SON HISTOIRE
teurs de cette œuvre superbe, nous la ressentons encore aujourd'hui ; aussi, est-ce avec raison que M. Rodolphe Reuss a écrit : « Lorsque l'enfant de Strasbourg aperçoit sur l'horizon la ligne mince et noire de la flèche de la cathédrale, son cœur bat plus fort et une larme humecte
Statue de Sabine.
Statue d'Erwin de Steinbach.
sa paupière. Inoubliable flèche, qui, svelte et majestueuse, domine le tumulte et nous rappelle qu'au delà du flux et du reflux incessant des vagues humaines, il existe quelque chose d'immuable et d'éternel. »
De 1453 à 1870, ce qu'on peut relever d'intéressant dans l'histoire de la cathédrale, c'est le baptistère sculpté par Josse Dotzinger, la rénovation des voûtes de la nef de 1459 à 1469, la chaire sculptée par Hans llammerer en 1485, le pommeau octogonal de la Tour qui remplace la statue de la Vierge, laquelle est placée en 1493 au-dessus du portail de
l'horloge ; la construction de la chapelle Saint-Laurent par Jacques de Landshut de 1495 à 1505, le maître-autel de bois sculpté par Nicolas de Hagueneau en 1501 et retiré en 1682, l'enlèvement des statues et la démolition des autels sous la Réforme luthérienne qui s'empara définitivement de la cathédrale en 1561, la destruction des pierres tombales, la nouvelle horloge astronomique en 1574, la proposition faite en 1665 d'élever une seconde tour, et le refus de la ville d'accéder à cette proposition, la reprise du culte catholique en 1681 et le Te De 11 m auquel assista Louis XIV après la capitulation ; l'installation des orgues par Silbermann, les divers embellissements du chœur, la démolition des boutiques adossées à la cathédrale • de 1772 à 1778, l'installation de la télégraphie optique sur la coupole du chœur, la cathédrale transformée dans l'année 1793 en temple de la Raison et la flèche coiffée en 1794 d'un immense bonnet rouge en fer ; puis l'édifice devenant temple de l'Être suprême et temple décadaire ; la réapparition du culte catholique en 1800, la reconstruction de l'horloge par Schwilgué en 1842, la restauration des verrières par Steinheil et Petit-Gérard, en 1844; l'incendie de la cathédrale en 1870 par le bombardement allemand, sa restauration par l'architecte Klotz après la guerre, enfin les fresques peintes par Steinlé et Steinheil en 1875.
La Flèche de la Cathédrale '
après le bombardement (15 septembre 1870).
l'abbé Dacheux, dans le chapitre consacré au « Martyrologe de la
1 Cliché du Mois littéraire et pittoresque.
LA CATHÉDRALE. — SON HISTOIRE 47
Cathédrale », rappelle qu'elle a reçu six coups de foudre de 1015 à 1039 et trente-trois autres de 1439 à 1836; que les luthériens et les révolutionnaires l'ont saccagée et ont démoli plus de trois cents statues, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les débris qui se trouvent au Frauenhaus. Lors du siège de 1870, c'est le rapport de M. Klotz qui le constate, — la pyramide octogone sur laquelle se dresse la croix à quatre bras, fut frappée d'un obus, et la croix s'inclina du côté gauche, retenue seulement par quelques crampons et la barre conductrice du paratonnerre. Le projectile qui frappa la croix le 15 septembre 1870, à midi, était un obus badois. D'autres projectiles meurtrirent le vénérable édifice aux quatre faces du transept, aux deux côtés de la nef, aux deux chapelles, au pourtour de la plate-forme. La toiture de la nef et du chœur fut incendiée, et de nombreux obus brisèrent un grand nombre de pinacles, fleurons, clochetons et colonnettes, la statue équestre de Clovis, des contreforts, des corniches, des fenêtres, des pilastres et plusieurs verrières. Les projectiles, qui pleuvaient sur la cathédrale pour en écarter les ouvriers et empêcher tout sauvetage, éclatèrent jusque dans le chœur et endommagèrent l'orgue et les piliers. « Le bombardement, dit M. l'abbé Dacheux, avait pour but d'intimider la population et d'affaiblir ainsi la résistance. Ce but n'a pas été atteint et il a fallu un siège en règle et une brèche praticable ouverte dans les remparts pour amener la capitulation. En revanche, tous les coups qui ont atteint et dévasté la cathédrale ont retenti dans le cœur des Strasbourgeois, plus cruellement que s'ils avaient frappé leurs maisons... L'àme de la Cathédrale dut éprouver une âpre jouissance d'avoir à partager les souffrances de la population qui l'avait créée et qui, depuis huit siècles, s'était abritée sous son ombre tutélaire en l'entourant d'un amour qui ne se démentit et ne se démentira jamais. »