‹ Strasbourg d'après les documents authentiquesChapitre 4 sur 13 · DÉFAUT DE PARIS ET EMBARQUEMENT · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE PARIS ET EMBARQUEMENT

De Paris, le prince écrivit à sa mère, de la Préfecture de police, une lettre ainsi conçue :

a Ma chère mère,

« Je reconnais à votre démarche toute votre tendresse pour moi; vous avez pensé au danger que je courais, mais vous n'avez pas pensé à mon honneur, qui m'obligeait à partager le sort de mes compagnons d'infortune. Cela a été pour moi une douleur bien vive que d'abandonner des hommes que j'avais entraînés à leur perte, lorsque ma présence et leurs dépositions auraient pu influencer le jury en leur faveur. J'écris au roi pour le prier de jeter un regard de bonté sur eux ; c'est la seule grâce qui peut me toucher.

ot Je pars pour rAmérique, mais, ma chère mère, si vous ne voulez pas augmenter ma douleur, je vous en conjure, ne me suivez pas. L'idée de faire partager à ma mère mon exil de l'Europe serait, aux yeux du monde, une -tache indélébile pour moi, et pour mon cœur cela serait un chagrin cuisant. Je vais en Amérique faire comme Achille Murât, me créer moi-même mon existence : ii< me faut un intérêt nouveau pour pouvoir m'y plaire.

« Je vous prie, chère maman, de veiller h. ce qu'il ne manque rien aux prisonniers de Strasbourg; prenez soin des deux fils du colonel Vaudrey, qui sont à Paris avec leur mère. Je prendrais facilement mon parti, si je savais que mesaulres compagnons d'infortune auront la vie sauve; mais avoir sur la conscience la mort de braves soldats, c'est une douleur amère qui ne peut jamais s'effacer.

« Adieu, ma chère maman; recevez mes remercîraents pour toutes les marques de tendresse que vous me donnez; retournez à Arenenberg, mais ne venez pas me rejoindre en Amérique, j'en serais trop ma heureux. Adieu, recevez mes tendres embrassements; je vous aimerai toujours de tout mon cœur.

« Votre tendre et respectueux fils,

« Napoléon-Louis B.... »

Le prince Napoléon -Louis arriva dans la nuit du 14 au 15 à Lorient, à deux heures du matin. Il fut conduit dans la citadelle, dont on fit sur-le-champ lever le pont-levis. Toute communication avec le dehors fut interdite. — Le 19 novembre, il fut transporté à la citadelle de Port-Louis. De là il écrivit à la reine Hortense, sa mère, une lettre dans laquelle il lui annonçait qu'il allait être conduit à New-York ; que de là il partirait pour visiter, pendant un an, les différents États de l'Union; que d'après la connaissance qu'il aurait acquise du pays, il choisirait la localité où il pourrait fixer son habitation; que son intention étant de se faire cultivateur, il inviterait son oncle Joseph à lui vendre quelques arpents de terres; qu'alors, s'il entrevoyait que sa mère pût, sans danger pour sa santé, partager sa solitude, il serait le premier à la solliciter d'entreprendre le voyage. Il la priait de lui envoyer ses armes de chasse et ses livres.

Une autre lettre, datée aussi de la citadelle de Port-Louis, du 19 novembre 1836, et adressée à un correspondant dont

le nom n'est pas cité par V Observateur des Tribunaux à qui nous l'empruntons, contient les passages suivants :

« .... Je pars, le cœur déchiré de ne pas avoir pu partager le sort de mas compagnons d'infortune. J'aurais voulu être traité comme eux. Mon entreprise ayant échoué, mes intentions ayant été ignorées, mon sort ayant été malgré moi différent de celui des hommes dont j'avais compromis l'existence, je passerai, aux yeux de tout le monde, pour un fou, un ambitieux, un lâche. Avant de mettre le pied en France, je m'attendais bien, en cas de non-réussite, aux deux premières qualifications. Quant a la troisième, elle est par trop cruelle....

et .... Il est faux que j'aie eu la moindre relation intime avec Mme G... ; il est faux que j'aie cherché à emprunter de l'argent; il est faux qu'on m'ait demandé le moindre serment de ne plu5 revenir en Europe.... »

Le 21 on écrivait de Port-Louis : a Aujourd'hui, à une heure de l'après-midi, le bateau à vapeur le Tarlare, capitaine Lévêque , a remorqué la fr/gate V Andromède, et l'a mise en rade de l'Armor. Le bateau de M. le Préfet a pris le prince Napoléon-Lou's pour le conduire à la frégate : il est sorti par la porte de secours. »

La frégate V Andromède , capitaine Villeneuve, était destinée pour les mers du Sud, mais elle devait relâcher aux États-Unis. Le prince Napoléon-Louis fut conduit à New- York, où il débarqua dans le courant de janvier. Voir V Appendice, note 3.

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