‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 45 sur 56 · AU JURY · texte numérisé non relu

AU JURY

Air : Bonjour, mon ami Vincent.

Le bon bourgeois, qui toujours, A nos volontés docile, Acceptait tous nos discours Comme articles d'Évangile, Ouvrant l'œil sans avoir l'air, Au fond de nos sacs commence à voir clair:

Et sous la plus énorme tuile Nous laisse accabler sans montrer d'effroi ; Il prétend, ma foi!

Que chez nous la loi Est faite pour tous, même pour le roi.

C'est la presse, je le dis, Oui, c'est cette péronnelle, Qui, par ses conseils maudits, Lui trouble ainsi la cervelle:

Naguère encore, avec raison, Il votait l'amende avec la prison; Aujourd'hui, dépouillant son zèle

< Après l'acquittement du journal In France dam la fiimenst» affaire des lettres.

Et laissant le Irùne en plein désarroi.

Il prouve, nia foi !

Que chez nous la loi Ksi faite pour tous, môme pour le roi.

Parlez-moi du vrai juré Confiant dans nos paroles, Qui pince Esquiros, Thoré, Lamennais et d'autres drôles; Il juge sans écouter rien, Et parfois au texte il donne fort bien

Quelques légères croquignoles Quand le cas est grave et met en émoi : Il sait bien, ma foi !

Que jamais la loi N'est faite pour tous, même pour le roi.

Quant aux hommes maladroits Que l'esprit du code enchaîne Faut-il maintenir leurs droits?

Vraiment ce n'est pas la peine.

Temps nouveaux, besoins différons :

Le zèle autrefois valait deux cents francs,

Aujourd'hui je vois que la graine En est, à ce prix, de mauvais aloi; Le juré, ma foi !

Soutient que la loi Est faite pour tous, même pour le roi.

Qu'assassins, voleurs, filous Et tous les gens de leur sorte, Par le jury soient absous Ou condamnés, peu m'imporle !

Mais la presse aux instincts ardens, 11 faut qu'un bon mors lui serre le- déni: Et que l'étreinte soit si forte

Qu'elle cède enûn, ou dise pourquoi ;

Conçoit-on, ma toi!

Un peuple où la loi Kst laite pour tous, même pour le roi.

Je le dis ouvertement, S'il dédaigne notre estime, De son fol aveuglement Le jury sera victime:

Au lieu de bourgeois entêtés, Nous prendrons des pairs, de bons députés.

Le trône est au bord d'un alùme.

Pour l'en retirer, il faudra, jecroi, Proclamer, ma foi, Que chez nous la loi Ksi faite pour tous, hormis pour le roi.

H juin is't\.

OPINION DE CES MESSIEURS DU mm

Air : Ces! la comète, etc

La Chambre est pleine de soucis Sur l'avenir des ministères; Mais qu'il s'agisse du pays, De ses hontes, de ses misères...

— Le pays, à quoi bon?

Répond en masse,

Le corps vorace.

Voici la question :

Le cabinet tiendra-t il ou non?

Mais quoi, le centre à tout pouvoir Est-il collé comme un polype?

Que diable! vous devez avoir Un système, un but, un principe?.

— Un principe, à quoi bon?

Dit Liadière

D'une voix fière; Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non?

Laffitte deux fois couronné, Par sa vie illustre et par l'àg<\ Naguère au centre consterné Fit entendre un mâle langage

S'emporter, à quoi bon?

Murmure Basse La tête basse; Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non ?

De vins et de truffes chargés, Messieurs les grands seigneurs du centre Quand vous roulez repus, gorgés, Le peuple se serre le ventre...

— Des plaintes, à quoi bon ?

Dit d'un air mièvre Jacques Lefebvce.

Voici la question :

Le cabinet liendra-t-il ou non?

En Grèce vous faites trop peu, Et vous faites trop en Espagne ; Avec notre Juste-Milieu Voilà ce que tout peuple gagne...

— Les peuples, à quoi bon?

Répond Lavieille; Dressant l'oreille.

Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non ?

Tout cœur honnête se débat Sous votre souffle, qui l'empeste ; Contre un système lâche et plat Tout esprit généreux proteste...

— Du courage, à quoi bon?

La loi nous venge

Dit Chaix-d'Est-Ange; Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non?

L'intérêt public vous est cher; Nuit et jour votre voix le crie.

Où sont donc nos chemins de 1er, Nos débouchés, notre industrie?.

— L'industrie, à quoi bon ?

Dit d'nn ton leste Le jeune Teste; Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non ?

Bref, le ministre et les écus, Le Système, et l'argent au titre, Voilà le refrain des ventrus Si l'on touche un autre chapitre.

Chacun dit : « A quoi bon?

Que l'anarchie Nous berne et crie ; Voici la question :

Le cabinet tiendra-t-il ou non ?

28 janvier \H't't.

jiaïsïaa^ss aa&sKaa»

Viu : Donnez-vous la peine d'attendre.

D'honneur! l'anarchie est sain frein :

Quoi qu'il arrive, quoi qu'on fasse, La plainte est toujours son refrain; C'est d'un entêtement qui lasse.

Aveugles, ouvrez donc les yeux !

L'âge d'or sur vos fronts rayonne ; Nous sommes à ces jours joyeux Où tout pour la France est au mieux.

Dans le discours de la couronne.

Certe, en toute autre occasion Je laisse parler ma satire ; Jusqu'au jour de la session Notre bonheur laisse à redire; Mais à ce moment désiré, Doux soleil égayant l'automne, Notre front, qu'on voyait navré, Soudain brille, transfiguré...

Dans le discours de la couronne.

Les doctrinaires effrontés Sans scrupule ju qu'en décembre, C'est vrai, tondent nos libertés; Mais enfin on roinrebi Chambre.

Alors, secouant son fardeau,

Le peuple de fleurs se couronne, Et sous ses droits, divin manteau.

Devient libre comme l'oiseau...

Dans le discours de la couronne.

Le négoce a de dures lois, Et l'industrie est hasardeuse; Sur notre commerce aux abois La faillite trône hideuse.

Mais sur le pays gémissant Une heure consolante sonne, Et le commerce agonisant Soudain reparaît florissant... Dans le discours de la couronne.

De plus d'une pressante loi On nous promit vingt fois le vote, Vingt fois on nous manqua de foi.

Mais, bah! c'est une mince faute.

Ces beaux plans toujours arrêtés Et que toujours on abandonne, Malgré messieurs les députés Tout à coup se trouvent votés...

Dans le discours delà couronne.

Tous h s ans quelque événement, Effort d'une ardente espérance, Vient attester terriblement Les convulsions de la France.

Le sang des patriotes bout ; Mais sur un simple mot du troue, Les partis, rapprochés partout, S'embrassent gaiment tout-à-coup.

Dans le discours de la couronne.

Parmi nos dignes alliés Les Anglais, que Guizot encense, A coups de poing, à coups de pied Enlreliennent notre alliance; Ces procédés leur sont permis, Et nul chez nous ne s'en étonne, Car tous leurs péchés sont remis, Et ce sont nos plus chers amis...

Dans le discours do la couronne.

La France livre ses trésors, Et grâce à nos ventrus avides, Grâce à notre armée, à nos loris, Les caisses de l'Etat sont vides.

L'affreux déficit, qui grandit, De ses grands bras nous environne; Mais toujours, lorsque l'an finit,

L'équilibre se rétablit

Dans le discours de la couronne.

Silence donc, vils clabaudeurs !

Qu'importe si pendant l'année Sur les débris de ses grandeurs La France pleure consternée.

Mous souilVons pendant onze mois ; Mais une auguste voix résonne.

Alors force, honneur, âges lois,

On nous donne tout à la l'ois

Dans le discours de la couronne.

9 janvier t S-%4 .

;o*j7s::ias du camp de eotjlo&he.

Assis pensif sur la haute l'alaise, Rempart qu'aux flots posa la main de Dieu, Je regardais blanchir la côte anglaise, Frange de lin bordant l'horizon bleu; Et mon regard aux pages de l'histoire Parmi le bruit des vagues se fixant, J'ai dit : « Fermons notre livre de gloire, » L'œil des aieux y brille menaçant. »

Sur ces hauteurs où, perdu, faible atome, Je me débats contre l'immensité, L'empereur vint, un jour, soldat fantôme Qui se dressait sur le monde ameuté 11 regardait la mer profonde et noire Où se brisait sou courroux menaçant.

— Fermons, fermons notre livre de gloire, L'œil des aïeux y brille menaçant.

Alors la France en sa haine affermie, Droite au milieu de ses enfans pressés, A l'Angleterre, à la grande ennemie, Parlait du haut de ses forts hérissés.

A notre force alors nous osions croire , Et nos canons tonnaient en bondissant.

— Fermons, fermons notre livre de gloire. L'œil des aïeux y brille menaçant.

Cent régimens penchés sur la falaise Se répondaient de Boulogne à Calais.

Et l'ouragan, les flots, la Marseillaise Roulaient ensemble aux rivages anglais.

La flotte ouvrant son immense nageoire Tordait ses freins de fer en s'élancant.

— Fermons, fermons notre livre de gloire, L'œil des aïeux y brille menaçant.

Oh ! l'Angleterre alors était moins fière ! Devant le sabre ardent de l'empereur, Mères et fils, prosternés sur la pierre, Levaient leurs mains au ciel, pleins de terreur. Douvres, la nuit, sur son blanc promontoire, Veillait, saisi d'un frisson incessant.

— Fermons, fermons noire livre de gloire, L'œil des aïeux y brille menaçant.

On nous savait l'invincible royaume.

Les rocs anglais, luisant à l'borison,

Nous rappelaient qu'un jour le duc Guillaume

Escalada les remparts du Saxon.

Et nous marchions au cri de la victoire,

Le cœur rempli de son feu tout- puissant.

— Fermons, fermons notre Ivre de gloire, L'œil des aïeux y brille menaçant.

Car tous ces camps sur la dune enflammée, Tous ces fanaux illuminant la mer, Tous ces canons, c'était la grande armée, Et la flotille, et la côte de fer!

C'était la France, ayant gardé mémoin El dans sa force enfin se redressant.

— Fermons, fermons notre livre de gloire, L'oeil des aïeux y brille menaçant.

Fils des héros dont l'ombre dans ces plaines Erre parmi les blés du moissonneur, Nous avons, nous, le cœur vide de haines, L'oreille sourde aux cris de notre honneur. Honte qu'un jour on ne voudra pas croire : Jusqu'à la peur le grand peuple descend!

— Fermons, fermons notre livre de gloire L'œil des aïeux y brille menaçant.

Morts glorieux fauchés par la bataille, Relevez-vous, et parlez à vos fils !

Qu'à votre voix la France, qui défaille, Eclate encore en superbes défis!

L'Anglais, glacé dans sa joie illusoire. Frissonnera de crainte à votre accent; Et dans le livre où brille notre gloire L'œil des aïeux luira resplendissant !

Boulogne, 1." aoûH844.

Page 1