‹ StrasbourgChapitre 4 sur 38 · A VILLE · texte numérisé non relu

A VILLE

silence à l'assemblée. Le secrétaire de la Chambre des XV donnait alors lecture de la Constitution qui commençait ainsi :

<( Au nom de Dieu.

Amen. Nous affirmons que nous avons établi un tribunal commun pour la gloire de Dieu et pour l'utilité et l'avantage de la ville de Strasbourg, comme aussi pour régir et juger le pauvre comme le riche... » Les nouveaux Stettmeister prêtaient serment entre les mains du nouvel Ammeister et recevaient à leur tour le serment de celui-ci, puis les sénateurs, les échevins, les nobles, les bourgeois et les artisans, tête nue, juraient de rester fidèles aux institutions de la cité. Cette prestation de serment faite, le premier Stettmeister régent souhaitait du haut de l'estrade une heureuse année à ses concitoyens et, au nom de Dieu, prospérité, bonheur et longue vie.

Alors la Noblesse se retirait dans ses curies, les corporations dans leurs poêles ou salles de réunions et terminaient la

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journée par des banquets. Cette Constitution et la fidélité avec laquelle elle était obéie, enthousiasmaient Erasme qui, en 15 14. écrivait à Wimpheling : «Enfin, j'ai vu une monarchie sans tyrannie, une aristocratie sans factions, une démocratie sans tumultes, des fortunes sans luxe, de la prospérité sans ostentation. () divin Platon, que n'as-tu. eu le bonheur de rencontrer une pareille République? »

Le grand tir de 1576, à Strasbourg, fut l'un des événements les plus mémorables de la ville. Pour mettre quelque trêve aux combats acharnés des catholiques et des protestants, aux troubles et aux pillages qui désolaient alors l'Alsace, la ville de Strasbourg, qui avait gardé en ces jours affreux une heureuse neutralité, fit appel à toutes les villes et aux seigneurs alliés en les convoquant à une fête paisible, dont un grand tir international devait être la principale attraction. Outre les Alsaciens, quatre cents étrangers de la Souabe, du margraviat de Bade, de la Bavière, des pays du Rhin, du Mein et de la Suisse répondirent avec empressement à cette invitation. M. Rodolphe Reuss a donné sur le grand tir strasbourgcois de 7576 les plus exactes indications, et c'est en grande partie à son étude que nous nous référons ici.

Le stettmeister Etienne Sturm avait engagé amicalement et gracieusement tous les Electeurs, princes et comtes du Saint-Empire, toutes les villes libres, tous les confédérés suisses, toutes les corporations d'archers et d'arquebusiers à venir assister à une double fête de tir à l'arbalète et à l'arquebuse. Le premier tir devait s'ouvrir le 28 mai 1576, le second le 10 juin. Des lots et des prix nombreux formaient l'attrait de ces tirs. Dès le mois d'avril, Berne, Zurich, Uri, Schwitz, Unterwalden, Claris. Zug, Eribourg et Lucerne avaient accepté de venir, ainsi que les comtes palatins des Deux-Ponts et du Rhin. Le champ de tir se trouvait au parc qui prit au xviii" siècle le nom de Contades. Les Zurichois qui s'étaient signalés au grand tir de 1456, se distinguèrent cette fois encore par leur merveilleuse adresse. Pour célébrer leur victoire, et en même temps pour honorer la ville de Strasbourg, quarante-huit bourgeois de Zurich, ayant pour chef l'obmann Caspar Thomann, décidèrent d'aller rejoindre leurs compatriotes au grand tir en naviguant sur la Limmat, l'Aar et le Rhin. On mettait habituellement trois jours pour ce voyage. Les Zurichois jurèrent de le faire en un jour. « Des provisions de toutes sortes, dit M. Reuss, encombrent le navire. Trois cents craquelins et une immense marmite de millet chaud cuit au lait, et posée sur un tonneau rempli de sable chauffé à une haute atmosphère, sont embarqués. Le 20 juin, dès deux heures du matin, les hardis nautonniers lèvent

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l'ancre et donnent le signal du départ. Des bras vigoureux pressent la rame et le bateau s'enfuit à toute vitesse en faisant tressaillir les ondes paisibles et étonnées de la Limmat. » Au lever du soleil, l'Aar était déjà franchi et l'on arrivait au Rhin. A dix heures, on passait sous le pont de Bàle; à sept heures du soir, on entrait à Strasbourg et à neuf heures, on débarquait devant le Poêle des bateliers à l'enseigne de l'Ancre, devant une foule enthousiaste. Aux compliments du Sénat, Caspar Thomann répondit « qu'en apportant du millet encore chaud de Zurich à Strasbourg en dix-sept heures, les Suisses voulaient prouver à leurs amis combien ils seraient prêts à voler à leur secours, si le danger l'exigeait. » Un cortège triomphal se mit en marche pour se rendre au Poêle des Maçons, devenu plus tard la préfecture. Un banquet splendide offert par les Ammeister et les Stettmeister attendait les

braves Zurichois. Le plat d'honneur fut le grand chaudron de millet, le mets national suisse. Il était encore tout brûlant et chacun s'empressa d'y goûter. « Ce repas joyeux, dit un contemporain, le vieux poète Fischart, se prolongea fort avant dans la nuit, puis à la lueur des torches, on reconduisit la députation à Y Hôtel du Petit- Cerf, près de la cathédrale. Kn lisant le journal de leur voyage, en voyant les honneurs que Strasbourg leur rendit, les repas et les collations qui leur furent offerts, on peut dire : « Je laisse à penser la vie que firent ces bons amis. » En souvenir de cette belle journée, on distribua aux Zurichois des médailles en argent, un écu d'or aux armes de la ville, et des fanions de soie aux couleurs de Strasbourg. Avant leur départ, les Zurichois remirent à l'ammeister Wicker, avec la marmite de millet, un parchemin renfermant la liste des voyageurs. Une pierre scellée dans le mur à la porte d'entrée des Bains de Spire, rue du Vieux-Marché-aux-Vins, portait une inscription relatant que cette maison avait été construite lorsque les Suisses vinrent à Strasbourg avec le millet chaud.

Le serment fait en 1576 par Caspar Thomann : « Si jamais, — ce qu'à Dieu ne plaise, — Strasbourg devait être dans la détresse, elle a des amis qui viendront à son secours avant qu'un plat de mil ait eu le temps de refroidir », ce serment a été tenu religieusement le 23 septembre 1870. Ce jour-là, trois vaillants délégués suisses, le Dr Bœhmer, le Dr Bischoft et le colonel Buren vinrent au secours de Strasbourg bombardé. « Comment s'écrie M. Reuss, ne pas rappeler avec une émotion profonde ce moment solennel de notre histoire où des descendants des alliés de 1576 sont venus, au moment de nos épreuves et de nos angoisses, verser un premier rayon de lumière dans nos cœurs ulcérés par de longues souffrances? Ils nous apportaient la première parole de consolation qu'il nous fût donné d'entendre au milieu du cliquetis des armes et des rugissements des canons. Ils venaient arracher nos vieillards, nos femmes et nos enfants à la mort cruelle, qui déjà tout autour de nous avait massacré tant d'innocentes victimes. Ils ont ainsi acquitté noblement la dette de reconnaissance contractée par leurs pères envers Strasbourg hospitalier, et la reconnaissance de Strasbourg se transmettra, j'en suis sûr, de la génération présente aux générations à venir, aussi longtemps que les dates de 1576 et de 1870 éveilleront encore un écho dans les cœurs. » Les délégués suisses avaient informé le général Uhrich que la Confédération helvétique offrait l'hospitalité aux femmes, aux enfants et aux vieillards, qui désireraient émigrer, en leur donnant les sauf-conduits qu'ils avaient obtenus de l'autorité allemande.

HISTOIRE DE LA VII.l.K

Ils visitèrent les ruines fumantes du Temple-Neuf, de la Bibliothèque, du Gymnase, de la rue de Dôme, de la place Broglie et consentirent à prendre un modeste repas, rue Brûlée, avant de repartir avec leur précieux dépôt. Ils purent voir, non sans larmes, la porte de la maison couverte de fleurs et cette inscription : « Vivent les Suisses! * qui avait été tracée à la hâte. L'éminent et regretté sculpteur Bartholdi a retracé ce touchant épisode de la remise des femmes et des enfants aux Suisses et celui de la bouillie chaude de 1576 dans les bas-reliefs de l'admirable monument qui se trouve à Bàle devant la gare et qui représente la

La Suisse secourant Strasbourg pendant le siège de 1870. (Bas-relief de Bartholdi.)1

Suisse venant au secours de la France. Le 22 novembre 1870, le président de la Société des Arquebusiers de Zurich, M. Wegmann-Escher tint à écrire au maire de Strasbourg : « Si nos ancêtres se sont prêté un accord mutuel quand il s'agissait de défendre des intérêts ou de célébrer des fêtes, ces traditions obligent leurs successeurs à la même sympathie, à la même fidélité quand le bras du destin s'est appesanti sur la patrie d'anciens amis. Notre Société vous prie donc d'accepter la modique somme ci-jointe de mille francs pour en faire usage à votre volonté. Nous y joignons le parchemin récemment fait, reproduisant le départ de la bouillie de mil pour Strasbourg dans une brochure publiée sur ce sujet en 1792, en vous priant d'accorder à ces feuilles une place dans la bibliothèque qui doit être fondée. A ce témoignage de notre affection nous ajoutons la médaille d'argent de notre Société et un

1 Cliché du Mois Littéraire et Pittoresque.

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cahier de souvenirs historiques. Puisse votre vieille et glorieuse cité se soustraire bientôt au sort cruel dont elle a été frappée par les calculs erronés des hommes ; mais quelle que soit sa condition future, son histoire nous fournit l'espoir consolant que l'énergie et la sagesse de ses habitants la maintiendront toujours grande et digne de son passé. » Une fontaine publique élevée au point même du débarquement des Suisses en 1576, au confluent de l'Ill et du canal du Rhin, conserve la mémoire d'un fait impérissable. Il est tellement beau que j'ai cru devoir lui consacrer une place spéciale en ces temps d'indifférence où l'on oublie trop les grandeurs du passé.

C'est à la politique de Richelieu que la France dut la conquête de l'Alsace. En effet, du jour où le grand cardinal, s'emparant habilement de la succession du duc Bernard de Weimar, prit Brisach en 1639, on put considérer l'Alsace comme une province française. Les victoires des Suédois et des Français amenèrent la paix de Westphalie, signée à Munster le 24 octobre 1648. L'Empereur et l'Empire cèdent alors à la France Brisach, Haguenau, Colmar, Schlestadt, Wissembourg, Landau, Obernai, Kaysersberg, Turckheim et les deux landgraviats de la Haute et de la Basse Alsace. De 1648 à 1672, la paix permet à Louis XIV de consolider ses droits sur les provinces nouvellement acquises. La guerre contre les Pays-Bas en 1672 amène Turenne en Alsace et Condé en Lorraine pour s'opposer aux troupes allemandes, alliées des Hollandais. Le succès de nos armées détermine en 167g la paix de Nimègue qui sanctionne celle de Munster. L'Europe ne doutait pas, après ces succès décisifs, que tôt ou tard la ville de Strasbourg, restée libre, ne fît partie du territoire français. Cette ville aurait, dans son intérêt personnel, dû garder la neutralité ; mais elle pencha notoirement du côté de l'Allemagne, favorisa ses projets contre Turenne et Créqui, tout en protestant de son dévouement à la monarchie française. Au mois de juin 1681, le baron de Merci, envoyé impérial, vint à Strasbourg pour s'assurer de la coopération de la cité. Louvois mis au courant de cette intervention, en prit prétexte pour hâter l'arrivée de nombreux détachements en Alsace qui, au premier signal pouvaient investir Strasbourg. Peu à peu ces troupes formèrent trente-huit bataillons et quatre-vingt-deux escadrons. D'autre part, Louvois s'aboucha avec le secrétaire d'Etat Gùnzer et le jurisconsulte Obrecht à Strasbourg. On pressentit le Sénat de la ville et on lui fit comprendre et admettre que les traités de Munster et de Nimègue avaient reconnu la cession de Strasbourg à la France.

Quinze jours avant la capitulation, M. de Chamilly reçoit l'ordre de partir pour Bâle, de s'installer sur le pont du Rhin, dès le lendemain de son arrivée à deux heures de l'après-midi, avec un cahier de papier, une plume, une écritoire, et de noter très exactement ce qui se passera sous ses yeux pendant deux heures. A quatre heures précises, il devait montrer à cheval, courir jour et nuit, et apporter au ministre de la Guerre son cahier d'informations. M. de Chamilly obéit à la lettre, partit pour Bâle, arriva au jour fixé et s'installa aussitôt à son poste. A trois heures, il vit un homme en veste et en culotte jaunes s'arrêter au milieu du pont, reculer d'un pas et, avec un gros bâton, frapper trois coups distincts sur la banquette. A quatre heures, M. de Chamilly monta à cheval et vint dire, sans perdre un instant, à M. de Louvois ce qu'il avait vu. Lorsque le ministre sut l'incident de l'homme qui avait frappé les trois coups, il se rendit immédiatement chez le Roi, et un quart d'heure après expédia en toute hâte quatre courriers en Alsace. Il est évident que les trois coups frappés sur la banquette du pont était le signal convenu entre Louvois et le Magistrat de Strasbourg.

Ce n'est pas tout. Voici une autre scène mystérieuse, inventée par l'habile ministre et rapportée en ces termes par M. Camille Rousset (Histoire de Louvois, t. I"). « Le 10 septembre 1681, deux cavaliers s'arrêtent à la porte d'un cabaret obscur de Franche-Comté. Bientôt après, deux autres cavaliers arrivent. Les uns et les autres portent à leurs chapeaux des rubans bleus et jaunes. C'est un signal. Ils se rapprochent. Ils murmurent quelques mots. Une certaine cassette est échangée contre un certain billet. Après les inconnus se séparent, remontent à chevalet disparaissent. Qu'est cela? Ce sont les dernières instructions de M. le marquis de Louvois pour M. l'intendant d'Alsace, et les gens du premier, venus de Fontainebleau, les ont transmises aux gens du second, venus de Brisach ou de Belfort. »

Que se passe-t-il ensuite? Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1681, vers deux heures, trois régiments de dragons français, commandés par le baron d'Asfeld, se rapprochent brusquement de Strasbourg et investissent la redoute la plus voisine du Rhin. On paraît alarmé à Strasbourg; on sonne le tocsin. Les magistrats viennent trouver le baron d'Asfeld qui les renvoie au baron de Montclar. Celui-ci leur dit sans détours qu'il s'agit pour la ville de se soumettre tranquillement au roi de France ou d'être réduite par la force. Il promet à Strasbourg la conservation de ses droits et privilèges, et annonce la très prochaine arrivée de M. de Louvois. Les députés délibèrent, et après de vaines invocations au droit des

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gens et au droit germanique, reconnaissent que la ville est trop faible pour résister aux Français. Ils acceptentleurs conditions. Louvois arrivé à Illkirch, apprend la soumission des députés et leur permet de dresser eux-mêmes les termes de la capitulation. Le 30 septembre, l'acte est signé dans le plus grand calme.

La ville de Strasbourg reconnaît Sa Majesté très Chrétienne pour son souverain seigneur et protecteur, et le Roi reçoit la ville et toutes ses dépendances en sa royale protection. Il confirme tous les anciens privilèges, droits, statuts et coutumes de la ville, lui accorde le libre exercice de la religion, à la condition que l'église Notre-Dame, appelée actuellement le Dôme, sera rendue aux catholiques. Il laisse le Magistrat dans le présent état, avec tous ses droits et libre d'élection de leur collège, l'Université avec tous ses docteurs, professeurs et étudiants, le Collège, les tribus et maîtrises tels qu'ils se trouvent avec la juridiction civile et criminelle. Il concède également à la ville le maintien de ses revenus, droits et péages; à la bourgeoisie l'exemption des contributions, et à tous amnistie du passé. Les signataires de la capitulation sont : MM. de Louvois, J. de Montclar. J.-G. de Sedlitz, écuyer et prêteur, D. de Dietrich, J.-L. Fraereisen, J.-P. Schmid, D. Richshoffer, J. Sten, J.-J. Frantz, C. Gùnzer. A quatre heures de l'après-midi, le jour même, les troupes du Roi pénétraient à Strasbourg entre deux haies de curieux. Louvois en informe Louis XIV et lui dit que, lorsque Vauban aura fait la citadelle du côté du Brisgau, « il n'y a point de puissance en Europe qui soit en état d'ôter de force ce poste-ci à Votre Majesté ».

L'émotion est très vive en Allemagne, à la nouvelle que les Français ont pris la ville sans coup férir. « Tout le monde dit que c'est une roue du chariot sur lequel on doit entrer dans l'Empire et que la porte de l'Alsace est fermée maintenant. »

Le 24 octobre, Louis XIV entre solennellement à Strasbourg avec la Reine, les Princes et les Princesses, la Cour et la Maison militaire; ce sont trois jours de fête et de réjouissances merveilleuses. Le culte catholique est restauré dans l'antique cathédrale; un Te.Detim célèbre la gloire du Roi. Parmi les médailles qui furent frappées en commémoration de cet événement, j'en relève une qui portait cette mention significative : Clausa Germants Gallia. Moins de deux cents ans après, la Gaule était de nouveau rouverte aux Germains.

Dès le XIVe "siècle, la renommée de Strasbourg était grande. On l'appelait « la cité merveilleuse ». Piccolomini, le futur Pie II, la com-

parait à Venise et en disait avec éloge : « Ses eaux courantes sont bien plus agréables et plus saines que les lagunes salées et infectes. Cette ville a des maisons bourgeoises et des presbytères où des princes pourraient habiter. » Les empereurs, les rois, les poètes, les artistes, les historiens, les savants se font une joie et un honneur de visiter ses palais et ses édifices. A peine sa cathédrale est-elle terminée qu'elle devient l'objet d'une admiration universelle.

En 1572, Schoepflin écrivait : « Strasbourg, situé près du Rhin dans la plaine féconde et charmante de la Basse Alsace, baignée par les eaux réunies de l'Ill et de la Bruche, offre par sa grandeur, ses remparts et sa tour sublime, le spectacle d'une ville royale, reine des cités. » Cet éloge n'a rien d'exagéré. Dans l'histoire des villes libres, Strasbourg, par la beauté de ses édifices et par la grandeur et la diversité des événements qui se sont produits dans ses murs, a fixé l'attention universelle.

Passant successivement au pouvoir des Celtes, des Romains, des Alémans, des Francs, des Germains, des Français, que de transformations cette ville n'a-t-elle pas connues ? Soumise à la rude autorité des seigneurs et des évêques, elle a conquis peu à peu ses franchises municipaleset, malgré la domination des rois et des empereurs, elle a gardé une indépendance d'allure et de pensée dont elle est encore jalouse aujourd'hui. Sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, la Maison de Saxe et la Maison de Franconie, les Hohenstauffen et les Habsbourg, la Maison d'Autriche, Charles-Quint et ses successeurs, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, sous la Révolution, le Consulat, le Premier Empire, la Restauration, le Gouvernement de Juillet et le Second Empire, elle a toujours manitesté son humeur batailleuse et libérale. Ses ducs, ses évêques, ses princes, ses architectes, ses peintres, ses sculpteurs, ses poètes, ses historiens, ses savants et ses généraux sont connus partout et leurs noms font la gloire de l'Alsace. C'est à Strasbourg que Rouget de Lisle a composé l'hymne célèbre qui devait tant de fois conduire à la victoire nos héroïques armées. On sait comment ce chant guerrier est devenu la Marseillaise, alors que son vrai nom était Chant de Gîierre pour l'Armée du Rhin, Un volontaire de Montpellier, qui l'avait appris par hasard et qui en ignorait le titre, le chanta le 25 juin 1792 à Marseille, dans un banquet civique, et enthousiasma à tel point son auditoire que ceux qui l'avaient applaudi voulurent l'apprendre aussitôt. Il devint bientôt si populaire qu'un décret du 28 messidor an III le reconnut comme chant national sous le nouveau nom de la Marseillaise.

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