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CHAPITRE IX

LES VIEILLES MAISONS

Quand on parcourt attentivement Strasbourg- dans ce qu'on appelle l'ancienne ville, on est surpris et charmé d'y rencontrer encore beaucoup de vieilles maisons qui ont une physionomie très originale. Pour faire cette exploration avec profit, il faut avoir lu avec soin le Strasbourg historique et pittoresque du regretté Ad. Seyboth. On peut s'y fier comme à un guide très sûr ; c'est ce que j'ai fait et je suis heureux d'avoir pu m'en servir. Je renvoie le lecteur à son livre pour les détails que j'ai dû, forcément et à regret, négliger. Grâce à lui, j'ai pu circuler sans embarras à travers les méandres de l'antique cité et retrouver bien des souvenirs que je croyais d'abord disparus. Avant 1870, il y avait environ quatre cents maisons anciennes avec emblèmes sculptés. Depuis les démolitions et ce qu'on appelle les embellissements, un bon nombre a

disparu. Mais il en reste encore assez — et j'espère qu'on n'y touchera plus, — pour avoir une idée exacte de ce qu'était le vieux Strasbourg.

Commençons par la rue de la Mésange qui aboutit à la promenade de Broglie. Là se trouve l'ancienne auberge de la Pinte qui devint l'hôtel du chevalier de Blumenau, puis de Gaspard de Dettlingen et de l'Ammeister Henri Trausch. Dans cette même rue on voit la maison qui lui a donné son nom, car elle porte sur ses murs une mésange sculptée avec cette inscription : Zur Mais genand. Là naquit Specklin, le célèbre architecte de la ville, lequel en remania les fortifications. Au bout de la grande rue de l'Eglise qui s'ouvre sur la rue de la Mésange, est actuellement V Hôtel de France, édifice qui fut d'abord une propriété du chapitre de l'église Saint-Pierre-le-Jeune, puis une modeste auberge qui était reliée par un mur crénelé à la maison voisine. A l'entrée de la rue de la Nuée-Bleue, nom tiré d'une vieille: enseigne datant du XVIIe siècle, on regrette la disparition d'une belle porte sur laquelle s'élevait la statue de saint Pierre, donnant accès au faubourg de Pierres, qui est la continuation de la rue. Le bombardement de 1870, entre autres démolitions, a détruit dans cette même rue de la Nuée-Bleue l'hôtel de Lichtenberg où fut reçu, en 1473, l'empereur Frédéric III. Cet hôtel était devenu en 1789 le Tribunal du district. On y a bâti, après 1870, une sorte de palais d'un faux style grec. L'hôtel de l'Europe, dans la même rue, est l'ancien hôtel des Zorn, des Zedlitz et des Oberkirch. Non loin de là, l'hôtel des Botzheim et des d'Andlau, devenu l'hôtel de la Prévôté du Grand Chapitre, puis l'hôtel de l'évèque constitutionnel sous la Révolution et successivement le séjour du séminaire épiscopal et de la poste aux lettres, appartint enfin à M. Renouard de Bussierre qui le restaura en 1853.

Sur la promenade de Broglie, au n" 4 est l'hôtel des Mùlnheim, des Wurmser et des Dietrich. C'est là qu'habitait, en 1790, le premier maire de Strasbourg, Frédéric de Dietrich, chez lequel Rouget de Lisle chanta pour la première fois le Chant de Guerre de l'Année du Rhin, le 25 avril 1792, dédié au maréchal de Luckner, et devenu la Marseillaise. Sur la gauche de la promenade, en allant au théâtre, on remarque rue de l'Ecrevisse, n" 21, une jolie façade Louis XV et un peu plus bas, rue de la Fonderie, de vieilles maisons des XVIe et XVIIe siècles. A droite, rue de la Comédie, se trouve le bâtiment historique du Luxhof avec son imposant pignon. On dit que là en 1414 fut reçu l'empereur Sigismond. Le bâtiment fut depuis converti en brasserie. Dans la rue des Charpentiers qui fait suite, on découvre, au nJ 17, l'ancien hôtel de la princesse Christine de Saxe, abbesse de Remiremont, hôtel qui se distingue

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par une jolie façade du XVIIIe siècle. On arrive ensuite à la rue des Juifs qui, contrairement à ce que Ton dit, — et c'est ce que démontre fort bien Ad. Seyboth, — n'était pas un ghetto spécial. Dans cette rue, qui devint

Place du Marché-aux-Cochons-de-lait.

en 1793, la rue des Droits-de-1'Homme, est au n" 11 l'ancienne demeure des Batzendorf qui fut reconstruite en 1731. On y admire un portail de fort belle apparence et un élégant balcon en fer forgé. Je ne puis quitter cette rue, sans rappeler que l'Alsace n'aimait guère les Juifs. En 1288, en 1293, en 1298, en 1309, en 1329, en 1337, en 1338, en 1349 ces malheureux avaient déjà été victimes de la colère et des rancunes des habitants

qui les accusaient de meurtres rituels sur les:enfants, de vols et de déprédations de toute sorte. Ils furent depuis traités comme des parias, soumis à un costume particulier distingué par des rondelles de drap jaune, et chassés de Strasbourg, dès que sonnait du haut de la cathédrale, à la tombée du jour, la trompe d'airain, le Krùselhorn. Ils ne furent émancipés qu'en 1791 par la Constituante, mais il y avait encore bien des villages, il y a quarante ans, où Ton ne supportait pas leur présence, tant ils étaient en suspicion. Ne s'occupant alors presque exclusivement que de l'exploitation de l'argent et du trafic des effets publics, ils prêtaient à usure aux paysans qui ne leur pardonnaient pas, en fin de compte, d'avoir contribué à leur ruine.

Les nos 1, 3 et 5 de la rue du Parchemin qui forment l'hôtel de l'évêché et des archives du département, était autrefois la résidence des chanoines du Grand Chapitre, puis du Grand Doyen. A la Révolution, cet immeuble fut acquis par le maréchal Luckner. A sa mort, l'hôtel devint une hôtellerie, puis servit aux Messageries et à la poste aux chevaux pour redevenir l'évêché. C'est là que Mgr Raess, de noble mémoire, demeura de 1855 à 1887, ayant ainsi occupé pendant trente-deux ans le siège épiscopal de Strasbourg.

Dans la rue des Hallebardes, qui fait suite à la rue des Juifs, on voit au n°5 une ancienne maison avec un bel oriel à trois faces, orné d'un écusson où Ad. Seyboth a lu cette devise :

Bau nur vesl mit Gottcs Hand Im Haus Kend Elend werden Kanut;

Ce qui signifie que celui qui bâtit avec la main de Dieu, n'a aucune misère à craindre dans sa maison. Au n°2i, apparaît un grand serpent en zinc qui se glisse sur une enseigne, sorte de dragon ou animal fabuleux qui provenait d'une pharmacie du XVIe siècle. A l'entrée de la rue du Sanglier qui s'ouvre sur la rue des Hallebardes, on aperçoit un bas-relief qui représente un sanglier avec la date de 1601. Tout auprès est une ancienne maison du XVIIe siècle qui servait d'asile aux béguines. Dans la rue des Orfèvres, rue voisine, aux n°* 6 et 8 se montrent des maisons du XVIe siècle avec double encorbellement, type unique de ce genre dans la vieille ville.

La rue des Orfèvres mène au Temple-Neuf où étaient autrefois l'église et le couvent des Dominicains fondés au XIIIe siècle, et de cet endroit à la

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rue des Grandes- Arcades. On remarque là, entre autres, au n° 7 le vieil

Le Rabenhof.

immeuble de la Pomme de Pin avec un joli escalier en spirale qui date du XVIIe siècle. Au n° 57, dans l'ancienne demeure des Broger, se trouve

également un bel escalier en spirale de cette époque. Parallèlement à la rue des Grandes-Arcades, dans la rue du Vieux-Marché-aux-Grains au n° 6, on voit une façade curieusement décorée et sur le cintre d'une vieille porte un saumon qui a donné son nom à l'immeuble.

En revenant sur la place Kléber, qui se distingue sur deux de ses

Le Pilanzhof ou rue du Bain-aux-Plantes.

côtés par quelques maisons anciennes à lucarne en gradin et à auvents sculptées, où étaient autrefois des auberges célèbres comme celle du Tigre, du Paon d'or, de l'Ours blanc, on arrive à la place de l'Homme-de-Fer où se trouve au n" 2 l'écusson de Leitsperger, puis à la rue du Coin- Brûlé où l'on voit au n" 20 un curieux bas-relief qui représente un singe assis dans des roseaux et croquant une pomme. Non loin de là, rue de la Grange, n" 13, est une antique demeure avec un bel oriel à deux pans et une tête bizarre placée dans le soubassement. Au n° 9 de la rue Sainte- Hélène, parallèle à la rue de la Grange, la maison qui a une vieille

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galerie de bois a appartenu au peintre Kandel au XVIe siècle. Dans la rue qui fait suite, rue Sainte-Barbe au n° 2, on remarque un puits gothique à clocheton et une jolie porte basse du xvi° siècle; au 19, une porte gracieuse du xviii0 siècle, et au 21 de curieuses frises sculptées à la porte d'entrée.

Un peu plus bas, rue des Chandelles, au n° 7, sur le cintre de la

La Petite France.

porte d'entrée est sculpté un saumon à la date de 1693 et sur la façade se présentent de jolis motifs décoratifs. Cette rue possède de vieilles maisons très pittoresques. L'une d'elles date de l'an 1575. Dans la rue voisine du Vieux-Seigle au n° 5, se trouve une jolie fontaine Renaissance, et au n° 6, une tour ancienne très élevée. Enfin, rue de la Lanterne, on voit au n° 1 une maison à haut pignon et à gradins qui appartenait à Nicolas Closener au xive siècle.

Nous voici maintenant dans la Grand'Rue qu'on appelait autrefois Strata superior ou Obcrstrasse, et, en 1794, rue des Jacobins. Aun° 89,

on distingue une jolie maison à oriel qui fut la demeure du peintre Jean Kamm. Au n" 101 on remarque aussi un bel édifice avec un vaste oriel de deux étages et un pignon Renaissance qui fut habité par l'ammeister Reisseissen. Au 11° 138 qui formait le Poêle ou la réunion des Maréchaux (15e tribu des forgerons, serruriers, etc.) se trouve encore une cour ornée de belles galeries de bois sculpté datant du XVIIe siècle, et, au

Le Quai des Pêcheurs.

n° 126, une jolie façade Louis XV. La dernière maison de la Grand'- Rue qui fait l'angle de la rue des Grandes-Arcades était au XVe siècle la Schwarwachterhaus ou Maison du Guet, qui possédait en guise d'enseigne un homme armé pareil à celui qui est voisin de la place Kléber.

De la Grand' Rue qui aboutit au quai Turckeim, on arrive au quai de la Bruche, quartier des pêcheurs. Là au n" 4 on voit, à l'enseigne de Zum Treibelou Raisin, une figure sculptée de lansquenet; au n° 7 une tête de bœuf et au n° 11 une vieille tour en face du pont de l'Abattoir, appelé autrefois la Tour du Bourreau. En suivant le quai de la Bruche on aboutit à la rue du Bain-aux-Plantes, qui s'appelait en 1279

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Glan;hof ou Cour brillante. Ad. Seyboth établit que ce Glan^hof est devenu par corruption Pflan;Jiof, d'où « Cour des plantes ». Un établissement de bains voisin prit le nom de Pflan\bad ou « bain des plantes », d'où vint le nom curieux de la rue. Là résident, depuis des siècles, des tanneurs. « Avec leurs pans de bois, leurs encorbellements,

Le Quai Saint-Nicolas et le Drachenschloss.

leurs séchoirs et leurs triples rangs de vastes greniers, leurs maisons ont toutes conservé leur caractère antique et forment, aujourd'hui, le point de vue le plus pittoresque, le seul morceau d'ensemble rappelant le Strasbourg de jadis1. » La rue des Dentelles contient au n° 9 un hôtel seigneurial avec une superbe porte en bois sculpté, qui fut la demeure de l'ammeister Staemmler; la rue du Bouclier possède au n° 3, une maison avec élégante façade Louis XV et au n° 7 l'ancien hôtel de Rosen avec un jardin en terrasse et une riche balustrade du xvilc siècle.

'Ad. Seyboth. Strasbourg historique et pittoresque.

Un peu avant la grande écluse des fortifications, la rivière de 1*111 se partage en cinq liras dont le premier forme le canal des faux remparts et les autres le canal de Navigation et les canaux des Moulins de Spitz, de Dùntz et de Zorn. La rue du Bain-au-Plantes est en communication avec le quartier des Moulins où se trouvent des maisons pittoresques. Le moulin de Spitz ou de la Pointe, et les autres moulins avaient jadis appartenu à des couvents, à des familles nobles ou à la Ville elle-même.

Le Pont Saint-Martin.

Nous arrivons à la place Saint-Thomas. Au n° 2 de cette place se réunissaient jadis les chanoines et les seigneurs du voisinage. Au n° 3, où est installée actuellement l'Imprimerie alsacienne, se trouvait « la Cour du Jeu, ou Spilhof» au XIV° siècle. Cet immeuble devint la propriété du Chapitre de Saint-Thomas. Au n° 9, un vieux coq en pierre, aujourd'hui disparu, rappelait que cette maison était la demeure canoniale au XIVe siècle, « Zum Hanckrot, Au chant du coq. » Elle fut habitée par le célèbre chroniqueur Twinger de Kcenigshoven. A l'entrée de la rue des Serruriers et à l'angle de la place, est une vieille petite maison qui fut le siège de l'imprimerie Jean Carolus. Au n° 20 se trouve un bel édifice avec oriel à deux étages et fenêtres sculptées; au n" 25, un élégant hôtel

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du xvmc siècle, ancienne propriété des Brackenhoffer ; au n° 29 l'ancien « Poêle du miroir » où se réunissaient les marchands et qui fut une salle de concerts et de fêtes jusqu'en 1789 pour devenir alors un lieu de réunions politiques, puis après la Révolution, une nouvelle salle de concerts. Au n" 9 de la rue de l'Epine est l'ancien hôtel des chevaliers Zorn qui s'illustrèrent au xiv° et au XVe siècle.

Sur le quai Saint-Thomas qui longe l'église, au n" 3, apparaît une maison à deux oriels reliés par un joli balcon du xvii" siècle ; au n° 7,

Wl

La Douane.

l'ancien hôtel de V Esprit, où descendirent autrefois Maximilien Ier, Jean- Jacques Rousseau, Goethe, Herder et autres célèbres personnages. Dans la rue de la Douane, l'ancien Sal^hof, qui fait suite au quai, on voit au n'J 1 la maison Lauth qui remplace la vieille maisonnette Z u dem Karpcn; au n° 3 l'ancienne hôtellerie de La Brebis d'Or qui se distingue par un haut pignon Renaissance et deux oriels du xvr siècle. Au n° 13 de la rue des Tonneliers qui s'ouvre sur la rue de la Douane, la vieille maison Zur Bàrenfels a un ours sculpté sur la porte d'entrée et sur une autre porte un Bacchus assis sur un tonneau, tenant un gobelet en main. Au n° 23 de la même rue, est une des plus curieuses maisons de la ville, « Zur Dubeii ou Pigeon ». Elle porte en vedette un pigeon

aux ailes éployées et un autre au repos. Les trois étages sont ornés de fenêtres richement sculptées et de cartouches décoratifs du XVIIe siècle. Enfin au n° 30 se trouve la vieille demeure des chevaliers Stampf. A l'angle de la ruelle du Pied-de-Bœuf se dresse une haute tourelle qui domine les toits voisins. C'est là qu'était l'ancienne auberge de Rindesfiiss.

Dans la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons qui s'ouvre près du pont

L'Hôpital Civil.

du Corbeau, on remarque au n° 6 une maison du xvie siècle. Au n° 36 où Goethe habita de 1770 à 1771 et qui porte un médaillon du poète au premier étage, est une vieille bâtisse, à trois étages et à mansardes, qu'occupe actuellement un marchand de « Nouveautés »: au n° 52 une maison à oriel de trois étages supportée par trois consoles sculptées et où l'on aperçoit une figurine en haut relief qui tient un van à la main, et une autre à capuchon. Delà rue du Vieux-Marché-aux-Poissons on accède à la place Gutenberg, puis à la rue Mercière où trois vieilles maisons à l'angle (n° 10) montrent des sculptures anciennes sous les voûtes du rezde-chaussée. Au n° 3 de la rue des Fossés-des-Tailleurs se trouve une maison du XVII' siècle avec oriel de trois étages et motifs décoratifs d'un

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effet pittoresque. Derrière le lycée, dans la rue des Ecrivains, au n° 5, on voit une grande maison à nombreuses fenêtres, connue sous le nom de la Lanterne, et où' demeura le célèbre Cagliostro. Rue du Maroquin, rue pittoresque qu'habitaient les cordonniers et qui devint, détail piquant, la rue de la Vertu en 1794, une maison à oriel avec la date de 1651. Sur la place du Ferkelmarkt (marché aux cochons de lait), ancienne

L'École municipale des Filles.

place du xnLau xviT siècle, des marchands de bois {Forum lignorum ou I lolzstaden) se trouve une belle maison avec des galeries en bois et des fenêtres sculptées portant les dates de 1477, 1602 et 1613 sur la façade. La girouette est munie d'un sabot en souvenir de la visite de l'empereur Sigismond, auquel des dames de la ville offrirent en présent une paire de chausses. La légende dit que l'empereur, entraîné dans une partie joyeuse, y aurait couru les pieds nus, et que d'aimables dames, s'étant aperçues de cet incident, se seraient empressées de chausser le prince.

En traversant de nouveau le pont du Corbeau, on trouve sur le quai Saint-Nicolas, au n° 16, une porte curieuse du xvi° siècle et, au n° 22,

l'ancien hôtel des chevaliers Stubenweg avec des restes intéressants d'une construction du XVIe siècle; puis dans la rue d'Or qui s'ouvre sur ce quai et aboutit à l'Hôpital civil, aux nfS 7 et 9, de vieilles maisons

Vase de F. Kirstein (Musée Hohenlohe).

avec fenêtres sculptées, encorbellements sur colonnes de bois et hautes lucarnes. Sur le quai des Bateliers, n° 1, on découvre une maison historique des plus curieuses pour l'histoire du vieux Strasbourg. C'est l'ancienne hôtellerie du Corbeau, Zmn Raben, où descendirent le duc de Deux-Ponts, le duc de Bavière, le prince de Saxe-Lauenbourg, le duc de Lorraine, le maréchal de Turenne, le maréchal duc de Grammont et

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Frédéric le Grand. L'intérieur de cette maison est très remarquable et rappelle tous les souvenirs du XVIe siècle. L'hôtellerie devint, la Poste

Faïences de Strasbourg (Musée Hohenlohe).

aux chevaux, puis un hôtel particulier en 1854. Au numéro 11 du même quai est l'antique demeure des Kugler avec un vaste oriel à trois étages. Non loin de là, au confluent de l'Ill et du canal du Rhin s'élevait la

Tour d'Or au pied de laquelle débarquèrent les Zurichois en 1576. Près de la cathédrale, rue des Frères, se trouve un vaste enclos qui attenait à l'édifice et s'appelait le Bruderhof où les chanoines devaient vivre comme des frères. Lors de la Réforme, la discorde se mit parmi eux et les chanoines se séparèrent en deux camps. Le Bruderhof fut plus tard rendu au Grand Chapitre par le traité de Westphalie. Lors de la capitulation de Strasbourg, il fut affecté au séminaire épiscopal. En 1 795, il devint le séjour de l'École de Santé, puis des Facultés des Sciences et des Lettres, pour donner asile au grand séminaire diocésain. Rue des Pucelles n" 8, on aperçoit l'ancien hôtel Furstenberg avec un intéressant oriel, et n° 16, une vieille maison du xvi° siècle ait Coin d'Or avec un curieux pignon ; place Saint-Etienne, l'immeuble Zuni Rit 1er ancienne maison Bœcklin, avec une porte Renaissance et un superbe escalier. L'ancien hôtel du Dragon, rue du Dragon n° 1, ou Drachrnschloss, était un monument de sévère apparence, affectant la forme d'un château. Il a été malheureusement démoli en 1891 et remplacé par une école municipale. Ancien hôtel des Drachenfels, il reçut parmi ses hôtes illustres l'empereur Sigismond, Stanislas Leczinski et la princesse Marie Leczinska. En 1771, il était devenu l'hôtel du Gouvernement. L'ancienne Douane, qui datait de 1358, était également un bâtiment fort pittoresque. Il faut signaler aux alentours du pont du Corbeau, d'où l'on a sur Strasbourg une fort belle vue, d'anciennes maisons d'aspect original. Le pont du Corbeau s'appelait autrefois le Schindbrïicke, pont des Supplices, car de là on jetait à l'eau les condamnés à mort. On plongeait aussi, auprès de ce pont, à l'endroit où se dégorgeait un véritable cloaque, les vendeurs à faux poids dans une eau infecte, à la grande joie de la populace. Dans la Gross-Metzig, ou bâtiment dit de la Grande-Boucherie dont une partie fut reconstruite en 1764 et réparée en 1830 et 1831, est provisoirement installé le Musée municipal d'Art décoratif et industriel. Il a été fondé en 1877 sous le nom de Musée Hohenlohe et son directeur fut Ad. Seyboth qui dirigeait aussi le Musée des Beaux-Arts. Cet établissement déjà très important contient de nombreux objets d'arts et de curiosités, des meubles anciens, une collection superbe de serrurerie d'orfèvrerie et de céramique, des reliures, des bronzes, des étoffes de toute beauté. Un superbe vase de Jacob-Friedrich Kirstein y fait l'admiration des visiteurs. Ce musée d'art décoratif ira tôt ou tard prendre sa place au Château.

La collection des faïences de Strasbourg, dite de Ilannong, est une des plus riches de l'Europe et offre à l'amateur les plus beaux spécimens

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qu'il puisse rêver. Le créateur de cette admirable faïence sur émail cuit est Charles-François Hannong, qui fonda à Strasbourg la première fabrique de ce genre en 1721. Ses fils Paul-Antoine et Balthazar continuèrent cette industrie artistique qui avait obtenu le plus grand succès. C'est à Paul-Antoine, demeuré à Strasbourg, que l'on doit surtout les perfectionnements de cette belle faïence.

Buste en bois dans l'ancien couvent de Saint-Marc.

La finesse et la pureté de l'émail d'un blanc laiteux, les formes élégantes des diverses pièces, la vivacité de leurs couleurs, surtout le carmin et le rouge, séduisent le regard. Des bouquets de fleurs ravissantes, œillets, roses, tulipes, marguerites sont disposés avec la grâce la plus parfaite et la plus entière harmonie. Les Hannong ne produisirent pas seulement de la vaisselle de table, mais encore des pièces artistiques, telles que des bougeoirs, des statuettes, des cartels, des appliques, des consoles, des vases qui sont très recherchés. Le succès de cette fabrication émut la manufacture royale de Vincennes-Sèvres qui obtint, en 1674,

i|«. STRASBOURG

un arrêt de la Cour pour l'interdire et forcer Paul-Antoine à s'exiler dans le Palatinat. La fabrique de Strasbourg, que Joseph-Adam, le second fils de Paul-Antoine, voulut rouvrir en 1760 place des Tanneurs, dut fermer ses portes en 1780 par suite de procès et de vexations de toute nature.

L'hôpital civil, Bùrgcr Spital, qui date de 1398, a été incendié en 17 16 et reconstruit en 17 18. Avec sa chapelle apparente, ses toits à mansarde et sa vieille porte ronde, il ne forme pas un édifice banal.

Enfin, la porte dite de l'Hôpital est une des plus curieuses de la ville. Le célèbre couvent de Saint-Marc était jadis placé en dehors de la porte de l'Hôpital. Les religieuses qui l'habitaient furent obligées, après sa démolition en 1475, de s'installer sur un terrain entre la rue Kuhn et le quai Saint-Jean. A la Réforme en 1529, la ville prit possession du couvent et y installa l'Aumônerie Saint-Marc. Mais, en 1687, les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem furent autorisés à occuper cet édifice, et l'Aumônerie Saint-Marc alla s'installer dans le Blattcrhaus ou hospice des Incurables, auquel elle donna son nom. Dans l'ancien couvent de Saint- Marc se trouvaient de beaux bois sculptés et un autel gothique entouré de divers personnages. L'un d'eux, dont on conserve l'image très curieuse, est un paysan qui porte un sac de blé et dont l'artiste — on a dit sans preuves que c'était Claus Gerhart — a voulu personnifier la générosité. La physionomie est originale, et les deux mains qui s'apprêtent à dénouer le sac pour venir au secours des indigents, ont un mouvement très expressif.

M. F.-F. Leitschuh, dans son étude pittoresque sur Strasbourg, rappelle que dans une comédie de la fin du XVIe siècle, Cicéron et César, au cours d'un voyage en Allemagne, s'étonnent de voir tant de choses merveilleuses dans un pays autrefois si barbare. « Et Strasbourg leur apparaît, dit-il, comme la plus belle des villes allemandes. » C'est une idée bien germanique que d'aller ressusciter César et Cicéron pour les promener de la sorte et leur faire reconnaître la beauté de Strasbourg. Il est vrai que c'est comme ville allemande, un siècle avant qu'elle ne devînt française.

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