DIEU SOIT LOUÉ
air : Allez-vous-en, gens de la noce.
En carnaval, il faut le dire, Avec leurs bons mots outrageans, Quelques badauds, qui veulent rire, Font damner les honnêtes gens.
Le mercredi qui les enterre.
Grâce au ciel, a sonné son glas;
Rire aux éclats,
Et masques plats Vont nous laisser la paix, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
Faces de loups, de chiens, de singe», Vont retourner chez les fripiers, Fracs troués, tricornes, vieux linges.
Vont aller moisir au grenier.
Les épaules de la misère Dépouilleront l'or, le damas.
Titis, goujats.
Et masques plats Vont reprendre l'aune, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
Nous ne verrons plus, la voix haute, Et sous leur costume menteur, François Guizot en patriote, Cunin-Gridaine en orateur, Martin en magistrat austère.
Et Liadière en fier à bras.
De sots débats,
De masques plats, Paris est délivré, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
Au bal du prince héréditaire, On a vu sous l'or et les fleurs, Les parens de certain notaire Qui vient d'éprouver des malheurs.
Sur la honte de leur saint frère, Gaîment ils prenaient leurs ébats.
Gens au cœur bas,
Et masques plats Ne reparaîtront plus, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
Guizot prétend, ne vous déplaise, Que Pasquier peut avec succès Juger !a grammaire française..
11 juge si bien les français!
Chicard eût aussi pu, naguère, Prétendre au fauteuil ; pourquoi pas?
Vains candidats
Et masques plats.
Aujourd'hui sont coulés, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
l'.nis, à travers son lapage, V vu. le trait est violent, Des journaux dont toute une page Se trouvait déguisée en blanc (1).
Des tribunaux la voix sévère Va se prononcer sur ce cas.
De sots tracas,
De masques plats, Nous serons délivrés, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
Des droits des noirs et de l'Europe, Jobn-Bull se dit grand partisan ; Mais son babil de philanlhrope Laisse voir l'ongle du forban ; Ses vaisseaux sur chaque hémisphère, Toujours ne rapineront pas.
Anglais, Judas,
Et masques plats Se verront bafoués, j'espère, Nous avons passé les jours gras.
•20 février I8VI.
(1 ) Plusieurs imprimeurs avaient été condamnés comme responsables, ainsi que les gérans; celle jurisprudence absurde avait poussé quelques-uns d'entre eux à refuser l'impression de certains articles que l'on n'avait pas eu le temps de remplacer.
lACHâUT sa -:suts
-I I! r ES CONTRIBUABLES I
Ain : S'il en reste une goulle encore.
Tbiers, après avoir compromis, Et notre crédit et la Charte, Nous condamne à payer la carte.
A l'œuvre donc, tous mes commis !
Le pays n'a pas le pléthore, On le saigne trop pour cela ; Mais le sang, d'après Orfila, Chaque jour au cœur s'élabore,
Oui, s'élabore.
S'il en reste une goutte encore, ) . • Mes amis, épuisons-la. (
Imposer le riche esl cruel, Mais il faut parer au désastre :
Soyez de fer pour le cadastre Comme pour l'impôt personnel.
Que le rentier menace, implore; Taxez son château, sa villa; Maint vieux mur se rencontrera, Ruine que le temps dévore,
Le temps dévore; Si quelque oiseau l'habite encore, W- Aies amis, imposons-la.
i Au sujel du i.i rmii \ i cci ns ni de 1841
Le moellon, la terre et la chair, Taxons tout sans miséricorde ; De la lucarne qu'on accorde Le pauvre diable payera l'air.
Pour le fiic, ce grand Minotaure, Bien dos sueurs coulent déjà ; Mais qu'importe, le peuple en a Une source dans chaque pore,
Dans chaque pore.
Allons! tant qu'il en reste encore, K.
Mes amis, exprimons-la i
Bien des pauvres dans leur grenier, Gisent à jeun sous des guenilles ; Mais nous leur donnons des bastilles, 11 faut qu'ils puissent les payer.
La pitié n'est qu'un mot sonore :
S'il le faut, l'ouvrier vendra Linge, meubles, et cœtera ; C'est un malheur que je déplore,
Que je déplore, S'il lui reste une nippe encore, ) . Mes amis, saisissons-la j
Soyez fermes et résolus.
Courez sus au contribuable !
De la matière corvéable, Sachez exprimer tout le jus. Sur maint talent que l'on ignore, La faveur du pouvoir pleuvra, Lorsque sous ses mains on verra De toutes parts l'argent éclore.
L'argent éclore.
Allons ! la France est riche encore, / . ■ Mes amis, ruinons-la! )
22 juin mi