque, ce dernier corps, si le composé

organique employé était azoté. Bien qu'assez complexe, Chi-

candard put même établir l’équation de la réaction du permanganate sur un composé quaternaire.

En remplaçant par a, b, c, d, les exposants du C, de l’'H,

de l'O, et de l’Az, d’un composé inconnu il établit l'équation.

générale suivante:

(8a+2b—4c— 64) K Mn Of + 8 Ca Hb Oc Aza ; donnent :

ŒGa+b—2c—3d) Mn?-O$ + (4 a+ b—2c— 3 4d)K20 + (8 d) Az H ÆH (8 a) Co? + (4 b — 12 d) H?0.

L'année suivante, en 1893. Mlle Schipiloff étudiait à son tour la purification par le permanganate et démontra, que non seulement la destruction des microorganismes était assurée, mais même celle des matières organiques toxiques: des solutions très concentrées et extrêmement toxiques de curare, de strychnine, de veratrine, et de morphine traitées par le permanganate, donnaient de l'eau ne présentant plus aucune trace de toxicité. Si l’on se souvient des cas d’empoisonnements signalés dans les campagnes d'Afrique par de l’eau ou baignaient des. lauriers-roses, et si l'on peut supposer comme cela à eu lieu, lors d’expéditions dans les Indes anglaises, que les indigènes empoisonnaient les fontaines, on voit la supériorité du permanganate sur les autres procédés. Il purifie, dit Mlle Schipiloff « l’eau stagnante, trouble, verte, et remplie d'organismes vivants de la mare la plus infecte ».

L'efficacité du permanganate est donc un fait acquis, absolument indiscutable. Cornil et Babès indiquent qu'il faut 6 grammes de permanganate pour stériliser 1 litre de bouillon de culture, tandis qu'il faut 300 grammes d'acide phénique pour obtenir le même résultat.

Mais comment agit le permanganate? Tout le ourie connaît ses propriétés oxydantes énergiques qui font de Jui un excellent désinfectant: les liquides putréfiés sont immédiatement désodorisés par cet agent puissant, ce sont ces mêmes propriétés qui font de lui le meilleur stérilisateur des eaux; il agit en oxydant les matières organiques. Mis en présence de ces dernières, il les transforme en perdant deux atomes d'oxygène et donne du bioxyde de manganèse, de l’eau, de la potasse ou de la chaux, suivant la variété de permanganate employé. Mais on ne pourrait boire impunément de l’eau additionnée de permanganate en excès, il faut absolument éliminer ce sel. Pour ce faire, on peut tirer partie de son action oxydante et en lui fournissant de nouveaux matériaux d’oxydation, obtenir sa décomposition complète. Prenons l’eau d’une mare devenue rose pourpre, par l'addition du permanga-

nate, ajoutons-y un peu d’une des matières suivantes: sucre,

GUYOMARCH nr

eau-de-vie, cognac, vin, poudre de café, de thé, de réglisse, de quinquina, d’écorce de chêne, noir animal, braise de boulanger, l’eau perd sa couleur et devient brun jaunâtre, grâce au bioxyde de manganèse; ce corps absolument anodin est employé même comme succédané des sels fle fer dans l’anémie. 1e

Etant donné ses propriétés stérilisatrices énergiques bien définies il était naturel que l’on songeât à l’'employer comme purificateur de l’eau de boisson en campagne.

MM. Bordas et Girard utilisent à cet effet le permanganate de chaux; c’est un sel cristallisé en très belles aiguilles violettes, très deliquescentes. Il est réduit instantanément à froid par tous les corps oxydables et se décompose très rapidement au contact des matières organiques, en oxygène, oxyde de manganèse et chaux; l'acide carbonique, soit dissous dans l’eau, soit formé par loxydation des matières organiques, facilite cette décomposition; il est nécessaire d’enlever le permanganate de chaux, et de rendre le liquide incolore; MM. Bordas et Girard, utilisent, pour cela des oxydes inférieurs de manganèse qui réduisent le permanganate en excès en le transformant en bioxyde de manganèse. L'eau traitée par ce moyen ne contient plus de matières organiques, se trouve privée de tout microorganisme ; elle ne contient que de faibles quantités de carbonate de chaux, et des traces d’eau oxygénée qui continue à assurer l’asepsie du liquide. Malheureusement, le permanganate de chaux est d’un prix assez élevé, très déliquescent, il absorbe facilement l'humidité, s’altère vite et se transporte difficilement. Voilà pourquoi les filtres Lutèce qui forment d’ailleurs un matériel encombrant basés sur ce procédé Bordas el Girard ne nous arrêteront pas plus longtemps.

Le permanganate de potasse vient d’être utilisé par l’armée japonaise à l’occasion de la dernière guerre contre les Russes. Nous empruntons à M. le Dr Matignon les renseignements qui suivent: « Le filtre employé porte le nom de liltre Ishitzi. «Cet instrument a l’aspect d'un grand enton-

PEN: Le

hoir en toile à voile, monté sur un cercle de fer et muni

-de trois appendices, deux latéraux et un inférieur. Sa hauteur

est de un mètre, et son diamètre à la base de 70 centimètres. Le cercle de fer est articulé en son milieu pour en faciliter l'emballage et le rendre moins encombrant. Sur ce cercle

sont fixés des crochets de suspension. C’est un épurateur

à la fois mécanique et chimique. Les appareils de filtration sont contenus dans trois manchons de toile mobiles. Ces fnanchons se trouvent l’un au sommet même de l'appareil, les deux autres latéralement disposés de chaque côté du sommet, à 25 cent. environ. Le liquide est filtré sur du Charbon concassé, et des rondelles d'éponge. Le charbon

est renfermé dans des boîtes en zinc de forme cylindro-co-

nique qui entrent à frottement dur dans les orifices ménagés au sommet et tout près du somimet du filtre et qui sont recouverts par les manchons précités. Le fond du filtre est garni déponges ordinaires en quantité suffisante pour remonter jusqu'à [a hauteur des orifices des deux manchons latéraux. Cet appareil peut contenir 80 litres d’eau. L’épuration chimique se fait au moyen de deux poudres contenues dans des flacons séparés fermés par des bouchons mesures de 2 centimètres de diamètre sur un demi-centimètre de profondeur.

La poudre no 1, contient: Silicate d’alumine-et HCL.

La poudre n° 2, contient: Permanganate de K, Acide tan-

. nique, Alun.

Une mesure de la poudre n° 1, et une demi-mesure de Ia poudre no 2 (sont nécessaires pour 20 litres d’eau. Le filtre étant rempli d’eau on fait simultanément dissoudre les deux poudres dans un demi-litre d’eau. La dissolution prend une teinte marron clair et le goût et l’odeur nettement accusée de l'acide chlorydrique. On jette cette solution dans le filtre et on attend vingt-éinq minütes pour que leffet bactéricide se produise.

Le débit du filtre Ishitzi serait considérable, on peut obtenir 200 litres d’éau en treize minutes.

es

L'eau qui s'écoule de ce filtre est très claire. Elle ra pas de goût spécial. Elle a seulement une odeur légèrement acide. Les expériences bactériologiques faites avec ce filtre ont donné des résultats très satisfaisants. Les cultures de bacilles d'Eberth, du choléra et de la dysenterie seraient tués en seize minutes, en moyenne par les solutions des poudres sus-mentionnées. Tous les germes pathogènes seraient tués, seul le subtilis résisterait.

Cet appareil est très résistant, peu encombrant, d’un maniement facile et peu dispendieux.

M. le Dr Matignon conclut ainsi: « S'il donne au point de vue bactériologique les résultats que j'ai rapportés, il vaut la peine de fe prendre en considération comme appareil militaire».

Ce procédé nous semble présenter de sérieux avantages. Pourtant l’action microbicide des substances employées demande vérification. L’acide qui paraît rester en excès dans ie liquide filtré n’est peut-être pas sans inconvénients. En outre, cel appareii, dans bien des circonstances est inutilisable: Son gros volume, son poids considérable quand il est rempli d’eau, nécessitent une installation relativement compliquée, un support solide, deux gros poteaux placés en terre, par exemple, réunis par une barre transversale située à une certaine distance du sol; c'est un matériel dont ne doit pas se charger une colonne volante.

Enfin, le temps que demandent, pour agir complètement les substances chimiques, le temps que demande l'installation de l'appareil, avec ses boîtes cylindro-coniques, ses manchons, ses éponges stérilisées par l’ébullition nous font regarder ce filtre comme inapplicable en marche.

Nous avons hâte d'arriver à la description d’un autre procédé, auquel nous donnons volontiers la préférence sur tous ceux étudiés jusqu'ici et qui nous a frappé par sa simplicité. Nous voulons parler du procédé Lapeyrère, pharmacien-principal de la marine.

Ce dernier réunit et combine comme les précédents, les

it

deux moyens de purification: la stérilisation et la filtration. La stérilisation se pratique rapidement à l’aide d’une pou-

dre composée dite au permanganate alumino-calcaire qui dé-

truit. la matière organique vivante ou morte et diminue le degré hydrotimétrique des eaux calcaires.

La composition de cette poudre est la suivante:

Permanganate de potasse ..... - à grammes Alun de soude cristallisé ..... 210 — Carbonate de soude cristallisé . ... 9 — Chaux de marbre foisonnée. ..... 3 —

25 grammes

Ces 25 grammes représentent la dose moyenne pour 100 litres d’eau, soit 0 gr. 25 par litre. Mais on sait que les permanganates seuls détruisent la matière organique, pourquoi cette combinaison de substances? parce que les permanganates en présence de l’alumine qui se sépare de sa combinaison chimique ont une action plus énergique et plus rapide sur les micro-organismes que les permanganates employés seuls, et de plus la poudre alumino-calcaire clarifie rapidement les eaux boueuses des fleuves et des étangs.

En présence de cette poudre, l’eau se débarrasse en partie du bicarbonate calcaire qui passe à l’état de carbonate inso-

Juble et l’alumine de l’alun, mise en liberté par le carbonate

de soude agit par astringence sur la cellule vivante. Elle diminue sa vitalité, le permanganate l’oxyde aussitôt et la décompose. L’alumine agit en outre mécaniquement dans l’eau en englobant sous sa forme gélatineuse comme dans un réseau à mailles très serrées, les matières tenues en suspension et les précipite à l’état de dépôt. ‘ Comme preuves à l’appui de cette affirmation, Lapeyrère cite les expériences du Dr Grand-Moursel, médecin principal de la marine, expériences faites en 1897, sur des eaux

ensemencées par des bacilles typhiques et cholériques. Tou-

tes concluent à la stérilisation complète de Veau. Celle qui suit nous semble suffisamment probante: « Un demi-litre d’eau distillée bouillie fut ensemencée avec 10 centimètres cubes d’une culture d'Eberth, de vingt-quatre heures en bouillon. 10 gouttes de cette eau polluée furent déposées sur 10 cent. cubes de gélose nutritive, disposée en plaque dans une boîte de Pétri. :

La boîte. ainsi ensemencée fut mise à l’étuve pour y être maintenue à la température de 30.

Cela fait, la même eau ensemencée fut traitée par de la pou-

dre permanganatée et battue avec une baguette de verre jusqu'à persistance de la couleur rose violacée, indiquée par Lapeyrère comme terme limite. Il fallut Ogr.30 de poudre pour arriver à cette persistance. Au bout de 5 minutes de mélange, l’eau fut filtrée au filtre réducteur et 10 gouttes du liquide furent déposées dans une boîte de Petri analogue à la précédente. Cette boîte fut placée aussitôt à côté de la première, dans la même étuve.

Au bout de vingt-quatre heures on constata: 1° que la boîte de verre ensemencée avec de l’eau polluée et non filtrée accusait des colonies punctiformes si nombreuses et si rapprochées, qu'il fut impossible de les compter. 20 Que la boîte ensemencée avec l’eau filtrée n'accusait aucune colonie et que la surface du bouillon de gélose était parfaitement lisse et unie.

Les deux boîtes furent laissées à l’étuve pendant six jours: le septième jour aucune trace de vie ne s'était manifestée dans la boîte ensemencée par l’eau traitée à la poudre au permanganate et filtrée, tandis que la première ne formait plus qu'une seule et vaste colonie ».

D'un autre côté, M. le pharmacien en chef de la Marine, Bavay, à constaté, dans son rapport au ministre, à la date du 5 novembre 1897, que la poudre au permanganate aluminocalcaire, essayée sur l’eau de Seine, à Passy, à la dose de Ogr.25 et Ogr.50 par litre, suivant les £an et les heures d’échantillons, stérilisait complètement cette eau.

— 43 — cu

La dose minima de poudre à employer est de Ogr.15 à Ogr.20 pour un litre d’eau, la dose moyenne de 0,25, la dose maxima, de 0,50.

Après avoir versé dans l’eau à stériliser, la dose minimum de poudre, il faut agiter l’eau pendant une à deux minutes. Elle prend une couleur rose violacée, et il se produit en même temps un trouble au sein du liquide, par suite des combinaisons chimiques. On laisse reposer. Au bout de quatre à cinq minutes, si la couleur rose persiste, la stérilisation est faite. Si. au contraire, la stérilisation tourne au brun, ou disparaît, on ajoute une nouvelle quantité de poudre (0,15) par litre, afin d'obtenir la persistance de la couleur rosée. Pour utiliser l’eau ainsi stérilisée, il faut enlever par la filtration réductrice, l'excès de permanganate dont on la saturée. Cette opération s’effectue à l’aide du filtre réducteur. Lapeyrère a cherché à réaliser, dans son filtre, les meilleures conditions de pratique et de simplicité. Il en existe différents modèles. Le filtre d’escouade, seul, nous intéresse, car il a été créé spécialement pour les troupes en campagne: c’est un cylindre en métal inoxydable de 17 centimètres de longueur. sur 7 cent. de diamètre, muni d’un couvercle à pas de vis à l’une de ses extrémités; à l’autre, se trouve un orifice tubulaire de sortie, dont le diamètre règle le débit du filtre. Le couvercle est traversé par une douille métallique, sur laquelle s’adapte un tube de caoutchouc pour l’arrivée de l’eau. Dans l’intérieur du cylindre, on met la matière filtrante. Cette matière filtrante est constituée par de la fibre de tourbe purifiée et rendue insipide par de grands lavages à l'eau; inaltérable à l'abri de l'air, elle possède un pouvoir réducteur considérable et constant. Elle fixe rapidement l’oxygène, aussi, lorsque du permanganate de polasse en solution arrive sur de la tourbe, il lui cède de l'oxygène; il se forme de l'acide ulmique et de l’oxyde de manganèse qui, retenu dans la tourbe, augmente son pouvoir réducteur.

On emploie en campagne, le dispositif suivant: On prend un seau de campement en toile que l’on suspend à une bran-

PONT es

che d'arbre, à un fusil couché sur deux faisceaux. Ce seau, d'une capacité de 9 à 10 litres, est rempli d’eau, de poudre au permanganate (soit 2 grammes environ) et l’on agite le liquide avec une lame de baïonnette par exemple; au bout de deux à trois minutes, si l’eau est restée rose, elle est bonne à filtrer. Si la couleur rose a disparu, on ajoute encore un tiers environ de la mesure de poudre, et l’on agite de nouveau pour obtenir la persistance de la couleur rosée. Une fois cette persistance obtenue, on plonge dans le seau l'extrémité du tube de caoutchouc, par l’autre extrémité, l’on aspire pour amorcer, l’on adapte le tube au cylindre filtrant et un récipient, gamelle ou bidon, placé dessous, reçoit une eau claire, limpide, incolore et bonne à boire. Le premier verre qui s'écoule doit être rejeté, car il a lavé le filtre et le tube de caoutchouc.

Ce procédé si simple a été l’objet de deux communications différentes faites par M. Laveran à l’Académie de Médecine. Nous tenons à les reproduire presque textuellement. parce qu’elles contiennent, en même temps que l’histoire du filtre Lapeyrère, des considérations générales sur la situation du soldat en campagne et sur la valeur des procédés employés jusque-là pour lui fournir une eau potable.

RAPPORT de M. LAVERAN à l'Académie de Médecine dans la séance du 7 décembre 1897 sur un travail de M. LAPEYRÈRE, pharmacien principal de la marine, ayant pour objet la purification de i'eau de boisson du soldat en campagne.

Le soldat en campagne n’a, le plus souvent, pour étancher sa soif, qu'une eau médiocre ou mauvaise; dans les pays - chauds, le nombre et ja variété des germes pathogènes contenus dans l’eau, sont plus grands encore que dans nos celimats, et l’on conçoit que M. Lapeyrère, qui a passé plusieurs années dans nos colonies, ait été conduit à rechercher un moyen efficace à la fois, et pratique de fournir au soldat une eau de boisson de bonne qualité,

Page 1