Nietzsche, Werke, I
c) L'Etal
Aussi, tandis ((ue Stirner oppose à l'ctal clirclien «'I patriarcal qu'on essayait de r oinfonir en Prusse les principes de la Rëvolutic;. ,aise, Nietzsche
souhaite la reslauratio. d'un état analogue à l'état dorien et cherche à réaliser l'organisation aristocratique rêvée par Platon.
Entre IS'iO et 1848, les libéraux allemands sommaient le gouvernement prussien de tenir les promesses faites au temps des guerres contre la Révolution et l'Empire, et d'accorder au peuple la liberté et l'égalité, dont le baron de Slein avait parlé dans son message. Stirner prit prétexte de ce débat pour comparer le sens que donnaient à ces termes les ministres prussiens et la définition qu'en avaient donnée les révolutionnaires français'. Stein a voulu supprimer les différents ordres et fortifier le pouvoir cenlial en ruinant les dominations féodales : il n'y aura plus de police privée ni de juridiction patrimoniale ; le roi seul aura sous ses ordres les agents de la sûreté publi({ue et les juges. Tous seront donc égaux en ce sens que personne ne dépendra plus de son voisin ; les privilèges de naissance seront abolis, et ceux qui exerceront le pouvoir ne l'exerceront plus que comme une délégation du monarque cpii les a nommés aux postes qu'ils occupent. Or il est
1. Stirner, Klcine Schriften, EUvas Vorlaii/ige ioin I.iebcstaat, pp. 67-81.
impossible, dit Stirner, dé confondre cette égalité dans la servitude sous Taulorilé de la monarchie prussienne avec Tégalité qu'a proclamée la Révolution française : il y a loin de l'égalité des sujets à l'égalité des citoyens libres. Tandis qu'en Prusse la représentation nationale exprime respectueusement les vœux des sujets, en France les citoyens libres dictent par la voix de leurs représentants leurs volontés. — Stein a promis d'autre part à chacun le droit de « développer librement ses forces en leur donnant une direction morale. » 11 est évident que par ce mot « direction morale » Stein a entendu interdire la spontanéité, l'autonomie et la souveraineté de la volonté individuelle; il a voulu dire: « Vous êtes libres, si vous faites votre devoir, c'est-à-dire si vous aimez Dieu, le roi et la patrie. » La Révolution française au contraire a déclaré que la liberté des ci-, toyens était une liberté souveraine.
Nietzsche se garde bien de réclamer, comme le fait Stirner, la liberté et l'égalité des citoyens. Dès 1871, il essaie de montrer la nécessité de l'esclavage '. S'il est vrai que le génie est la fin suprême de la nature, nous sommes forcés d'admettre que c'est l'organisation de la société grecque qui a permis d'atteindre ce but. La merveilleuse fleur de l'art grec n'eût pu s'épanouir si elle n'avait été protégée. Reconnaissons donc, malgré l'horreur que nous inspire toute