CHAPITRE III
LA CATHÉDRALE. — SON HISTOIRE
De la place Saint-Thomas nous revenons par la rue des Serruriers et la rue Mercière à la Cathédrale, le plus célèbre monument de Strasbourg et l'un des plus beaux du monde. L'impression qu'il cause, dès la première vue, est celle de la puissance et de la majesté. « La cathédrale, dit Gœthe, me fit l'effet d'une masse monstrueuse qui m'eût effrayé, si elle ne m'avait pas paru en même temps compréhensible par sa symétrie, agréable même par le fini de ses détails... Je laissai ce monument prodigieux agir sur moi par son seul aspect. Plus je considérais la façade, plus se fortifiait et se dégageait en moi cette première impression que le sublime y est uni à l'agréable. » Le poète en fait une condition nécessaire pour que le gigantesque ne cause pas une impression d'effroi et d'écrasement. « Quand nous nous approchions d'elle pendant le crépuscule, ajoute-t-il, dans une nuit étoilée, dans un moment enfin où les parties deviennent plus ou moins indistinctes, nous ne voyions plus qu'un mur colossal dont les proportions étaient de l'effet le plus satisfaisant. Quand nous considérions ce monument pendant le jour, et que par la force de notre esprit nous faisions abstraction des détails, nous y reconnaissions une façade qui non seulement clôt les espaces intérieurs de l'édifice, mais aussi diverses parties latérales. »
Goethe admiraitles belles proportions de la masse tout entière. « Tous les ornements, disait-il, sont en harmonie avec la partie qu'ils décorent... Je me borne à mentionner les portes s'enfonçant en perspective dans l'épaisseur du mur et dont les piliers et les ogives sont chargés d'une multitude d'ornements, l'ouverture centrale et la rosace qu'elle forme par sa rondeur, le profil de ses baguettes ainsi que les délicates colonnettes des sections perpendiculaires. Représentez-vous les piliers s'enfuyant par degrés avec leurs petits édifices pointus, élancés, s'élevant aussi dans l'air, disposés en forme de dais pour protéger les statues des
saints et soutenus par des colonnes légères, et finalement chaque nervure,
Cathédrale de Strasbourg.
chaque chapiteau apparaissant sous la forme d'un buisson de fleurs, d'une rangée de feuilles ou de quelque autre image naturelle, façonnée d'après