DE M MUIVOX A SON ÉPOUSE
un de la Catacoufi
Munoz, l'autre jour, à sa reine, Le teint ronge et les yeux on feu, Disait : Ma belle souveraine, Je vous aime, par là corbleu !
Mais vous avez un goût funeste Qui me donne mille tracas.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas ; Mais je suis à Paris, j'y reste; Madame, je ne bouge pas.
Que diable ! vous n'avez en (ête, Ce n'est pas joli, savez-vous?
Que beaux guerriers et que conquête ; A la fin, je deviens jaloux.
\ Au moment de l'échauffourée d'O'Donnel, el lorsqu'il étail question de la rentrée de Christine en Espagne.
Pour moi, ma danse favorite Comprend de plus larges ébats.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas; Le bal Chicard a son mérite, Madame, je ne bouge pas.
L'Espagne, en hâbleurs politiques, Comme en barbouilleurs de papier, Possède des gens drolatiques Qui savent nous désennuyer ; Mais pour la farce, on peut le dire, Paris aura toujours le pas.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas; Janin me fait mourir de rire, Madame, je ne bouge pas.
A Madrid, sans qu'on y prit garde, J'avais beau parader, ma foi !
Ici chaque enfant me regarde, Et les chiens jappent après moi.
Vraiment! ma royale personne, L'Espagne la mettait trop bas.
De vos appas,
De vos ducats.
Sur mon honneur, je fais le plus grand cas ; En France au moins on me chansonnc, Madame, je ne bouge pas.
Lorsqu'à Madrid, votre minisire Vous arrachait à mon amour ; Il me fallait, ainsi qu'un cuistre, Bâiller jusqu'à votre retour...
(^ue le bruit du canon vous plaise!
Moi j'aime mieux d'autres combats.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas r. Mais dans mon lit je suis à l'aise, Madame, je ne bouge pas.
Notre Espagne, que la mer berce, Certe! est un pays enchanté:
Chaque jour le soleil y verse Des rayons pleins de volupté.
Mais foin de la guerre civile !
Je tiens à ma tête, à mon bras.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas. Dans mon hôtel je dors tranquille, Madame, je ne bouge pas.
Nos vins sont doux et salutaires ; Sur les bords du Mançanarez.
Combien sur nos feux solitaires Nous avons versé de Xérès!
Mais le vrai pays de Cocagne, A mon avis n'est pas là-bas.
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas J'adore le vin de Champagne; Madame, je ne bouge pas.
Nos Andalouses, les dimanches, Ravissent, quand leurs pieds légers Font onduler leurs belles hanches En dansant sous les orangers.
Tci je vis à ma manière ;
Quand la cour vous offre un repas.—
De vos appas,
De vos ducats, Sur mon honneur, je fais le plus grand cas;— Je vais diner à la barrière; Madame, je ne bouge pas.
Maintenant, s'il faut tout vous dire :
Vous saurez que mon grand effroi Est que vous songiez à m'élire, Moi, Munoz, Empereur, ou Roi!
A vous gouverner, ma compagne, J'ai déjà bien de l'embarras.
De vos appas,
De vos ducals, Sur mon honneur, je tiens le plus grand cas; Faites vos châteaux en Espagne, Madame, je ne bouge pas. »
30 mars 1842.
2»£3 £ii>3iJ S>3 ^3£&3l?;
A'u : Du Dieu des bonnes gens
Chanter juillet n'est plus qu'une épigramme. Et le fêter, qu'un acte puéril ; Depuis le jour de son fameux programme Juillet chez nous doit remplacer avril.
Quoi que ce mois puisse olïriret promettre. Amis, après ses tours de gobelet, N'y comptez pas, car cela ne peut être Qu'un poisson de juillet. (/;?>).
Eynard(l), plaidant pour les peuples de Crète, Implore un peu d'argent et de pitié; Un prompt secours en sa faveur s'apprête, Aux nobles Grecs toute notre amitié!
Cretois, mourez! votre mort sera belle ; Quant au secours, hélas! on vous raillait, Nous avons tous dit à celle nouvelle : Promesse de juillet! (bis.)
Le haut conseil, dont la main souveraine A chaque État trace un cercle légal , Va dans ce mois reconnaître la reine Et le Cobourg régnant en Portugal (2).
Bon Portugal, la folie est insigne:
Ne vois-tn pas que l'acle qui te plaît Te donnera, si l'Europe le signe, Un trône de juillet? ibis.)
i Envoyé de la Grèce.
2) Il était effectivement question alors de la reconnaissance de Dona Maria par les puissances <lu Nord
Russell, qui sont craquer son ministère, Pour en souder de nouveau les ressorts, Promet des lois à la vieille Angleterre, Et, wigh fongueux, tonne contre les lords. Mais si John-Bull a du sens sous la loque, 11 répondra : — Je suis votre valet; Les lois qu'on nous promet à celte époque Sont des lois de juillet, (bis
Enfin, après mille soins, mille ruses Les souverains se sonl laissé fléchir : Ils ont daigné recevoir nos excuses P jur les airronts qu'ils nous ont fait subir. Guizot croit donc, en fermant le Bosphore, De notre honte arracher le feuillet ; Son conclusion, par mal Leur, n'est encore Qu'un traité de juillet. (Ois.)
Des prélendans, dont la race pullule, Peuples, surtout, gardez -vous en ce mois. Si l'un d'entre eux, redorant sa pilule, Vient vous l'offrir de sa plus douce voix ; S'il parle haut d'honneur et de patrie, Et sans impôts offre un bonheur complet. Qu'en le huanl tout le peuple s'écrie : Programme de juillet! (bis.)
Pourtant, ce mois a deux dates sublimes : L'une où la main puissante de Paris Basa la tour témoin de tant de crimes, L'autre où son pied mit un trône en débris. Bepoussons donc toute sa pacotille Et, lui rendant l'éclat dont il brillait, Fêtons avec le jour de la Bastille Les trois jours de juillet, (bis.)
29 juillri 1844.
A PROPOS DE l'APFAIEE DE TAITI.
Air : Kli bon, bon, bon, etc.
Milords, vous faites, je le sais, Le plus mince cas des Français;
Votre haine loyale Malgré cela nous a permis De prendre le titre d'amis ;
O bonté sans égale!
Pour s'acquitter de tels bienfaits, Se montrer bon et digne Anglais, Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale.
La France, malgré son souhait, Depuis long-temps n'avait rien fait
Pour sa chère rivale ; Chez nous chacun était charmé ; Quant à moi, j'étais alarmé D'un semblable scandale !
Livrer sans cesse et sans regret i Noire droit et nos intérêts.
Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale
Vos grands seigneurs tout radoucis Daignaient tendre à notre pays
Une main amicale.
Dieu me damne ! en plein parlement On nous a fait maint compliment;
Un tel soin vous ravale.
Le Prench dog pour nous est trop bon ; Nous parler du bout du bâton, Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale.
Mais ce temps d'erreur est passé, John-Bull enfin s'est redressé,
Rompant sa martingale; Londres, de ce côté de l'eau, A crié fièrement : « Tout beau ! »
Parole noble et mâle.
Sans répliquer, sans souffler mol.
J'ai baissé l'oreille aussitôt.
Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale.
Quand je vis qu'un cri général Vantait l'exploit de l'amiral (1),
Je m'écriai tout pâle :
« Cet homme a commis quelques excès.
Je déteste tous les succès Qu ■ le peuple siguale.
Eh quoi! prendre des îles, nous!
Toutes les iles sont à vous...»
Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale.
i Dupetit-Thouars
- tin -
Alilords, j'en ai le cœur navré:
Chasser l'illustre Pomaré,
Celte fleur tropicale ; C'est une insigne trahison !
Des prédicans avec raison
La colore s'exhale.
A la reine il faut sans retard Rendre sa lubie et son Pritchard.
Et tra, la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale
Milord, fier de vos amitiés, Je foule tout le reste aux pieds.
Que la Presse cabale!
Les mots: làcbeté, déshonneur Sur mon front, sourd à la clameur,
Glissent, vaine rafale.
A vous orgueil, à nous mépris, L'Anglais et la paix à tout prix!
Et Ira la, la, Je crois que voilà L'entente cordiale.
28 février !*'. i
ibà tï(£>i2ïa s>2 &®sjîD!a&3«
N'avais-tu pas enfin sur ta base éternelle, Tes fossés aux Ilots verts, tes âpres parapets, Aux bords de la Tamise» assez fait sentinelle, Vieille tour aux flancs gris, aux bastions épais? Sur la ville des lords, des femmes au teint pâle, La cité des marchands par la ruse engraissés, Toi, la royale tour, n'avais-tu pas assez Jeté ton ombre féodale"?
Ne faut -il pas un jour que tout lieu criminel, Hautes tours, châteaux forts, donjons bastilles sombres, Sous la hache du peuple ou sous le feu du ciel, Houlent, couvrant le sol de cendre et de décombres? Ne faut-il pas qu'un jour les proscrits sans remords, Les fils des malheureux tombés froids sur la pierre, fussent, libres, fouler à travers la bruyère La place où leurs pères sont morts?
Eb bien! ton jour à toi, fille du fier Guillaume. Le voici! ton beffroi lui-même l'a sonné. Comme il bondit jadis dans le flanc de Sodoine. L'incendie a bondi dans ton flanc gangrené; La flamme a serpenté, léchant le sang des dalles, Courant des souterrains à la crête des toits, Et dévorant les os dans les cachots étroite, I es mis dans leurs splendides salles
— us —
l'es scènes, tes tableaux au souvenir -amer, Et qui du voyageur rendaient l'âme pensive Quand le soir, déployant ses nageoires de fer, Le steamer remportait sur l'eau de la Tamise; Tes drames monstrueux, tes cris de désespoir, Les cabanons creusés par les pieds et les larmes, Les longs sanglots, le pas pesant de l'iiomme d'armes Retentissant dans le couloir;
La flamme a tout fauebé. — Dans une salle obscure, Des valets, une nuit, dressèrent un billot; Une femme, une enfant, belle, innocente, pure, Pauvre ange qu'on avait jeté dans un complot, Etait là, priant Dieu, haletante, défaite... Un homme noir parut, portant un couperet; Il banda les deux yeux de l'enfant qui pleurait, Et puis il lui coupa la tête.
Une autre nuit, dormaient, les bras entrelacés, Deux enfans, beaux aussi, l'un roi, l'autre son frère ; A force de pleurer, leurs yeux s'étaient lassés, Et tous les deux rêvaient au bonheur, à leur mère... Une lampe éclaira les enfans endormis; Des hommes ténébreux, à faces funéraires, Bondirent vers le lit où rêvaient les deux frères... Et deux meurtres furent commis.
C'en est fait de l'alcôve où Glocester l'infâme Des mains de ses neveux prit un sceptre sanglant ; C'en est fait du billot oùl'angélique femme, La douce Jane Grey posa son cou si blanc. La flamme, se ruant avec indifférence A travers tes arceaux comme un rouge ouragan, N'a pas même épargné la salle du roi Jean, Le noble prisonnier de France.
Fière tour, la fumée, ainsi qu'un noir linceul, Entoure maintenant tes flancs criblés de rides, Ton front découronné se penche dans le deuil, Et tes murs au soleil montrent leurs pans arides. Des débris entassés, des décombres où l'œil Voit le signe éclatant de la fureur céleste, Palais des anciens rois, voilà ce qui te reste De ta force et de ton orgueil!
Tes mortiers, tes canons, ouvrant leurs larges gueules, Tes amas de fusils croisant leurs vifs reflets, Tes faisceaux s'élevant comme de hautes meules, Tes tas de biscaïens, de bombes, de boulets, Tes vingt et uu chevaux dressant leur tête altière, Leurs cavaliers couverts de vêtemens de fer : Le Prince Noir, Villiers, Henri Huit, Leicester, Tout n'est plus que fonte et poussière.
El c'est ainsi vraiment que tu devais tomber, Citadelle régnant sur d'autres citadelles, Tour blanche qui voyais à tes pieds se courber Une enceinte de tours sous l'abri de tes ailes ! Sous la flamme tordant tes membres convulsifs, Le peuple a vu rouler ta tête menaçante A la place où jadis, sous la hache pesante, Roulait celle de tes captifs.
21 novembre 1844.