CHAPITRE XXXV
LKS PRUDES.
Lorsque j'entends des femmes déclamer trop vivement contre les victimes de pareilles infortunes, je me sens disposé à supposer leurs cœurs très-enflammés d'une certaine jalousie emieuse, — d'accord en cela avec un poète ,
« Les prudes envient le crime plutôt qu'elles ne Fabhorrent. »
— qui, par haine de ces plaisirs, qu'elles n'ont peutêtre jamais été sollicitées a goûter, les provoque a appeler tous les châtiments du monde, de la chair et du diable sur la tête de pareilles frandt uses.
« Les prudes orgueilleuses se tenaient près de là, rangées on bataille, mais nullement pour protéger la fuite des vaincues. Elles voyaient avec joie, et d'un œil triomphant et plein de mépris, mettre en déroute lés rangs de leurs voisines. — Elles insultaient par des railleries et de sages reproches celles qui, accablées, appelaient au secours et demandaient grâce. Et, se ren-
daicnt-elles, — aloi*s les prudes s''écriaient avec rage : « Laissons abattre ces misérables, sans aide ni merci. » — Leurs voisines une fois défaites, elles furent attaquées à leur tour, et cette faiblesse, qu'elles avaient tant méprisée, devint bientôt leur lot. »
Bataille des sexes.
En vérité, j'ai rarement vu une femme d'une réputation bien établie et sans tache s*exprimer avec violence sur ce sujet. Prior décrit admirablement cette espèce de virtuose dans son Paulo Purganti ;
« Elle était impitoyable pour les intrigues d'amour, et riait aux éclats quand elle voyait passer une entremetteuse attachée derlière une charrette. Mais la dame, d'une manière honnête, » etc.
Et Pope :
« Folle de plaisir, mais esclave de sa réputation (1). »
Et plus énergiquement encore dans un autre passage :
« Une véritable païenne pour son corps, mais une sévère et bonne chrétienne dans le cœur (2). d
Si ce que j'ai dit et ce que les poètes ont chanté
(1) Estais moraux, Épilrc II [Note du Trad.).
(2) Id. ibid.