LA ROBERTSAU. — L'ORANGERIE. —LES PONTS DE KEHL
La nouvelle avenue, la Ruprechtsauer Allée, qui part de la place de l'Université, conduit à la promenade Lenôtre et à l'Orangerie, le plus beau parc de la ville. On vient d'en célébrer le centenaire. Cette superbe promenade avait été spécialement aménagée en vue du séjour de l'impératrice Joséphine en i S04. Les 1 1 7 orangers qui provenaient de la propriété du landgrave de Hesse à Bouxviller, avaient été cédés à la ville de Strasbourg à la condition d'en assurer l'entretien et d'en orner une promenade publique. Le préfet Shée et le maire Hermann, en 1804, choisirent une partie de la Robertsau qui avait été déjà transformée en i6q2 sur les plans de Lenôtre, pour y élever un bâtiment qui abriterait les orangers et contiendrait un appartement convenable pour l'Impératrice. Le parc de la Robertsau, qui comprend l'Orangerie, est divisé en sept avenues. Il possède de très beaux arbres qui offrent aux habitants, pendant les chaleurs de l'été, les plus délicieux ombrages. On y a construit une laiterie dans le style des vieilles maisons en bois de la ville e,t créé un lac factice. Mais cette belle promenade n'a heureusement subi que peu de transformations et a échappé, plus que le Contades, aux envahissements et aux exigences des architectes.
Les jardiniers et horticulteurs de la Robertsau ont gardé jusqu'à nos jours leurs anciens usages. Récemment encore, le jour de la Saint-Fiacre leur patron, réunis en société devant le bâtiment principal de l'Orangerie, ils allaient, précédés de leur Harmonie et de leur bannière, à l'église du village. Des fillettes et des garçons portaient des ustensiles de jardinage en miniature et des hottes garnies de légumes et de fruits. Le cortège était terminé par quatre brancards fleuris que soutenaient des jardiniers et sur lesquels étaient placés avec goût des fruits, des légumes et des gâteaux. Les rues de la Robertsau étaient ornées de fleurs, de feuillages, de produits potagers et sur diverses maisons on lisait ces inscriptions en
français : « Honneur aux jardiniers. » Après le service religieux, les brancards fleuris ont été portés, suivant la coutume, au presbytère et un banquet fraternel a terminé gaiement la fête annuelle. Heureux les cito yens qui demeurent ainsi fidèles à leurs traditions et se réjouissent ensemble dans des manifestations aussi pacifiques, aussi cordiales ! C'est ce que notre vieille Alsace pratique et respecte avec une sollicitude et une constance des plus touchantes.
La maison alsacienne dans l'Orangerie.
En tout et partout, au village comme à la ville, elle montre qu'elle a le culte persistant des bonnes et anciennes coutumes. C'est ainsi qu'elle défend et maintient, avec une gravité douce qui n'étonne que ceux qui ne la connaissent pas intimement, ses origines, ses goûts, sa civilisation, sa personnalité, son caractère et, pour mieux dire, son âme.
En allant au pont de Kehl, par la porte des Bouchers et en suivant une grande avenue, autrefois ornée d'acacias et d'ormes magnifiques, mais aujourd'hui assez maigrement plantée, on passe devant le polygone, puis devant la statue du général Desaix, tué à Marengo le n juin 1800.
LA ROBERTSAU. — L'ORANGERIE.