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LES PONTS COUVERTS

contre l'usure et la simonie, une dissertation sur l'Antéchrist, des traités de discipline et de morale, une liste des Papes jusqu'à Clément III, et divers calendriers ou combinaisons ingénieuses de chronologie mathématique. Enfin, parmi les cantiques qui figurent pour une faible partie dans le manuscrit, on remarquait ceux qui célébraient les beautés de

Portail Je Saint-Pierre-le-Jeune.

Hohenbourg, la naissance et l'enfance du Christ. Les naïves peintures du Hortus dcliciarum, dans leurs rapports avec l'histoire des arts, des costumes, des armures et des meubles, offrent des renseignements précieux sur les mœurs et les usages du XIIe siècle, mais cette étude ne pourrait être faite ici sans sortir un peu de notre sujet. Il était bon cependant de faire connaître aussi complètement que possible, le trésor incomparable que nous avons perdu.

n8 STRASBOURG

En reprenant les quais après le Kaiser Palast et avant d'arriver au quai Finckmatt, nous trouvons à l'angle du Dreizehner Graben la nouvelle église Saint-Pierre-le- Jeune ou du Sacré-Cœur, que j'ai mentionnée plus haut. Elle ne peut rivaliser avec la très vieille et très curieuse église dont elle a pris le nom, et qui se trouve sur la place pittoresque aboutissant à la rue de la Nuée-Bleue. Cette place servait jadis aux marchands ambulants et aux fêtes foraines. Elle a retrouvé son caractère paisible, ce qui convient mieux à l'édifice sacré qui la domine. L'église Saint-Pierre-le-Jeune, fondée en 103 1 par l'évêque Guillaume I", fut achevée en 1065. Elle fut reconstruite au xni° siècle en style gothique avec un caractère artistique indéniable et consacrée en 1320 par l'évêque Jean Ier. Des chapelles vinrent plus tard s'accoter à la nef et au chœur sans déparer l'édifice. Il a fallu qu'un architecte allemand vînt lui donner une « splendeur polychrome » qui n'est qu'un affreux badigeonnage, lequel déshonore un monument qui aurait dû être respecté. En continuant à suivre l'Ill aux eaux vertes et paresseuses, nous voyons ça et là sur ses rives des peupliers et de jolis massifs d'arbustes puis sur le quai Saint-Jean de vieilles maisons à pignons et à pigeonniers pittoresques. Sur le quai Tùrckeim, où est le barrage de l'Ill, plusieurs tours à plate-forme crénelée, derniers vestiges des fortifications du XIIIe siècle, se dressaient. Vient ensuite le quai de la Bruche, du nom du petit cours d'eau qui se jette dans l'Ill à deux kilomètres en amont, où l'on percevait un droit de péage pour les marchandises transportées par eau. A l'endroit que décore un massif de petits platanes, on a une jolie vue sur l'église Saint-Pierre-le-Vieux et ses deux clochers. De vieilles maisons d'un caractère original forment un groupe qui s'appelle encore « la Petite France » ittt Klcinen Frankrcicli, et où habite une population de pêcheurs.

Nous arrivons aux Trois Tours, au point de bifurcation du canal et du bras de l'Ill, l'un des endroits les plus pittoresques de la ville. Trois grandes tours carrées forment un souvenir persistant de l'ancienne enceinte fortifiée et de l'architecture militaire du moyen âge. A quelques pas de l'écluse construite par Vauban, des soldats allemands lavent leurs chemises ou prennent des bains froids. Trois ponts en amont de l'Ill, ont donné leur nom à ce quartier dit « des Ponts couverts », parce qu'au xme siècle, ils étaient fortifiés, munis de herses et couverts de toitures. Les trois tours servirent pendant un certain temps de prisons. Le quartier des Ponts couverts qui s'étend depuis l'écluse fortifiée jusqu'à la rue Sainte-Elisabeth, fut annexé en 1681 à l'enceinte, sous le nom de bastion

LES NOUVEAUX ÉDIFICES ET LES QUAIS

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de la Bruche. Sur l'emplacement d'une passerelle en bois, munie de pontlevis, qui reliait les deux rives de 1*111, fut construite en 1700 l'écluse de fortification.

Par la rue Finckwiller, on atteint le quai Finckwiller, puis le quai Saint-Nicolas où se trouve l'église Saint-Nicolas qui possède un monument élevé à la mémoire du prédicateur Isaac Haffner, puis le quai des

Tombeau des comtes Philippe et Ulrich de Werd.

Bateliers, et l'on passe devant la terrasse de l'hôtel Rohan ou Musée de la ville. C'est là que sur l'Ill se donnaient autrefois, lors des grandes fêtes, des régates et des joutes très amusantes. Je me rappelle y avoir bien ri, en voyant la poursuite des nageurs les plus experts après un cochon huilé et sans queue, et applaudi l'adresse du clown qui traversait la rivière sur une corde raide, et celle des jouteurs qui, la lance en main, attendaient leurs rivaux de pied ferme sur une barque agile.

Sur le quai des Pêcheurs, à l'entrée de la rue de la Krutenau,

s'élève l'église Saint-Guillaume, fondée en l'an 1300 par la famille de Mùlnheim. Sa façade a été restaurée au XVIIe siècle. L'église contient un bas-relief en bois sculpté du XVe siècle représentant la légende de Guillaume d'Aquitaine, et deux chefs-d'œuvre de la sculpture du moyen âge : les monuments funéraires des landgraves d'Alsace, Philippe de

Vitrail de sainte Catherine dans l'église Saint-Guillaume.

Werd, mort en 1332 et d'Ulrich de Werd, mort en 1343, œuvres du maître Wœlvelin de Rouffach, ainsi que de superbes vitraux du XVe siècle. Cette église avait été confiée aux moines Guillemittes dont le couvent devint une école d'étudiants pauvres, puis un dépôt de mendicité, puis un asile d'enfants trouvés. Les vitraux représentent la vie de sainte Catherine. L'église Saint- Guillaume possède encore une belle fresque de la mort da la Vierge. Une pierre rappelle la mémoire de l'humaniste J. Wimpheling qui demeura au couvent Saint-Guillaume de 1501 à 1503. De l'autre côté du pont qui lait

LES NOUVEAUX ÉDIFICES ET LES QUAIS 121

face à l'église, sur le quai Saint-Etienne, se trouve dans la cour de l'an-

Vitrail de la Vierge dans l'église Saint-Guillaume.

cien petit séminaire, aujourd'hui gymnase catholique, l'église Saint- Etienne, la plus vieille de Strasbourg, qui a servi de chapelle au petit séminaire et qui offre à l'extérieur des parties curieuses du style byzan-

tin. La façade et la tour de cette église, qui datait du XIIe siècle, ont été abattues au commencement du XIXe. Il ne reste plus que le transept et les trois absides. Il y avait en cet endroit un couvent fondé, dit-on, par Adalbert, duc d'Alsace et frère de sainte Odile.

A l'église Saint-Etienne appartiennent trois belles tapisseries de la fin du xv° siècle qui représentent la vie de sainte Odile, de saint Attale et de saint Adelphe. Elles sont décrites et gravées dans la Chronique de Kœnigshoven de 1698. M. Jules Guiffrey les a étudiées et fait reproduire à son tour dans la Revue alsacienne illustrée (ire livraison de 1908). Ce sont des documents du plus haut intérêt.

En jetant un coup d'œil sur les sinuosités des quais, on est ravi de l'aspect pittoresque que leur donnent toutes ces maisons anciennes à pignons et à encorbellements capricieux, aspect bien particulier à Strasbourg et qui fait de la vieille cité une ville unique en ce genre. Mais il est de ces maisons, soit sur les quais, soit dans la ville, qu'il convient de signaler et d'étudier plus particulièrement.

Un nid de cigognes.

Le Fossé des Tanneurs.

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