‹ Sterne inédit Le Koran traduitChapitre 42 sur 157 · PARTIE I · texte numérisé non relu

PARTIE I

Ou bien, je puis lire Samson Agoniste. — 11 'i doit avoir la tête faible ou les yeux solides, celui ' qui peut lire, sans pleurer, le premier monologue de ce poème, — et particulièrement la dernière partie, celle dans laquelle le héros déplore la perte de sa vue. Milton l’a écrite d’après ses propres sensations,

— et sa cécité m’a souvent obscurci les yeux.

Mais toutes les fois que j’ai l’intention de m’accorder une fêle de larmes complète, je n’ai qu’à jeter les yeux sur I histoire de la vie de Sir Thomas More, et y lire le passage où sa fille, Mrs Roper, le / rencontre dans la rue revenant à la 'four, im média- \ tement après sa condamnation! — Mon père! ô mon père!

« Triste volupté inconnue aux esprits vulgaires! »

Le seul titre d’un livre, depuis longtemps perdu, intitulé : Lamentatio gloriosi regis Edwardi de Karnarvan, quam edidit temporesuæ incarceralionis,

— Lamentation du glorieux roi Édouard de Karnarvan, qu’il composa durant sa captivité, — abat mes esprits pendant une journée entière. — L’opposi- f tion des deux premiers mots (du latin), puis encore ^ celle du troisième et du dernier, m’affectent profon- | dément. — Et, quoique ce soit une bien vieille histoire, je ne puis m’empêcher de ressentir, pendant quelques instants, l’impression que me produiraient de mauvaises nouvelles.

Mais de pareilles choses n’afl’ectent pas tous les

A4 LE KORAN

Iionimos. — Lo plus (frand nombre no lit (|u’avcc les yeux, ot li entend qu’avec les oreilles. — C’est le petit lit avec son âme tout entière et écoule

avec tous ses sentiments. — L’intuition et la sensibilité ne sont les organes (jue du génie et de la vertu. La dureté de cœur, qu’on rencontie généralement dans l’espèce humaine, pourrait nous porter à ajouter foi a la vieille fable de Deucalion, et à supposer que les hommes sont sortis des pierres. — On pourrait encore s’imaginer que le monde est devenu sf corrompu, que la Personne divine, qui avait assumé sur elle le salut de rimmanité, a jugé nécessaire de ne confier, de nos jours, qu’d un petit nombre la garde de leurs propres âmes, et les a tendrement séparés de la multitude et enfermés en sûreté, hors du sentier du mal, dans le limbo putrum, jusqu’au joM/- du jugement.

I Cependant, j© n’ose jouir longtemps, ni souvent, de cette volupté de la douleur. — Mes nerfs sont { faibles. — Je puis maîtriser ma gaieté , mais non ’ refréner ma mélancolie.

PAUTIK I.

GIIAPITHK XXMil.

SK.XSIIIIMTK.

Toutes les fois qu’il m'est anivc de lire it -liaiile voix, eu société, uue trîigédie ou <]U(‘l(|ues passages attendrissants d’histoire, de poésie ou inèine de roman. mes yeux se sont remplis de larmes et la voix m’a manqué. — Je m’attendais a produire le même ell’et sur mes auditeurs; — mais, au lieu de provoquer leurs larmes par ma lecture, je les ai souvent vus rire de mon émotion.

Je me suis retiré honteux, — non pas d’eux, mais de moi-même. — Je me suis délié de ma pro- [U'e faiblesse plutôt que de la leur. — et la vanité qui m’avait fait supposer ([ue j’avais sympathisé avec les anges a fait place a l’humiliante idée que j’étais atteint d’une plus grande débilité d’esprit (|ue les mortels. — J’ai commencé a douter de l’énergie de mes facultés intellectuelles, et pendant quehpie temps j 'ai veillé avec un soin jaloux sur mes paroles et mes actions.

Mais la fréquentation et l,cs sentiments de qucl-

qiics esprits supérieurs m’ont un instant rendu un peu de confiance. J’ai tenté de nouveau la mémo expérience, et je me suis vu, derechef, replongé dans les mêmes réflexions mortifiantes. — Je me suis alors efforcé de tremper mon cœur a l’épreuve des maux d'autrui, — mais en vain. —

Les sentiments élevés sont bafoués par le monde et ridiculisés, comme une faiblesse, par la philosophie stoïque. — Rien n’est plus propre a faire perdre contenance aux esprits délicats, qui, pour paraître sages, dissimulent leur sensibilité, et affectent un caractère au-dessus de la nature humaine pour se modeler sur ceux qui sonl au-dessous d’elle.

Page 1