‹ Sterne inédit Le Koran traduitChapitre 5 sur 157 · A UN SEUL SUR UN MILLION · texte numérisé non relu

A UN SEUL SUR UN MILLION

Mon très-cher ami,

Je reviens de chasser à travers les montagnes et an loin, et, comme il a toujours été dans mes habitudes, en chevauchant, en marchant, en patinant, en nageant ou en naviguant — et je parie qu’il en serait de même si je volais — de méditer les sujets que je me propose de discuter par écrit, à une époque quelconque de ma vie, votre dernière demande m'a occupé l’esprit toute la matinée. — Experieris non Dianam magis in montibus, quam Minervam inerrare, a dit Pline.

Pourquoi, dans un siècle aussi mémorable etau.ssi chroniqueur que le nôtre, n’écrirais-je pas mes propres mémoires? Vexatns toties. J’ai lu un grand nombre de romans depuis (|uelques années, et j’en ai parcouru chaque chapitre l'un après l’autre, dans l’espoir que les incidents du second compenseraient la stupidité du premier. Mais en vain! Les romanciers modernes semblent manquer même d’invention. — Nous leur pardonnons l’absence

'2-> 1/AüTEl R A L’ÉDITEUR.

totale (le langaf^e, de style, de morale, d’originalité on de sentiment.

I Le cours de ma vie m'a heureusement affranchi de tout travail de conception. Le simple récit de mes aventures.

I depuis le moment où je dé|)ouillai ma première enve- /oppc. jus(|u'à l’instant où je quitterai la seconde, — car la chaîne et la teinte de mes jours passés formeront prohahlement la trame et la couleur de ceux qui me restent à vivre, — amuserait et intéress('rait mes lecteurs, fût-il même raconté avec la .simplicitt' de ma nourrice, la stupidité de mes maîtres uu l'ennui des chroniqueurs moih'rnes, dont on peut dire, en employant la figure d’Ari.slote dite Paronomasia , qu'ils écrivent pluU‘)t pour la fam que pour la renommée (F«w/?*h — Je crois d’ailleurs que la n(‘cessité est une mu.se qui \aut à elle seule les veuf autres, et ((ue la renommée ifame) littéraire dr'rivo en ligne directe de Famés.

Laryitor ingenii venter.

Ne vous effrayez pas du mot Koran, que j’ai choisi

I pour titre de cet ouvrage. Je ne suis pas devenu musulman, mais je hais les noms skinificatifs, parce qu’ils li- I mitent trop le langage et peuvent nous induire à super- J slition. — Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi mes capric.es ou mes rêveries n’auraient pas le droit de s’appeler Al Koran, ou le Koran, tout aussi bien que les inventions et les mensonges de Mahomet auxquels on a donné ce titre, simplement parce qu’ils formaient une collectmi de chapitre, s, — car tel est le sens du mot arahe^<^

.Mais poursuivons.

LE KülUfS

Page 1