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LE FRAUENHAUS. — LE CHATEAU

aussi belle résidence. » Gœthe était venu de Francfort, sa ville natale, à Strasbourg en 1770 continuer ses études à l'Université. Une plaque commémorative, placée sur la maison qu'il habita rue du Vieux-Marchéaux-Poissons, et une statue récemment élevée gardent le souvenir de sa présence.

« Mon père, dit le poète dans ses Mémoires dont je veux citer ici

Le Frauenhaus.

quelques fragments relatifs à son séjour dans notre ville, m'envoyait à Strasbourg où l'on me promettait une vie heureuse et riante, tandis que je poursuivais mes études pour arriver au doctorat. Je pris un logement petit, mais agréable et bien situé, au Fischmarkt, du côté exposé au midi. C'était une grande et belle rue, offrant un mouvement continuel qui pouvait distraire aux heures de désœuvrement. .. La pension qu'on me recommanda et à laquelle je fus recommandé, était agréable et gaie. Deux vieilles filles la tenaient depuis longtemps avec ordre et avec succès. Nous étions à table une dizaine de convives, jeunes et vieux. Parmi eux était un jeune homme élégant et aimable, un M. Meyer, de Lindau, d'un esprit

amusant, jovial, mais parfois fatiguant, un chevalier de Saint-Louis en retraite, des étudiants en médecine bien disposés, toutefois à la condition de ne pas dépasser leur ration de vin habituelle.

« Prévenir ce détail était l'affaire de notre président, le D1' Saltzmann. Célibataire, âgé de plus de soixante ans, il était depuis longtemps commensal du logis et y maintenait l'ordre et le bon ton. Il jouissait d'une belle fortune ; sa mise était propre et soignée. Il était même de ceux qui vont toujours en culottes et le chapeau sous le bras. C'était une chose extraordinaire de le voir se couvrir. Il portait d'habitude un parapluie, se souvenant que les plus beaux jours de l'été amènent souvent de l'orage et des ondées. » Le Dr Saltzmann guida le jeune Goethe dans ses études |de droit et lui indiqua un répétiteur. Gœthe aimait Strasbourg et ses environs. « Les habitants, disait-il, sont des promeneurs passionnés et ils ont raison. De quelque côté que l'on dirige ses pas, on trouve des lieux de plaisance, soit naturels, soit disposés avec art. Ce qui rendait plus agréable encore qu'en d'autres lieux le coup d'ceil d'une foule de promeneurs, c'était la variété du costume des femmes. On trouvait partout, dans les jardins voisins ou éloignés, un bon accueil, une bonne société, des rafraîchissements et plus d'une invitation pour telle ou telle partie de plaisir. »

Goethe aimait la vieille ville et en défendait les souvenirs. « Nous trouvions singulier, remarque-t-il, nous autres flâneurs, le projet pour l'embellissement de la ville qui commençait à s'exécuter d'après les esquises et les plans. L'intendant Gayot avait entrepris de transformer les rues tortueuses et irrégulières et de tracer une belle et imposante ville au cordeau. L'architecte parisien Blondel composa là-dessus un projet par lequel cent quarante propriétaires gagnaient de la place, quatrevingts en perdaient et les autres restaient dans le premier état. Ce plan approuvé devait s'achever par degrés avec le temps, et cependant la ville offrait un mélange assez bizarre de régularité et d'irrégularité. Tout ce que le hasard nous offrait de choquant et de bizarre dans nos promenades oisives nous était une excellente occasion d'exercer notre humeur railleuse. » Gœthe a consacré tout un chapitre non seulement à ses promenades, mais encore à quelques-unes de ses aventures à Strasbourg. Il apprenait à danser chez un maître habile et sévère. Ce maître avait deux filles toutes jeunes. Elles ne parlaient que le français. L'aînée s'appelait Lucinde, la cadette Emilie. Gœthe dansait avec elles et leur lisait de temps à autres quelques pages de roman. Il causait aimablement surtout avec la cadette. Un jour, vint une vieille tireuse de cartes qui leur proposa

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