PARTIE II
8. — L’observation de Vunité de temps, dans le f\ drame, oblige souvent le poëte h sacrifier la nature a la simple apparence de la vérité. — Il se voit alors forcé d’enfenner dans le cercle de trois heures des événements qui, dans le cours ordinaire de la vie. exigeraient, pour se produire, autant de jours, peutêtre autant d’années.
Une pièce de théâtre n’est qu’un roman en action, d’une lecture de trois heures a peu près. Le sujet ne ' devrait y être assujetti à aucune limite de temps, mais la représentation n’en devrait pas dépasser la durée ordinaire.
9. — L’impatience est la principale cause de nos dérèglements et de nos extravagances. Parfois j’aurais volontiers donné une guinée pour assisKîr a un bal ou à une réunion au.xquels un incident quelconque m’empêchait de me rendre. Une fois passés, je n’aurais pas pavé un schelling pour y avoir été.
Souvent j’aurais de bon cœur payé d’une couronne un plat de gibier. — Mais, après avoir diné avec du bœuf ou du mouton, je ii’aurais pas dépensé un penny pour avoir mangé de la venaison.
O vous, écervelés et extravagants! rappelez-vous souvent cette réflexion.
10. — Il est une torture, heureusement ignorée des anciens tyrans, celle qui consiste à parler à un
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homme jusqu’à ce que mort s'ensuive. Marc-Aurèle conseille d’acquiescer promptement a l’opinion des grands bavards, — dans l’espérance, je suppose, de mettre fin a leur argumentation .
Epitaphe composée par moi a l’occasion de la mort, non regrettable, d’une vieille fille bavarde •
a Ci-gît le corps de M. B., célibataire, âgée de quarante-trois ans, qui, le 10 août 17G4, est devenue muette. »
11. — Un écrivain tragique peut évoquer les esprits de l’immense abîme et ressusciter les morts.
12. — Dans son Essai sur la tragédie, M. Gutbrie établit une distinction entre un poète et un génie. Il a voulu sans doute parler des rimeurs, des versificateurs et des poétereaux. Je n’admets pas qu’on soit un poète sans génie.
13. — Nous n’éprouvons pas le besoin de nous chauffer, et nous n’y pensons même pas, au printemps ou k l’automne ; cependant, je ne sais comment cela se fait, mais quand nous passons alors par hasard auprès d’un feu. la sensation que nous ressentons est si agréable que nous sommes tout disposés a en allumer.
Ce sentiment a de l’analogie avec la tentation. — Morale : Il ne faut pas jouer avec le feu.