CHAPITRE II
ENTRÉE A STRASBOURG. - DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE- LE-VIEUX A L'ÉGLISE SAINT-THOMAS
Le voyageur qui vient de France descend à Strasbourg par la nouvelle gare centrale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine, située à l'ouest de la ville agrandie. On aperçoit dans le vestibule deux fresques qui se font vis-à-vis. Dans la première, l'empereur Frédéric Barberousse reçoit les hommages de ses feudataires à Ilaguenau : lin altcn Re/ch. Dans la seconde, Guillaume I" reçoit le vin d'honneur que lui versent deux Alsaciennes en présence de notables et de paysans : lin ncucn Rcich. Remarquez que c'est la peinture officielle qui dit cela.
Devant la gare deux mâts de cocagne en bronze portent l'écusson impérial. Une sorte de square orné de lampadaires énormes, est le rendez-vous des tramways et des droschkcn. C'est le seul endroit ou l'on sente vraiment un peu dévie- Partout ailleurs, et malgré la présence de nombreux soldats — six régiments d'infanterie, deux régiments de cavalerie, quatre régiments d'artillerie, un bataillon du train et un bataillon du génie, — la ville est plutôt accablée de je ne sais quel pesant ennui. A peine arrivé dans les rues, on est frappé par les noms allemands qui ont succédé aux noms français : Lange Strassc, Partsef Staden, Broglie Plat$, Mùnstergasse, An den Gcwcrbslaubcn, etc., et par la multiplicité des enseignes allemandes qui, placées sur le haut des magasins ou en vedette, crèvent pour ainsi dire les yeux des passants. Cependant, on finit par découvrir çà et là quelques vieilles enseignes françaises, qui ont échappé à la vigilance inquiète de la police. Les magasins allemands sont d'une installation criarde, sans art et sans goût. Le prix des objets y est marqué en caractères énormes. Les choses les plus diverses voisinent sans façon et forment un pêle-mêle bizarre. Des tramways à trolley desservent les rues principales et de leurs grandes perches disgracieuses soulignent la façade des maisons et des
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édifices publics. Mais laissons de côté ces détails communs à toutes les villes allemandes et venons-en à ce qui nous intéresse, c'est-à-dire aux monuments artistiques de Strasbourg et aux souvenirs historiques de son passé.
La première église qui s'offre au visiteur, en entrant dans la ville, après le pont qui aboutit au quai Desaix, est l'église de Saint-Pierre-le-
Ëglise Saint-Pierre-le-Viçux.
Vieux située dans la rue du Jeu-des-Enfants. C'est le plus ancien édifice religieux de Strasbourg, fondé, dit-on, en l'an 60 ou 64 après Jésus- Christ, par saint Materne. En l'an 1398, les membres du Chapitre de Saint-Michel-de-Rhinau vinrent se réunir au clergé de cette église. Elle fut la première de Strasbourg à accepter les doctrines de la Réforme et Pierre-Philippi, un des disciples de Luther, y prêcha en 1520. Il eut pour successeur Thiébaut Schwartz, homme exalté et farouche, qui fit détruire les oeuvres d'art de Saint-Pierre-le-Vieux. L'église resta aux catholiques
•de 1549 à 1559, puis retourna aux protestants jusqu'à la capitulation de 1681. Elle fut alors rendue aux catholiques, mais le chœur fut séparé de la nef par un mur et cédé à l'ancien culte. Sous la Révolution, elle servit de magasin, puis après la tourmente jacobine, revint au culte catholique. La nef actuelle a été reconstruite en 1428. Le chœur a été achevé'
Évasion et crucifiement de saint Pierre, par Wagner.
en 1458 et le clocher exhaussé avec galerie en 1592. Les colonnes gothiques de la nef ont malheureusement subi une peinture ou plutôt un enduit peu artistique. Derrière l'autel se trouvent des tableaux de l'école de Martin Schongauer qui ont été l'objet d'une restauration très minutieuse. Ils représentent des scènes de la Passion, comme YEcce Homo, la Sainte Face, le Crucifiement et la Résurrection. On admire à l'entrée de la nef quatre bas-reliefs en bois de tilleul, sculptés en 1500