‹ StrasbourgChapitre 30 sur 38 · L'ÉGLISE SAINT-PI ERRE-LE-JEUNE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE SAINT-PI ERRE-LE-JEUNE

ii5

humaines au temps de Philippe-Auguste et contenant également des poèmes religieux. Le manuscrit était écrit sur vélin en minuscules allemandes et dans le latin du XIIe siècle, ainsi que l'a constaté M. Alexandre Le Noble dans un savant mémoire couronné en 18 19 par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. A toutes les pages se présentaient des peintures originales qui s'appliquaient exactement au texte. Herrade de Landsberg avait fait avec soin des extraits de l'Ancien et du Nouveau

Église Saint-Pierre-le-Jeune.

Testament et des œuvres de saint Augustin, saint Isidore, saint Grégoire, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome,- saint Irénée, Pierre Lombard, Bède, Clément Romain, Eusèbe de Césarée, etc., ce qui dénotait chez elle une érudition des plus étendues. Les dissertations sur la cosmologie, la chronologie, l'astronomie, la géographie, la mythologie, l'agronomie, étaient empruntées à l'ouvrage intitulé Aurca Gemma. On lisait sur le verso du premier feuillet une sorte de cantique formant un aimable salut d'Herrade à ses compagnes du monastère de Hohenbourg et dont voici le titre exact ;

« Rythmas Hzrradls abbatissœ per quam Hohenburgenses virgun-'

n6 STRASBOURG

culas amabiliter salutat et veri Sponsi fidcm dilectionemque salubrité r invitât. »

Après le cantique d'invocation, Herrade avait placé une préface en prose latine pour expliquer le but de son livre. Elle disait à ses compagnes que cet ouvrage, qui s'appelait le Jardin des Délices, avait été composé avec le suc des diverses fleurs de l'Ecriture Sainte et de la philosophie, qu'elle avait recueilli et transformé en un miel délicieux, comme une abeille vigilante sous l'inspiration de Dieu, pour l'honneur du Christ et de son Eglise, et pour leur en inspirer l'amour. Aussi, les engageait-elle à se servir de ce miel comme d'un aliment pour leur âme, afin qu'étant pénétrées des délices spirituelles, elles vécussent sur la terre en toute sécurité et parvinssent à jouir de l'éternelle félicité, en l'entraînant avec elles à travers les périls de la vie vers l'amour du Christ et détachée des affections terrestres.

Suivaient alors de pieux extraits sur Dieu créateur, les Anges, la création du monde, la sainte Trinité et l'Immortalité. Après les notions principales sur l'existence et la nature de la divinité, venaient des dissertations sur les champs et les jardins, sur leur culture, sur les terres et les mers, la géographie et la physique du globe, les astres, les étoiles filantes, le zodiaque et les vents. Herrade s'occupait ensuite de l'Histoire sacrée et prodiguait les allégories et les paraboles, où se trouvaient assez bizarrement mêlés le sacré et le profane. Une curieuse figure est celle du Ludus monstrorum. « Deux hommes séparés par une table tiennent de chaque côté les extrémités de deux cordes sur lesquelles sont suspendues deux petites poupées, costumées en chevaliers et armées de pied en cap, qui se battent entre elles par suite de mouvements que les deux joueurs donnent aux cordes en les lâchant et en les tirant à eux. — Nous ne saurions mieux comparer, dit justement M. Le Noble, ce jeu qu'à ces planches sur lesquelles nos petits Savoyards font rencontrer deux poupées en agitant du genou la corde qui les traverse. JNous nous souvenons, en effet, il y, a quelque trente ans, d'avoir vu sur nos places publiques ce jeu qui amusait beaucoup les enfants. » < Le jeu des Monstres » était expliqué par cette inscription :

/;/ Indu monstrorum designatur vanitas vanitatum.

A ce jeu succédait l'allégorie d'Ulysse et des trois sirènes, une longue étude sur l'Eglise, ou pu'f"-* »q recueil de préceptes sur les divers états de la société et les devoirs des individus, un petit poème

Page 1