‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 14 sur 56 · LA LOGIQUE DES HOMMES ET DES FAITS · texte numérisé non relu

LA LOGIQUE DES HOMMES ET DES FAITS

air de Madame Grégoire.

D'un barde allemand (1) Je vais suivre aujourd'hui l'exemple ;

Cet auteur charmant, Qu'avec orgueil le Nord contemple, Un jour, en priant Dieu, Les regards tout en feu, Sentant son âme en pleine extase, S'élança d'un bond sur Pégase Et fit... sans façon Une plate chanson.

Thiers, qu'on dit partout Un Hercule, un foudre de guerre.

Reçut un atout De ses bons amis d'Angleterre ; La rage, à cet affront, Lui dévorant le front, 11 mit en mer, sans rien entendre, Tous nos vaisseaux afin d'apprendre...

Si le Grand Sultan Se trouvait bien portant.

De braves soldats Depuis cinq ans à toute outrance,

Dans mille combats, Soutenaient l'honneur de la France ; Ils revinrent un jour; Pour fêter leur retour,

i Bcckci . i auteur de la chanson : Le l>im< allemand

D'Aumale, la perle des princes,..

Daigna traverser nos provinces D'un air triomphal Sur un fort beau cheval.

Un crime est tenté Sur ce rejeton de la race

L'auteur, arrêté.

Confesse tout de bonne grâce ; Mais un coupable fait, Tout seul, si peu d'eiïét !

Or, Pasquier, qui n'est pas novice.

Ayant à trouver un complice, Empoigne soudain...

Dupoty l'écrivain.

En certain séjour, Où l'on se vole comme en foire,

Un Boulloche, un jour, Vint fureter en robe noire ; En découvrant l'argot, Les mœurs de ce f ri pot, La colère le rendit rouge, Et sortant furieux du bouge, Le juge se mit...

Tranquillement au lit.

En vain à genoux De Peel nous baisons la férule,

John-Bull rit de nous, Et nous provoque sans scrupule.

Le péril est pressant; Tout le pays le sent; Or, pour tenir tête à l'orage, Le pouvoir, va, dans son courage, Le fait est certain...

Désarmer dès demain.

23 oc lui ne ISil

\\ HUME DÉliOlTË DES LETTRES,

air du Cure de Poriiponne.

Un digne maçon, qui parfois

Avait le tort d'écrire, S'écriait : des maux, je le vois,

Le talenl est le pire.

Jetons vers, prose, et cœlera.

En bloc, par les fenêtres!

On m'y rattrapera,

La rira, A cultiver les lettres!

Autrefois, tout ce qu'enfantait,

Même une plume vile, Style anglais, ou russe, enchantait

Et la cour et la ville.

Maintenant la haine osera Cribler les plus grands maîtres !

On m'y rattrapera,

La rira, A cultiver les lettres!

S'il arrive, un jour, par hasard.

Qu'une main déloyale

Vienne offrir à notre regard De la prose royale,

i '.h Bujel de la rameuse affaire des lettres.

Chacun aussitôt s'écrira •

Fi ! quels sentime-ns piètres !

On m'y rattrapera.

La rira, A cultiver les lettres !

Que tout le peuple tricoteur

A ces mots se rebiffe Et jure, pour sauver l'auteur,

Que l'œuvre est apogrypbc :

Le jury plus fin, répondra :

Connu ! connu ! mes maîtres '.

On m'y rattrapera,

La rira, A cultiver les lettres !

De sorte qu'en ce triste temps, Pour quelques solécismes, Quelques termes compromettant

Et quelques anglicismes, A d'honnêtes gens on pourra Donner le nom de traîtres !

On m'y rattrapera,

La rira, A cultiver les lettres!

C'est ainsi que le bon bourgeois

Exprimait son déboire ; Sa famille lui dit : tu vois

A quoi mène la gloire !

Si Dieu veut que de ce pas-'à Au moins tu te dépêtre-, On nous rattrapera,

La rira, A cultiver les lettres !

un: Allez-vous-en, gens de la noce.

Tu disais, immortel génie,

En voyant ton culte grandir :

« L'ère des sots est donc finie?

Toute gloire va resplendir!

Ma mémoire échappe aux bourrasques

Que sur elle on amoncela »

— Poète, holà !

La haine est là :

Ta main déchirait tous les masques!....

Chez nous on n'admet pas cela.

Déjà la grande ville en fête, Te rêvant un royal accueil, Venait, ses magistrats en tête, Te saluer avec orgueil.

Plus d'envieux, d'obscure ligue, Tout bas sentiment se taira

— Poète, holà!

La haine est là :

Ton nom épouvantait l'intrigue!

Chez nous on n'admet pas cela.

(tj Le bruit courait que l'inauguration du monument île Molière aurait lieu pans les autorités.

Artiste au cœur plein de satire, Comique à l'esprit attristé, Jamais ta gaîté n'a l'ait rire Aux dépens de la probité.

Tu disais : a Pour mon dur office lia France un jour m'accueillera

— Poète, holà !

La haine est là :

Tu fus sans pitié pour le vice!...

Chez nous on n'admet pas cela.

Des pédans, fléau de la terre, Des sols au fier entêtement.

Lorsque ta verve faisait taire L'insipide bourdonnement, Tu crus tuer, rimeur crédule, Tout travers que ta voix siffla.

— Poète, holà !

La haine est là :

Frapper au cœur le ridicule!...

Chez nous on n'admet pas cela.

Aux Jourdains, incurable race, Tu crus avoir prouvé cent fois Que la savonnette décrasse Le corps, non l'esprit des bourgeois ; Tu disais : « De leur soif de titres Ma satire les guérira »

— Poète, holà I

La haine est là :

Bafouer l'orgueil des bélitresl...

Chez nous on n'admet pas cela.

Tu fis bonne guerre à ces drôles Dont le sot esprit bien soldé Sait se plier à tous les rôles, Et parade en habit brodé.

Tu disais : « Enfin la séquelle Des flagorneurs est à quia.... »

— Poète, holà !

La haine est là :

Berner la muse officielle !....

Chez nous on n'admet pas cela.

Un jour, justicier suprême, Pour couronner tes grands travaux, Tu voulus venger Dieu lui-même En chàliant les faux dévots.

Tu crus que parmi tes mérites Chacun vanterait celui-là...

— Poète, holà !

La haine est là :

Tirer l'oreille aux hypocrites!...

Chez nous on n'admet pas cela.

Des financiers, à tète épaisse, Comme tu cravachais l'orgueil 1 Ton vers faisait fondre la graisse De ces cuistres sur leur fauteuil.

Foin du traitant qui nous pressure, Et traite l'esprit en pacha t.. .

—Poète, holà !

La haine est là :

Outrager les rois de l'usure t.. .

Chez nous on n'admet pas cela.

Tu comptais, joyeuse espérance, loi qui d'obscur te fis si grand.

Voir Paris, au nom de la France, T'oflrir son hommage enivrant ; Puis ton ombre en un doux colloque Bénir le peuple qu'elle aima...

— Poète, holà !

La haine est là :

l'on livre est l'etfroi de l'époque !. .. Chez nous on n'admet pas cela.

31 décembre 1843

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H. I.I1Z0T IIEMAMIE L\ RÈFORM.

un de la Camille de l'apothicaire.

La France peut s'attendre à tout, Si certain bruit se réalise :

L'esprit, le bon sens vont partout Traquer la baine et la sottise ; Il n'est fait Paùi si niais, Réclame, canard, puff énorme, Qui doive étonner désormais...

Guizot demande la réforme.

Vive Dieu ! nous allons enfin

Rabattre l'insolence anglaise.

Le bon peuple, qui meurt de faim,

Comme un rentier va vivre à l'aise.

Les abus seront extirpés;

Tous les vols, n'importe leur forme,

Sans pitié se verront frappés...

Guizot demande la réforme.

Nos dignes députés prendront L'honneur, la loyauté pour règles ; Les aides-de-camp brilleront; Les avocats seront des aigles.

i Le bruit s'élail répandu que M Guizol appuyail i réforme électorale

Sous mille discours harassans 11 ne faut plus que l'on s'endorme ; Toute harangue aura du sens...

Guizot demande la réforme.

Bugeaud, d'un air calme et poli, Filera des phrases gentilles ; Sauzet aura du patchouli; Et Thiers maudira les bastilles.

Roui obtiendra de beaux succès; Tel toupet sera moins difforme.

Enfin Soult parlera français...

Guizot demaude la réforme.

11 faudra livrer aux lecteurs Plus de talent et moins de tomes; On sevrera beaucoup d'auteurs De leur qualité de grands hommes.

Le claqueur est partout proscrit, Et le goût public se transforme; Vatout même aura de l'esprit. .

Guizot demande la réforme.

Bref! on verra la nation Reprendre son rang sur la terre.

L'an prochain, le prix Monthyon Sera gagné par un notaire.

Si l'étranger d'un œil jaloux De ce grand changement s'informe, Rien de plus simple, dirons-nous :

Guizot demande la réforme.

23 novembre 1842.

sa Svî>\*/ 2*3 ^"ditïaaa^^Q

C'est cet homme adossé là contre la muraille ; Cet homme à l'œil qui pleure, à la lèvre qui raille. Soldat du Mont-Thabor, de Wagram et d'Eylau, Sous ses habits troués, orgueilleux il se drape, Lorsque, passant dans l'air, un bruit guerrier le frappe: C'est le pauvre insensé, le fou de Waterloo.

Regardez! un éclair jaillit de son œil terne :

Un roulement lointain pari de quelque caserne;

L'oreille du soldat répond au bruit connu.

Sa main presse son front où brûle la démence;

Puis soudain : a En avant! dit-il, le feu commence...

« En avant! car voilà l'Empereur revenu! »

El le pauvre insensé, pour arme, sur sa hanche, A l'aide d'un lien ajustant une branche, Dresse son front, ainsi qu'au jour des grands ccmbats ; Dans un coin de papier son hausse-col se taille, Puis à ses compagnons, rangés tous en bataille, Il passe la revue et parle ainsi tout bas :

i Ce Taitosi historique : le malheureux héros de celle histoire doit être encore dans un hôpital de fous du déparlemenl du Pas de-Calais. C'esl le frère d'un de nos publicistes distingués.

«C'est lui! c'est l'Empereur! 11 a trompé ses maîtres; U revient triomphant, et va punir les traîtres. Le voyez-vous? sa main presse lo vieux drapeau! C'est bien lui, c'est son air et sa môme attitude: Voyez, il porte encor, selon son habitude, La redingote grise et le petit chapeau !

«Pour le vieil Empereur votre amour est le môme, N'est-ce pas? Vous savez, lui, combien il vous aime! Marchons tous! on se bat! Bliicbera ses Prussiens, Wellington ses Anglais, Nassau sa valetaille; Pour que notre Empereur gagne encor la bataille, Il lui faut des soldats, et nous sommes les siens ! »

Et chaque regard brille, et chaque oreille écoute, Et sur les pas du fou chacun se met en route, Comme au cri du berger s'achemine un troupeau. Puis bientôt, à la voix du chef qui l'aiguillonne, La bande d'insensés s'élance, tourbillonne, Et roule grimaçante au milieu du préau.

Et la ronde long-temps en désordre tournoie ; Et toujours au milieu, le chef, dont l'œil flamboie, En agitant les bras, donne aux fous le signal. La troupe par momens s'arrête, hors d'haleine; Mais le soldat bondit, plus ardent, et l'entraîne Comme un sorcier qui mène un galop infernal.

« Hurra ! voici l'attaque !» Et la cohorte étrange Aux deux bouts de la cour en bataille se range. «Hurraîbattons-nousbien; l'Empereur n'est pasloin! » Et la troupe bondit, se heurte, s'entremêle.... Bientôt le bras se lasse, et la jambe chancelle, Et le fou se rassied, morne et sombre en un coin.

Un jour, sur le chemin il marchait à la hâte,

Le front ruisselant, l'œil en feu; La croix d'honneur, pendue au ruban écarlate,

Ètincelait sur son frac bleu.

Saos laisser un instant dégonfler sa narine

D'où son haleine débordait, Sans laisser reposer son ardente poitrine

Qu'à flots la sueur inondait, il marchait sans repos. La bataille lointaine

Grondait sourdement dans les airs ; El le soldai marchait, et sa face hautaine

A ce bruit jetait des éclairs.

Dans le dernier combat que soutint la Champagne,

Le brave était resté mourant ; Mais un jour il apprit qu'on T'ouvrait la campagne :

Il courait rejoindre son rang.

Son flanc portait encor la blessure profonde

Qu'y creusa le fer étranger ; .Mais la patrie avait besoin de tout son monde :

C'était l'heure du grand danger!

C'était le grand rappel de l'honneur militaire;

Dans la plaine au funèbre nom, Dès l'aube, ce jour-là, le destin de la terre

Se jouait à coups de canon ! . . .

Et le soldat marchait, et la rouge grenade

Sur son front bruni rayonnait Chaque fois qu'un éclat plus vif de canonnade

A son oreille bourdonnait.

Aux campagnards, passant agités sur la roule,

Il criait sans se détourner :

« Plus d'un corps d'ennemis est culbuté sans doute ;

La Garde va bientôt donner? »

Les courriers se croisaient, déchirant avec rage

Les flancs maigres de leurs chevaux.

Les grands bœufs, arrêtés au bord du pâturage, D'effroi secouaient leurs naseaux.

De fumée et de bruit la nature était pleine. Le cœur brûlant à ce tableau,

Le soldat s'avançait, s'avançait vers la plaine... Vers la tombe de Waterloo !

Prêt à s'éteindre, après une lourde journée, Le soleil, de sa face alors mâle et fanée, Projetait quelques traits blafards à l'occident. Sur le bleu firmament nageaient de frais nuages... C'était l'heure où, livrée à ses instincts sauvages La bataille hurlait son cri le plus ardent !

Les sombres cuirassiers, sous leur casque de cuivre, Échauffés par le sang dont la vapeur enivre, Assommaient à deux mains Anglais, Russe, Prussien; Wellington, à l'aspect de sa ligne coupée, Pleurait de désespoir en tordant son épée... Et l'Empereur disait : « Courage, enfans, c'est bien ! »

Le soldat arrivait, et son mâle visage

Se déridait aux cris qui frappaient son passage.

Tout se battait alors : fantassins, cavaliers,

Les brigades d'attaque et les corps de réserve,

Et ce rempart humain que l'Empereur conserve,

La Garde, dont les coups sont toujours les derniers.

Les canons essuyant leur longue gueule noire,

Se taisaient à la fin ; le bras de la victoire

Allait sécher le front ruisselant des vainqueurs...

A la droite, soudain, partis de mille bouches,

Do longs cris ont rendu les regards plus farouches,

D'une effroyable angoisse ont serré tous les cœurs:

Les Prussiens ! les Prussiens ! nous perdons la bataille! Et, depuis ce matin qu'il entend la mitraille, Grouchy n'arrive pas! malheur, malheur sur nous! Voir l'aigle retomber de son sublime faîte ; Et sentir de nouveau peser sur notre tête L'ennemi dont le flanc craquait sous nos genoux!

En ce moment, un homme à la brune figure,

Sabre en main, sans schako, courant à l'aventure,

Se battait furieux et l'œil étincelant.

La fatigue courbait les fronls les plus superbes;

Les bataillons tombaient, fauchés comme des herbes...

Lui, se battait toujours, indomptable et sanglant.

Son front, bravant la mort qu'il paraissait attendre, Se roulait dans le feu comme une salamandre : Les canons rugissaient plus sombres et plus sourds; Comme un lambeau de mur dans une rouge incendie, La Garde apparaissait morne, fière et hardie!... L'homme au front nu courait, et se battait toujours !

La nuit était venue; et l'armée en déroute, Aux cris de trahison, fuyait sur chaque route; Le soldat, comme une ombre au milieu des tombeaux Pendant long-temps erra dans ces plaines funèbres, Un corps de cavaliers passant dans les ténèbres Foula le malheureux aux pieds de ses chevaux!

Cet homme, le voilà penché sur la muraille ; C'est celui dont l'œil pleure, et dont la lèvre raille. Soldat du Mont-Tbabor, de Wagram et d'Eylau, Sous ses habits troués, orgueilleux il se drape, Lorsque, passant dans l'air, un bruit guerrier le frappe: C'est le pauvre insensé, le fou de Waterloo !

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