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«Puisque je suis en train de peindre, il faut que je vous découvre ici le caractère
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d'Yorick, de Tristram ou de Sterne; cela vous amusera peut-être, ou je m'en amuserai , c'est à peu près la même cîiose ; ainsi donc je m'approprie tout ce chapitre,
«Je suis né, voilà la seule chose dont je n'aie pas à douter, et je dois encore cet avantage au hasard qui préside â toutes mes aventures.
« Mon père, qui n'était qu'un brave soldat, ne me donna aucune éducation , il la méprisait. Qu'il avait de courage ! J'appris à lire et à écrire par hasard. Je fus à l'école en faisant quelquefois la buissonnière, et je glanai quelques bribes de littérature par hasard.Lefèwe, mon instituteur, se trouva lieutenant de mon père , par hasard. Je n'avais jamais eu l'intention de me marier, et je me mariai par hasard. Je n'ai jamais eu d'autre patron que ceux que j'airencontrès par hasard, et je devins auteur par hasard.
Je suis (qui le croirait) plutôt un être pensant qu'un être agissant. Mon esprit a
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toujours été un chevalier errant, dont mon corps n'était que le simple écuyer; et celui-ci a été tellement harassé des courses et des moulins à vent de con maître , qu'il a souvent eu l'envie de quitter le service , en s'écriant avec son confrère Sancho : Béni soit celui qui a inventé le sommeil ï
« La philanthropie est le sine qud non de înon tempérament , voilà la divinité dans laquelle je vis, je me meus, je place mon existence. L'affection que je porte au genre humain est une correspondance entre le ciel et la terre, au centre de laquelle je me place. J'aime les hommes avec cette bienveillante indulgence que je souhaite que Dieu ait pour moi; je pallie leurs infirmités, je pardonne leurs erreurs, je désire en même temps leur bien temporel et spirituel.
« Ce sentiment est le premier qui se ré-* veille avec moi, et le dernier qui me quitte quand je prends congé de mes sens. J'ai rêvé souvent que j'étais roi, et j'ai même
employé des journées entières à distribuer les places de ma maison et les départements de mon royaume. D'autres fois, je refusais absolument le sceptre, je mettais le feu aux départements de mes bureaux, je m'écriais : Nolo coronari. Je préfère Socrate à Solon:, et j'aimerais mieux avoir le gouvernement moral que le gouvernement physique et politique des hommes. Je suis peut-être un des plus grands philosophes que vous ayez connus. Les gens sensés admirent en moi, et les sots m'envient cette supériorité de talents; ils croient que je l'ai acquise par l'étude et la résolution, combinées avec les avantages naturels d'une grande capacité et d'un grand esprit. Je ne voudrais pas qu'ils le crussent, d'abord parce que cela n'est pas vrai, et ensuite, parce qu'une telle prévention peut détourner les hommes de parvenir à une excellence de caractère aussi heureuse et aussi aisée. Je suis en général gai, et ma gaîté est plus remarquable quand j'ai des maux et
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des infortunes, pourvu qu'elles me soient propres, que, dans tout autre temps de ma vie; on s'empresse alors autour de mon grabat, non pas pour pleurer, mais pour rire à mes peines, pour m'ouïr plaisanter à la question, pour me voir raffiner mon être dans les tourments.
«Un de mes amis croyant un jour que j'allais succomber aux accès d'une colique bilieuse, me parut fort étonné de la gaîté avec laquelle j'allais sortir de ce monde, voici ma réponse :
« Les chrétiens indolents se persuadent trop l'efficacité du repentir qu'un mourant peut témoigner à son lit de mort, je n'y ai jamais cru. Quand on demanda à Socrate avant son supplice pourquoi il ne se préparait pas à ce fatal passage, il répondit avec noblesse : Je n'ai fait que cela toute ma vie. »
J. Janin,
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