CHAPITRE IX
AI-JE MOI-MÊME DE I.’eSPKIT?
Celte question a été discutée par quelques individus. — Un biographe, Trighjph, m’appelle un écrivain anomal, hétéroclite, — deux mots, soit dit en passant, qui ont la même signification; — il ajoute que j’fli plus de sauce que de poisson, etc. (1). — On m’accorde de la bizarrerie, de l’originalité et de la fantaisie, — mais on me refuse de Yesprit.
.Si par cette expression on entend le trait épigrammalique, il est possible que je le posst'de peu. — Mais admettons, avec le bon maître Triglypb, que l’esprit soit une sauce. — Les sauces doiventelles toujours être piquantes? — La cuisine réputée la meilleure n’est-elle pas celle dont les ingrédients sont mélangés si également qu’aucune saveur particulière ne prédomine au palais? — Les appétits usés seuls exigent des assaisonnements excessifs.
On me reconnaît de la franchise, de l’originalité
(t) Le Triumvirat, préface. [Note de Sterne.)
et de l’invention. — Qu’est-ce donc que l'esprit, si ces trois qualités ne l'impliquent pas? — Et si c’est autre chose, n’est-il pas de peu d’utilité l'a où elles se trouv(*nt réunies?
Les anciens appelaient l’esprit ingenium, — capacité, invention, puissance. — Martial, le premier, l’a réduit à un trait, — et, depuis cette époque de faux brillants, on a composé un trop grand nombre d écrits tellement acides qu’//s ont agacé les dents de leurs lectein*s.
Aussi suis-je parfaitement ti-anquille sur ce point, a savoir si on m’accorde ou non de l'esprit.
l'ARTIE I.