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LA CATHEDRALE

SON H ISTOIKE

les convenances de la pierre. Plus j'examinais, plus j'étais frappé d'étonnement. » Gœthe est tellement ravi de trouver un édifice bâti avec tant de

La Vierge du Grand Portail.

perfection sur une ancienne terre germanique, il est tellement heureux de trouver au nom de l'architecte une consonnance et une origine aile-

mandes qu'il veut changer « le nom mal formé de gothique, donné jusqu'alors à cette architecture », en lui donnant celui « d'architecture allemande )). Malgré la volonté de Goethe et malgré « son petit mémoire adressé au docteur Erwin de Steinbach », le style général de la cathédrale de Strasbourg est resté le style gothique.

Vue du chevet de la Cathédrale sur la place du Château.

Ceci nous amène à examiner rapidement l'histoire de la cathédrale. « Ecrire cette histoire, dit l'abbé Dacheux, dans son livre superbe sur la Cathédrale de Strasbourg, c'est écrire l'histoire de la cité qui, dans le cours des siècles, s'est formée, agrandie et développée autour de l'église mère, vrai centre de ralliement où les citoyens, des siècles durant, se sont toujours retrouvés dans leurs joies comme dans leurs

La Cathédrale, vue de la rue du Dôme.

tristesses, dans leurs luttes et leurs épreuves comme après leurs triomphes. »

On a cru, sans pouvoir le démontrer efficacement, que sur les ruines du temple d'Hercule à Strasbourg s'était établie une église qui fut détruite par les Barbares au \c siècle ; que Clovis fit élever une église en bois sur le même emplacement de 504 à 510; que Charlemagne y acheva une autre église dont Pépin le Bref aurait commencé la construction. Or, c'est en l'an 826 que l'on constate réellement l'existence de cet édifice qui fut brûlé en 873, puis reconstruit, puis pillé et brûlé en 1002 parles soldats d'Hermann, duc de Souabe et d'Alsace. Rétabli de nouveau, il est encore détruit en 1007 par la foudre. L'évêque Wernher entreprend courageusement d'en faire un monument grandiose, et c'est en l'an 1015 que commence enfin la construction de la cathédrale. Les pierres qui servent à cette immense travail arrivent du Kronthal, entre Marlenheim et Wasselonne, par corvées de paysans et de serfs et par des masses de travailleurs et de volontaires qui viennent de douze lieues à la ronde. Le zèle, l'ardeur, le courage sont tels qu'en 1028 on est déjà parvenu à la toiture. C'était alors une basilique romane à trois portes, dédiée à la Vierge, et dont l'antique sceau de la ville (p. 36) peut donner une idée. Les cours, jardins et cloître qui l'entouraient s'étendaient jusque sur la rue des Fleurs ou rue Mercière (Kraermergasse d'aujourd'hui). Cette basilique à deux tours carrées était à l'intérieur divisée en deux par des colonnes qui soutenaient des galeries. Les terrains qui avoisinaient l'église comprenaient au sud le Fronhof, ou cour du seigneur-évêque, et aboutissaient au portail sud où se trouve actuellement le Jugement de Salomon, qui fait face à l'ancien palais épiscopal. L'évêque Wernher ne put achever la basilique. Envoyé comme ambassadeur à Constantinople, il y mourut en 1028. Sa statue, composée par Friedrich, est placée dans la cathédrale en face de l'horloge astronomique. Elle le montre contemplant un petit édifice qui représente la partie romane, c'est-à-dire le transept et le chœur. En 1050, le pape Léon IX visita l'église ; en 1 145, saint Bernard y célébra la messe. Divers incendies en 1 130, 1140, 1142, 1150, 1 1 76 y causèrent de grands ravages. Après l'incendie de 11 76 on reconstruisit le chœur, les transepts et la crypte sous l'influence du style ogival. A partir de 1250, le gothique du Xlii0 siècle y triompha.

Dans le côté nord, on remarque que la chapelle Saint-Jean-Baptiste, construite par un architecte inconnu, a déjà devancé ce style. « Cette chapelle surmontée de la salle capitulaire, est un chef-d'œuvre, le plus ancien

LA CATHÉDRALE. — SON HISTOIRE

et le plus bel échantillon du style gothique-lancette qu'offre la cathédrale. Une œuvre nouvelle et admirable va surgir. »

L'abbé Dacheux fait remarquer que les évêques, même assistés par le clergé et la population catholique de l'Alsace, ont eu mille difficultés à diriger cette œuvre, car les princes trouvaient tout naturel de mettre la

Le Portail du Sud.

main sur les dotations ecclésiastiques et de transformer les biens de l'Eglise en apanages de la noblesse. Les évêques entreprennent donc de ressaisir leurs droits. L'élection amène au siège épiscopal de Strasbourg, en 1261, Walther de Geroldseck qui, doué d'une humeur batailleuse, lutte contre les privilèges de la ville et des citoyens. Ceux-ci lui résistent et, après la bataille de Hausbergen, triomphent de la puissante prépondérance de l'épiscopat. A la mort de "Walther, le chapitre de Strasbourg s'attribue, en 1263, l'administration de la fabrique pour ne pas arrêter la construction de la cathédrale, mais le Magistrat s'empare de l'œuvre, dite Œuvre de Notre-Dame, et en nomme les administrateurs. Il consent cependant à

laisser au Chapitre la direction de la fabrique, à la condition que l'évêque ne s'en mêlera plus. En 1274, on acquiert une maison, le Frattenhaus, qu'on peut voir sur la place de l'ancien évêché et où est centralisé tout ce qui se rapporte à l'entretien de la cathédrale. Même après la construction, les offrandes des fidèles continueront d'être reçues pour constituer la dotation de l'œuvre Notre-Dame, ce qui assurera la perpétuité du monument. La générosité des catholiques, leurs labeurs et leurs présents ont donc fait la cathédrale de Strasbourg.

Ce serait une publication louable que de donner ici connaissance complète du livre des Bienfaiteurs, car l'on y verrait, mêlées les unes aux autres, les donations des riches et des pauvres, des nobles, des bourgeois, des paysans, des artisans, des clercs, des femmes et même des enfants qui s'empressaient de se faire recevoir dans la confrérie de Notre-Dame. A côté des plus petites oboles sont offerts des chevaux de bataille, des armures, des ceintures et des couronnes d'or, des bijoux, des fourrures, des robes de prix, des armes, des maisons, des prés, des vignes, des pierres taillées, des matériaux de tout genre. C'est une libéralité, une ardeur, un enthousiasme sans pareils. Ervvin de Steinbach, gouverneur delà fabrique et auteur de la façade principale commencée en 1277, lègue à sa mort son cheval et une rente annuelle à sa chère cathédrale. L'Œuvre lui a élevé, par les soins du sculpteur Grass, une statue qui fait pendant à celle de Sabine, « dont la légende s'obstine à faire la fille du maître Erwin, bien qu'elle lui soit antérieure d'un siècle ». L'épitaphe d'Erwin de Steinbach est taillée dans un contrefort de la chapelle Saint-Jean-Baptiste et rappelle qu'il est mort en l'an du Seigneur mil trois cent dix-huit, le seize des calendes de février. Au-dessus de la porte centrale de la façade, on lit cette inscription : Anno Doinini 12JJ, in die bcati Urbani hoc glo- ' riosuin opus inchoavit Magistcr Erwittus de Steinbach.

En 1343, les portes de bronze sont placées au portail central ; en 1365, les deux tours de la façade sont achevées jusqu'à la plate-forme ; en 1372, la partie médiane entre les deux tours est terminée; en 1418, la tour va jusqu'au sommet des grandes baies sur les plans d'Ulric d'Ensingen. En 1419, Jean Hùltzde Cologne, qui a repris l'œuvre d'Erwin, atteint jusqu'au sommet des quatre tourelles. « Un soir, fête de saint Jean- Baptiste, en l'an du Seigneur 1439, la statue de la Vierge, patronne de l'église et de la ville de Strasbourg, couronnait la pointe de la flèche, proclamant au loin aux populations frappées d'étonnement et d'admiration qu'enfin le monument de gloire entrepris par leurs aïeux était arrivé à son terme. » Cette émotion, que ressentaient les pieux fondateurs et créa-

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