PREMIERS ASPECTS
au
Stockholm rend plus equitable.
Stockholm n'est point une autre Venise ; la somptuosite de la passion meridionale n'y sculpte ni les visages, ni les murailles ; la lumiere argentee du Nord n'enfante pas de mirages eclatants ; la limpidite f roide de r atmosphere, et les rudes frimas, f avorables a la sante des corps robustes, predisposent I'esprit au reve solitaire ou a Taction forcenee bien plutot qu'aux delicats commerces ou s'affine la sociabilite latine. N'oublions jamais la t3'rannie du climat ; songez que, trcis mois de I'annee, le port de Stockholm est bloque par les glaces ; riiiver traine apres soi d'interminables jours ; vers la mi-avril les premieres touffes d'anemones bleuissent les mousses encore prisonnieres d'un gel resistant ; puis le « Sabot de cheval » (tussilage) etoile les champs de menus astres d'or; puis les premiers chatons ■ pomponnent les branches rougissantes des amies; pres d'un grand mois encore, les feuilles se feront attendre. Vers le 20 mars les clochers s'animent des jeux bnwants des choucas, les alouettes elevent au-dessus
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de Djurgarclen leur cliant eperdu; suivent les bandes bavardes des sansonnets ; le cygne sauvage, le pinson, la grue arrivent en avril, le coucou, I'hirondelle vers le milieu de mai. Dans ses jardins, ses promenades, ses cimetieres et ses pares, ou se prolonge le bruissement de Timmense foret suedoise, le Stockholmien epie tons ces signes ; Tangoisse de la delivrance exalte les plus indiii'erents a mesure qu'ils decouvrent un'epanouissement ou surprennent un bruit d'ailes. Ouvert a la lumiere, aux larges eaux qui le sillonnent, aux rocs et aux pins qui I'assiegent et I'envaliissent, Stockholm est bien different de nos villas compactes et closes du continent ; cites aveugles et egoistes : Stockholm comniunie de toutes parts avec la nature suedoise ; du Strandviigen vous devinez I'aridite sauvage de ses pentes granitiques, la splendeur tantot desolee, tantot verdoj'aute de son skargdrd (archipel), le charme frais de certaines rives, I'humilite des cabanes de pecheurs et des petites maisons forestieres. Magnificence et pauvrete : cette ville fut longtemps a demi campagnarde; vraie capitale d'un peuple de soldats et de poetes, ses fastes sont remplis d'tni fracas de guerre ; son histoire retentit d'echos meles de fetes galantes, de franches ripailles et de bucoliques cordiales et melancoliques. II faut evoquer ici de grands et poetiques souvenirs, retrouver ca et la les vestiges de I'epopee et de I'idylle ; ensuite regardons vivre les citadius d'aujourd'hui, melons-nous a leur vie ; par^dela le decor de cette capitale revivifiee, nous apercevrons le jeune et ardent ideal d'un vieux peuple.
Hei;rtoir, 29 Tvska Brinken.
Slottsbacken. Le chateau et Slorlcyrhvi (la Grande Eglise).