‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 29 sur 56 · SANS OIE CELA PARAISSE · texte numérisé non relu

SANS OIE CELA PARAISSE

Un: Un jour lo hua Dieu s'éveillanl

Lecteurs, vous êtes avertis Que les députés sont partis ; Tenez en garde vos oreilles, Car les histoires sans pareilles, Mystères, crimes de haut goût Dans l'air vont éclore partout:

Ce sont couleurs que débile la presse ; Mais vous y mordez, sans que cela paraisse. Ma foi, sans que cela paraisse.

Déjà, sur le futur régent, Écoutez le puff diligent :

Ce n'est, à travers la province, Que cris d'amour pour ce bon prince ; A Strasbourg, d'après le préfet, Il a produit un vaste effet.

Ce jeune espoir que la France caresse, Est rempli d'esprit, sans que cela paraisse, Ma foi, sans que cela paraisse.

Les grands journaux, aux gens surpris, Vont offrir, en premier Paris, Des quarterons de phrases creuses Surdos questions filandreuses;

Lin, sucre, chanvre, et caetera, Tout, à son tour, y passera ; Car le pays en masse s'intéresse \ ces beaux sujets, sans que cela paraisse, Ma foi, sans que cela paraisse,

Le faits-divers se hérissant, Boira du poison et du sang :

Chiens enragés, veaux à deux tètes, Enfans dévorés par les bétes, Ours échappés, serpens de mer Vont épouvanter le plus fier :

« Vraiment, dira le lecteur en détresse, » Voilà bien des maux sans que cela paraisse, » Ma foi, sans que cela paraisse. »

Le feuilleton, ce fin ragoût Que l'abonné prise avant tout, Farci de gros sel et de gausses, Va se servir à toutes sauces; L'argot, pour flatter le gourmet, Y distillera son fumet; Le chourineur, la goualeuse et l'ogresse Ont tant d'agrémens, sans que cela paraisse, Ma foi, sans que cela paraisse.

Vatout et messirc Alonzo Se fendront d'un in-octavo; Rousselet, dos belles bergères Dira les vertus potagères; Et Dubignac le grand renom De l'empereur Napoléon.

Les écrivains ont toujours eu l'adresse De nous enchanter sans que cela paraisse, Ma foi, suis que cela paraisse.

A cette époque Fulchiron Part pour Naplcs comme Byron.

Girod va faire un tour en Bresse ; Piscatory se rend en Grèce, Kl Janin pousse jusqu'à Meaux.

Pour hier quelques étourneaux.

Paris qu'ainsi chaque grand nom délaisse, N'endort pas moins bien sans que cela paraisse Ma foi, sans que cela paraisse.

C'est alors aussi que Bugeaud Fondant sur le Bédouin penaud, S'escrime d'estoc et de taille, Bombarde, canonne, mitraille.

Et met, pour la centième fois, Maître Abd-el-Kader aux abois ; Le bon émir, qu'on démolit sans cesse, Ne va pas trop mal sans que cela paraisse, Ma foi, sans que cela paraisse.

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Ain : On Dieu des bonnes gens.

Heine, vers vous vos peuples sans se plaindre On t bien long-temps tourné leurs yeux hagards; Comme un flambeau toujours prêta s'éteindre, L'espoir, de loin, fascinait leurs regards, (bis.) La nuit enfin de son ombre effrayante A sous leurs pas effacé le chemin. (bis.)

Heine, la faim rend l'âme impatiente. .. ) ^ Ne tuez pas ceux qui tendent la main , S Ceux qui tendent la main.

Lorsqu'au milieu d'une splendide fête, Un cri plaintif tombe comme un remords. Reine, voire âme est-elle satisfaite?

N'avez-vous pas des frissons sur le corps? Quand tout sourit, l'âme est-elle égoiste? Un cœur de fer bat-il sous du carmin?

Heine, la faim rend le peuple si triste !.. . Ne liiez pas ceux qui tendent la main. Ceux qui tendent la main.

Sur vos sujets, sombre dôme de pierre Le ciel répand ses plus noires couleurs ; Le pauvre, assis pensif dans sa chaumière

Tonrn'1 Ip fins à sa famille en pleurs.

Quand l'oiseau chaule à 1 époque où tout aime Dieu pour nous seuls, dit-il, est inhumain. — Heine, la lai m l'ait que l'homme blasphème. .. Ne tuez pas ceux qui tendent la main, Ceux qui tendent la main.

Reine, la loi soutient moins votre trône Que votre sexe et vos douces vertus; La haine, l'eu qui ronge une couronne, Dort jusqu'ici dans le3 cœurs abattus.

Mais un mot sombre a souillé votre bouche, Ce mot dans l'air retentira demain.

Reine, lu faim rend le regard farouche. .. Ne tuez pas ceux qui tendent la main, Ceux qui tendent la main.

Sous ses haillons et ses manteaux d'hermine Votre Angleterre est un lieu de malheur, Où tour à tour le vice et la famine Hurlent leurs cris d'ivresse et de douleur. Quand la débauche au sein du deuil s'étale, Qu'importe au peuple un brillant parchemin? Reine, la faim rend la phrase brutale... Ne tuez pas ceux qui tendent la main, Ceux qui tendent la main.

Du parlement heurtant un jour la porte, Le peuple entier cria : « Messieurs, du pain ! a Ce cri glaça les passans; mais qu'importe? Les lords repus en rirent de dédain.

Ah! songez donc qu'en frappant les ministres L'arrêt du peuple atteint le souverain : Reine, la faim porte aux projets sinislres... Ne tuez pas ceux qui tendent la main.

Ceux qui tendent la main.

Sur Manchester, cadavre aux mains livides, Quand vos canons allongeront leurs cous, Et que ses fils, dardant des yeux avides, Criront : a Pitié! » les mitraillerez-vous? Chassez, chassez ce penser téméraire ; De la misère il briserait le frein.

Reine, la faim rend le cœur sanguinaire... Ne tuez pas ceux qui vous tendent la main, Ceux qui vous tendent la main.

Pour que la plainte enfin soit interdite, Supprimez donc le jeune et les haillons! Vous le savez, dans votre ile maudite, Les affamés se comptent par millions I Qu'un signal parte, et ces pâles fantômes De tous côtés se lèveront soudain.

Heine, la faim peut compter tous ses hommes. Ne tuez pas ceux qui tendent la main, Ceux qui tendent la main.

Le sol anglais sous ses rides profondes Cache des feux qu'aucun souffle n'éteint ; Parfois le sang des vieilles tétes rondes De leurs neveux anime encor le teint.

Le peuple nu, que votre voix gourmande, Reine, ne veut aujourd'hui que du pain. Si c'est, demain, votre arrêt qu'il demande ?. Ne tuez pas ceux qui tendent la main, Ceux qui tendent la main.

'■WJo

VOUS m PERDREZ BIEN POUR ATTENDRE,

Air du Charlatanisme.

Bien des fois, ô clignes Français, En vous chantant les mémos notes, Le ministère, avec succès, A su vous tirer des carottes.

Payer sans repos, jour et nuit, Est votre devoir, à l'entendre; S'il vous laisse quelque répit, Soyez bien certain qu'il se dit :

Vous ne perdrez rien pour attendre.

Lorsqu'un heureux événement Remplit la cour d'espoir et d'aise Le plus gracieux compliment Est pour la nation française, o Livrons-nous aux plus doux ébats !

Se dit le peuple, vrai Cassandre, Les frais ne me regardent pas !... »

Le ministre répond tout bas :

Tu ne perdras rien pour attendre.

En haut lieu, depuis fort Long-temps On poursuit, tâche assez ingrate, Un gibier des plus ragoutans Que chaque ministère rate.

La France, après chaque refus, Dit : Ah! l'on croit nous en revendre ; Nous saurons garder nos écus!...

Guizot dit : Compte là-dessus; Tu ne perdras rien pour altendre.

Ce gibier qu'avec passion

Poursuit plus d'un chasseur auguste,

On le nomme dotation,

Chaque prince à son tour l'ajuste;

C'est autant de poudre aux moineaux ;

Mais le tireur dit sans se rendre :

Quoique vous flairiez mes appeaux,

Corbleu ! messieurs les radicaux,

Vous ne perdrez rien pour attendre.

L'héritier du trône est doté, Soit ! mais le second de la race Se sent par l'aubaine excité, Et montre un appétit vorace.

Le peuple dit : Payer encor, Mais je sors à l'instant d'en prendre ; Ma bourse n'est point un trésor...

— Bien ! dit-on, refuse ton or, Tu ne perdras rien pour attendre.

Un jour, notre jeune Jean-Bart, Poussé par une belle flamme, Démarre sa frégate, et part Tout droit pour chercher une femme.

Ces époux, riches à millions, N'ont pas encore osé nous tendre La note de leurs violons; Mais, hélas ! nous le prévoyons :

Nous ne perdrons rien pour attendre.

Payer est un plaisir fort doux; Aussi, messieurs les dignitaires, Donnez jusqu'à vos derniers sous Pour doter des millionnaires; Un pareil jeu nous ruinerait; Mais vous, on saura vous le rendre ; De votre part, ce n'est qu'un prêt Dont vous toucherez l'intérêt.

Vous ne perdrez rien pour attendre.

2>s S2&2&3 ^ca^a^aa taaa&®S)a

A SES ADMINISTRES.

Air : Bonjour, mon ami Vincenl

Le maire Augustin Giraud, Escorté de ses compères, S'écriait d'un air penaud :

Bons conseillers, mes confrères, Allons ! trêve aux soins étrangers ; Travaillons ensemble au bonheur d'Angers.

Faut-il, pour des plaintes légères, Laisser la cité sens dessus-dessous?

l'n vote, messieurs, par pitié pour nous !

— Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous

C'est fort triste, en vérité ; Vous me traitoz en bélitre, Moi qui de Sa Majesté Ti"ns mon écharpe et mon titre.

Prétendez-vous, ce serait fort !

Mettre ouvertement la cour dans son tort?

Brisons sur un pareil chapitre, Qui doit, j'en suis sûr, vous attrister tous... L'n vote, messieurs, par pitié pour nous !

— Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Si je déplais en co lieu, — Fait, hélas! trop véritable, — Tolérez-moi donc un peu, Vous n'en mourrez pas, que diable !

D'ailleurs vos cris sont superflus,

(luizot est pour moi, que faut-il de plus? Je puis, sûr d'un appui semblable,

Vous le concevez, rire de vos coups...

Un vote, messieurs, par pitié pour nous!

— Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Quoi ! tous nos efforts sont vains!

Quoi ! j'ai beau dire et beau faire !

Mes raisons, bons Angevins,

N'ont produit que de l'eau claire!

Mériterais-je un tel traitement?

Moi qui parmi vous arrivais gaîment,

Disant : un maire doctrinaire Rendra ces gens-là dociles et doux...

Un vote, messieurs, par pitié pour nous ! — Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Mais nos plus chers intérêts

Réclament votre assistance ;

Voici des projets tout prêts,

Les voter est conscience :

Qualre bourses sont à placer ; Un legs nous est fait qu'il faut encaisser ;

Le sieur Galabert nous relance ; Sans retard bouchons au moins quelques trous... Un vote, messieurs, par pitié pour nous! — Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Songez-vous au trisle effet D'un tel déni de justice?

Ces jours passés, le préfet Roula dans un précipice ; On vit, pêle-mêle tombés, Préfète, préfet, chevaux embourbés; Qu'un pareil fait vous avertisse!

Nos chemins, hélas! sont des casse-cous... Un vote, messieurs, par pitié pour nous! — Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Soit! je me tais; mais au moins Vous entendrez vos confrères :

Parlez, messieurs les adjoints ; Bigot, défendez vos frères ; Proclamez que pour la cité

Je suis plein de zèle et d'humanité ; Que le tableau de ses misères

Me force à braver affronts et dégoûts...

Un vote, messieurs, par pitié pour nous!

— Bii'n fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Fort bien ! la majorité

De nos besoins est l'arbitre;

Mais il reste, en vérité,

Un grave et dernier chapitre :

Cette fois plus d'entêtement; 11 a'agit, messieurs, de recensement.

Oubliant mon nom et mon titre, Du bien du pays montrez-vous jaloux...

Un vote, messieurs, par pitié pour nous! — Bien fâché, bonhomme, on n'a rien pour vous.

Corbleu ! me traiter ainsi !

Ma patience se lasse ;

Et je le déclare ici,

Je dompterai votre audace.

J'entends, messieurs, tous les huit jours, Des mêmes projets, du môme discours

Vous régaler à cette place ; Puis crier, hurler à vous rendre fous : Un vote, messieurs, puis embrassons-nous ! — Nous vous répondrons: on n'a rien pour vous.

18 octobre 1845.

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