PARTIE III
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42. — Qui pourrait s’enorgueillir des louanges d’un poëte quand il est notoirement connu que les Muses composèrent une élégie funèbre sur la mort de ce même serpent Python tué par leur propre dieu Apollon?
43. — La philosophie prétend que les eunuques supportent mieux le vin que les hommes entiers. — Alors le philosophe qui réclamait le prix pour s’être enivré le premier faisait honneur a son sexe.
Oyez ceci, joyeux gentilshommes campagnards, et ne vous vantez plus de pouvoir absorber une plus grande quantité de liquide que les autres. — Je crois que c’est la la phrase consacrée,
44. — Saint Jac(|ues a dit : « Regardez comme le sujet d'une par faite joie les diverses afflictions qui vous arrivent (1). »
' 45. — Les institutions de Lycurgue autorisaient a Sparte nn relâchement dans la discipline relative au vêtement et â la nourriture, en temps de guerre.
4G. — La physique énumère six choses antinaturelles. — Quelles sont-elles a votre avis? Les plus naturelles du monde : — la nourriture, — l’évacua-
(1) S.tinl .lacqiies, Rpître oalholiqun , cliap. 1, vprs 2 [Kolt du Trait .)
LE KOnAN
‘Jôi
lion, — l’air. — l’exercice. — le sommeil — el le réveil.
47. — Dans les Miscellanées Harltiennes (vol. I, page 1), — le préambule porte ; — « Qui prouve que lorsque Dieu est avec nous, l'homme ne peut par sa (tuissance ou son adresse arriver a nous nuire? » — Quelle réllexion profonde ! Que de sermons j’ai lus, écrits dans ce goùt-l'a !
48. — Le Capitole de Rome reçut ce nom, parce qu’on trouva dans ses fondations une tête d’homme. — Ce pouvait être tout aussi bien une tête de femme, car qu’en savaient-ils? — Ce n’est pas l'a que gît le sexe.
lies Augures en prirent texte pour prédire que Rome deviendrait la capitale du monde. — Ce qui vous permet de juger quelle sorte de raisonneurs ont été les prêtres dès l’origine.
Rome a également été proclamée la maîtresse, 'et non le maître du monde. — Ce qui justifie assez, ce me semble, mes doutes sur \o sexe de la tète précitée.
49. — lia folie est conséquente : — c’est plus qu’on n’en peut dire de la pauvre raison. La passion qui domine au moment de l’accès subsiste pendant toute sa période, — dût-il même durer toute la vie.
l'AUTIE III. *2.".
Les fous sont constants en amour. Un lionnnc dans son bon sens ne l’est jamais. — >’os passions et nos principes sont inébranlables tant que la frénésie nous tient. Ils commencent a chanceler et à vaciller dès que nous revenons a la raison.
50. — 11 est fâcheux que les lois n’établissent pas de différence entre le meurtre d’un honnête homme et V exécution d’un coquin. — Je crois en vérité que ces deux actions devraient toujours être taxées ad valorem.
51, — Pline affirme que les forces du crocodile augmentent avec l’âge, et qu’il meurt en pleine vigueur. — Voilà une bonne figure poétique de Vavarice, qui
« Grandit avec nous et puise dos forces dans notre faïblente. »
52. — Une dame de ma connaissance me dit un jour avec joie qu’elle venait de se procurer une collection des plus charmants romans qu’elle eût jamais lus : « Ce sont les Vies de Plutarque, » ajouta-t-elle. J’eus le malheur de lui apprendre que ces histoires passaient pour authentiques. — Elle changea aussitôt de figure, et depuis lors n’en a pas lu une ligne.
57). — J’avais jadis une bonne — elle ne s’appe-
lait pas Dorothée (1) — qui revint un jour a la maison en pleurant, parce qu’un criminel qu’elle était allée voir exécuter avait obtenu un sursis.
Elle n’avait aucun sentiment de haine pour ce malheureux, condamné simplement pour un rapt, et n’était pas naturellement cruelle; — mais elle avait perdu un spectacle.
54. — Ravisius Textor nous a laissé une liste de personnages qui sont morts en riant.
55. — La loi Papia défendait aux hommes de se marier passé soixante ans, aux femmes après cintpiante.
Elle avait tort dans le premier cas, — parce que au delà de cet âge les hommes peuvent encore avoir des enfants, — ou leurs femmes en faire pour eux, ce qui revient au même pour la communauté ; — mais c’est prodiguer le mariage en pure perte que de le permettre â toute femme qui a dépassé le nombre de Wilkes \|2).
La seule raison modeste qu’une femme puisse donner pour se marier, c’est d’avoir des enfants. — Lorscpie ce prétexte n’existe plus, c’est un spectacle indécent que de la voir procéder aux pieds des autels il la satisfaction de sa concupiscence.
(1, Voir cli.i|) XXXIII, flvanl-dernier paragrjplie. (A'o/« de Sterne )
(*2) loir ci-avant, Post-Scriptum — à l’imprimeur