LE TRAITÉ DE BELGIQUE
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Aih de la Catacoua.
Sur un traité problématique Naguère Guizot consulté, Disait au corps diplomatique :
Vous plaisantez, en vérité; Fst-il pour moi de sacrifice Lorsque je remplis vos souhaits?
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais; Mais, je me rends cette justice, Je n'ai jamais été Français!
Je consens à passer pour dupe, Mais non pour déloyal, morbleu !
Lo traité qui vous préoccupe, Mes bous amis, n'aura pas lieu.
Prendre des airs de démocrate, Dieu me damne si je le fais !
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais; Mais, je le dis et je m'en flatte, Je n'ai jamais été Français!
I, Il s'agissait d'un traité, de commerce avantageux pour la France, et que, pour celte raison, on s'esl bien nardé de conclure.
Le traité plairait à la France , Déjà l'esprit de faction A laissé percer l'espérance D'une plus intime union ; Agrandir notre territoire Ma foi ! serait un bel excès....
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais; Mais, c'est là ma plus belle gloire, Je n'ai jamais été Français!
La bouille en Belgique enfermée Réchaufferait, dit-on, les doigts Du pauvre pour qui sa fumée N'est visible que sur les toits.
Grave erreur, car Martin protesle Que le cbarbon belge est mauvais.
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais ; Mais, chacun sait cela de reste, Je n'ai jamais été Français!
Brisant un monopole inique, Il serait bon, je le conçois, De livrer les fers de Belgique A nos fabricansaux abois; Mais Soult dit que c'est une faute; Et ces fers perdront leur procès.
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais; Mais, je le déclare à voix haute.
Je n'ai jamais été Français !
; Nos vins surissent dans nos caves, » Disent les vignerons fâchés, » On nous environne d'entraves, » On nous laisse sans débouchés. »
Ces plaintes, fort justes, peut être, Messieurs, n'obtiendront nul succès;
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais; Mais, vous devriez me connaître, Je n'ai jamais été Français!
Des gens soutiennent que la France Relèverait, par ce traité, Et son industrie en souffrance, Et son honneur déshérité.
Parbleu ! si j'étais à leur place, C'est bien là ce que je dirais.
Je suis Anglais,
Turc, Hollandais, Russe, Prussien, Suédois, Portugais, Mais, que voulez-vous que j'y fasse?
Je n'ai jamais été Français !
28 février 1844.
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EXTRE ST.-MARC GIRARDM ET J. ■IA\S5a.
Air de l'Aveugle de Bagnolet.
Au tapis franc des doctrinaires, On entend craquer maint gros mot; Bientôt les débats littéraires Prendront la forme de l'argot :
Saint-Marc et Janin sont en pique Pour le fauteuil académique. Janin dit : « Vous n'écrivez rien. »
— Girardin répond an critique :
« Mon ami, si je n'écris rien, Vous, vous n'écrivez rien de bien. »
Saint-Marc dit : « J'ai pu, d'aventure, fttre un peu lourd, un peu diffus ; J'ai tant causé littérature Que je ne m'y reconnais plus!
i "in annonçait ((m- ces deux coriphées des débats se portaienl en concurrence pour le fauteuil académique.
Je mois, en chaire, a toutes sauces Baliveroes minces ou grosses... »
- Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
— En ai-je conté moins de gausses?
—Mais, mon cher, vous n'écrive/ rien.
— Vous, vous n'écrivez rien de bien.
—Je bâcle de la politique;
Et, ma foi ! de fort bons esprits
Trouvent que ma dialectique
Est l'honneur du premier-Paris.
La gloire, lot des pauvres hères,
Ma plume ne la cherche guèr< s...
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
— J'époussète les ministères.
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Vous, vous n'écrivez rien de bien.
— Vous l'emporteriez quant au ventre;
Du reste, quoiqu'un peu fluet,
Je tiens fort bien ma place au centre ;
Je sais digérer le budget.
Blotti dans un prudent silence,
Je ne pérore, ni ne pense...
— Mais, mon cher, vous n écrivez rien.
— Au scrutin j'ai mon éloquence.
—Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Vous, vous n'écrivez rien de bien.
— Ne point écrire et puis se (aire, De s'illustrer est le moyen ; Le beau cours que je devais faire Me servira, j'y compte bien.
A quoi bon se faire trompette?
Le moins bavard est le moins bête.
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—C'est vrai, ma muse est fort discrète. — Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
— Vous, vous n'écrivez rien de bien.
—Je n'ai rien écrit, qu'est- ce à dire ! Mon cours est imprimé tout frais; On s'est tant pressé de le lire Qu'il se vend déjà sur les quais.
Des quais à l'Institut l'espace, Jay le sait, n'est que d'une brasse...
— Mais mon cher vous n'écrivez rien.
— Mon livre au soleil se prélasse.
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Vous, vous n'écrivez rien de bien.
—J'ai fouillé dans la langue mère, Dans la moderne, et prouvé net Que Foë procède d'Homère, Et Victor Hugo d'Arouet.
Jusqu'ici nul critique, certe!
N'avait fait celte découverte.
—Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Mon cours se vend partout.. . à perte ; — Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Vous, vous n'écrivez rien de bien.
— Mole, Pasquier sont des quarante; Ils ont débité des sermens ; Mon rôle avec eux m'apparente, Je suis débitant d'argument '
Nuit el jour, au besoin, je glose Sur tout liommc et sur toute chose...
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
— Chaque épicier a de ma prose.
— Mais, mon cher, vous n'écrivez rien.
—Vous, vous n'écrivez rien de bien.
— Çà,vous vous moquez, Dieu me damne!
Dit Janin ; lutter avec moi !
Jïïoi qui suis le père de Y Ane, L'auteur de Iiarnave et du Roi !
Saint-Marc, à ces mots, qui s'emporte, Dit : âne ou roi fort peu m'importe ! Oui, quoique je n'écrive rien, L'Institut m'ouvrira sa porte, Car, morbleu, si je n'écris rien, Vous, vous n'écrivez rien de bien.
24 décembre 1843.
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Air: Tanl qu'on le pourra, larirelte
Chaque nuit, Guizot tout blême Se roule, le poing crispé, Poursuivi par l'anathème Dont la Chambre l'a frappé; Sur sa tête, écho qui l'atterre Tinte encor l'affreux brouhaha :
—Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là ! holà !
Halte-là !
Vieux Juda!
Fourbe austère! — Soyez donc une fois sincère, Voilà comme on vous traitera.
Rengorgé, fier et superbe, Dans son aplomb infamant, Il brode d'un ton acerbe Le beau thème du serment.
Tout à coup sa voix magistrale Décroit, tombe et reste à quia.
I Au sujet de la fameuse «ttancc, ou M. Guizol vou lut faire l'apologie de son voyage de Gand, el resta écrasé à la tribune sous les cris el les imprécations de la Chambre.
—Oh! oh! oh! ah' ah!
Paix là ! ho!;\!
Halte-là!
Vieux Juda !
Qu'on détale ! — Faites donc un cours de morale, Voilà comme on vous traitera.
« Messieurs, dil-il, qu'on se taise, Et je prouve en un seul mol Que la loyauté française Se résume en moi, Guizot ; Sous l'Empereur, voyez quel zèle !
La Charte m'occupait déjà...
—Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là ! holà !
Halte-là!
Le Juda!
Le rebelle ! — Soyez un citoyen modèle, Voilà comme on vous traitera.
En voyant le lys renaître, Je dis : « Heureux pronostic !
Aidons le roi, ce bon maîlre, A fonder l'ordre public. »
Je gagnai vite la province, Et mon zèle à Gand me porta...
—Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là ! holà!
Halte-là !
Le Juda !
Qu'on l'évincé I — Portez donc des conseils au prince, Voilà comme on vous traitera.
Au grand champ des funérailles
Quand la ba'aille grondait.
Jusqu'au fond de mes entrailles Son bruit sombre répondait.
Grâce au ciel, la sanglante trame De l'Empire enfin se brisa....
-Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là ! holà !
Halte-là!
Le Juda!
Et l'infâme ! — Ayez de la pitié dans l'âme, Voilà comme on vous traitera.
Monter vaisseau qui chavire, Messieurs est œuvre de fous; La culbute de l'Empire Était certaine pour nous.
Nous devions le savoir, peut-être, Nous qui l'avions amené là...
—Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là! holà!
Halte-là !
Le Juda
Lâche et traître ! — Changez donc prudemment de maître, Voilà comme on vous traitera.
Au point du jour le ministre Dans ses terreurs s'assoupit, Mais un cauchemar sinistre Vient s'abattre sur son lit. Peuple, député, journaliste, Tout lui corne l'affreux bourra
—Oh! oh! oh! ah! ah!
Paix là! holà !
Halte-là!
O Juda!
O banquiste ! — Tranchez du polit terroriste, Voilà comme on vous répondra.
31 janvier 1844.
Tpasïaâaa 2>'&^&a&a
Ain de l'amour meunier.
Qu'an autre dissimule ;
Moi, j'ai trop hésité,
Et je vais sans scrupule
Dire la vérité :
Sur les plus vains symptômes
Chez nous, j'ai pu le voir,
On juge le pouvoir.
Guizot, chacun le sait bien,
Est la crème des hommes ; Guizot, chacun le sait bien,
Est fort bon citoyen.
La populace crie.
Qu'importe! il n'est, morbleu !
Pour aimer la patrie
Que le Juste- Milieu.
Si le peuple radote,
L'homme sensé doit-il
Écouter son babil?
Guizot, chacun le sait bien,-
Est un chaud patriote ; Guizot, chacun le sait bien,
Est fort bon citoyen.
Malgré son ton sévère, On dit : « L'homme de Gand N'est qu'un jongleur austère, Qu'un superbe intrigant! »
Ces mots sont un blasphème; Honneur, foi, loyauté, Plus rien n'est respecté.
Guizot, chacun le sait bien, Ksi la franchise même;
Guizot, chacun le sait bien, Est fort bon citoyen.
Pour qu'il courbe la tête Sous la verge des rois, On a coupé la crête A notre coq gaulois.
Voilà ce que rabâche Maint vaurien dont le vœu Est de voir tout en feu.
Guizot, chacun le sait bien, N'est ni traître ni lâche ;
(iuizot, chacun le sait bien, Est fort bon citoyen.
D'après les bruits que sème La Presse, enfant ingrat, Corrompre est le système De nos hommes d'Etat; Ils offrent croix, sourire, Argent, et cœtcra....
Peut- on croire cela!
Guizot, chacun le sait bien, N'est pas fait pour séduire. .
Guizot, chacun le sait bien, Est fort bon citoyen.
On pourrait s'y méprendre,
Mais sans en avoir l'air,
Je sais qu'on veut nous rendre
Tous libres comme l'air.
Force, éclat et puissance,
Droits surpris, rang perdu,
Tout nous sera rendu.
Guizot, chacun le sait bien,
Ne vit que pour la France; Guizot, chacun le sait bien,
Est fort bon citoyen.
Mais le lecteur se choque
Et demeure interdit;
Messieurs, à cette époque
La vérité se dit.
Aux branches décrépites,
Quand avril met des fleurs,
Guizot règne en nos cœurs ; C'est alors, on le sait bien,
Qu'il a tous les mérites ; C'est alors, on le sait bien,
Qu'il est grand citoyen.
1er avril 1844
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