ET LA CHAMBRE
air : Allez-vous-en, gens de la noce.
Nos députés que l'on crilique, Ne sont pas gens laborieux, C'est vrai ; mais nul corps politique Après tout n'est plus curieux.
Roui, dont la verve est déchaînée, Dit : « Sous peu le sol tremblera.
J'ai su cela;
Et patata.... »
—Bah! répond la Chambre étonnée ; Nous éclaircirons ce point-là.
Chaque jour un ministre habile, Prenant un air nécessiteux, Aux députés tend la sébile.
Et s'exclame d'un ton piteux :
« Le pouvoir est rempli d'alarmes, Et l'argent seul le sauvera,
On sait cela ;
Et patata... »
—Bah ! dit la Chambre toute en larmes ; Il faut secourir ces gi'iis-là.
Les pairs ont su, nul m- l'ignore, Sauver deux fois avec éclat, Le pays, que toujours dévore L'hydre que toujours on abat; Mais le zèle, en un pareil rôle, A besoin de plus d'un gala.
On sait cela;
Et palala....
— Vraiment! dit la Chambre, c'est drôle! Mais nous en passerons par là.
Nous soudoyons dans chaque empire, Sous prétexte de missions, D'aimables vagabonds qu'on tire Des clubs peuplés par nos lions.
Ils ne rêvent que joie et fête, Et le ministre en vrai pacha,
Solde cela ;
El patata....
— Bah! dit la Chambre, c'est fort bête ; Mais le ministre a ce droit-là.
Malgré mainte clabauderie;
Malgré les cris de l'étranger
A deux mains la mère patrie
Verse son argent sur Alger;
L'emploi de cet argent nous touche.
Mais personne ne connaîtra Ce secret là ; Et patata....
—Vraiment! dit la Chambre, c'est louche; Mais fermons les yeux ^ur cela'
Uumann, qui de si belle sorte Passe nos écus au tamis, Propose un emprunt qui rapporte Quelques millions à ses amis ; Puis, les frais, quand l'affaire est faite C'est la France qui les paiera ;
L'usage est là;
Et patata....
— Bah ! dit la Chambre stupéfaite, C'est fort, mais que dire à cela!
Que sur le centre, qui biaise, Tonne la voix d'un orateur Qui parle la langue française D'après la grammaire et le cœur; Qu'il di-e : « Honneur, probité, gloir«, Tout, en ce temps, tombe et s'en va,
Qui le niera?
Et patata.... »
— Bah ! dit la Chambre, quelle histoire ! Où diable avez- vous pris cela!
Lorsque Thiers braquait ses lunettes Naguère sur les centriers, Toutes les voix étaient muettes, Tous les couteaux sur les cahiers ; Qu'aujourd hui, l'ex-premier ministre Paraisse en disant : « Me voilà !
Silence, là!
Et patata.... »
—Bah ! dit la Chambre, c'est un cuistre ! Guizot parle mieux que cela,
Bref ! que Guizot à la tribune Dise un jour à nos bons bourgeois :
o Votez-moi le soleil, la lune, Votez les plus absurdes lois. »
Fulebiron, ou quelque autre membre En grattant son front s'écriera :
« Quest ce goùt-là?
Et patata.... »
— Bah ! votons! répondra la Chambre Ne regardons pas à cela!
7 avril 181-2.
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<\[\ : Moquons-nous d'ça : eti
Les grillons de Savoie Chantent sur le trottoir ; La duchesse se noie Aux plis de son peignoir; Le marron se lézarde Sur le poêlon qui geint ; Le mendiant regarde Son beau soleil éteint. . .
Joie et douleurs,
Hires et pleurs;
Bal, pluie et vent, En avant !
L'hiver, l'hiver, Voilà le ciel et l'enfer !
Paris, que gaz et plume Inondent de fanaux.
Quand vient le soir, allume Ses becs et ses journaux .
Partout, dominant l'ombre, Un éclair joyeux luit; Le pauvre seul est sombre, Et l'ait croire à la nuit.
i"i'', etc.
Le Palais-Bourbon vote Et taille son chanteau; Le Luxembourg grignote Les restes du gâleau.
La cour entre en dépense, Et compte, en ses apprêts , Le bourgeois pour la danse, Le peuple pour les frais.
Joie, etc.
A travers bise et neige.
Comme un gros Turcaret, Avec son gai cortège Le jour de l'an paraît.
Dans la riche demeure, Les bocbels vont pleuvant..
Le fils du pauvre pleure Aux vitres du marchand.
Joie, etc.
Vivent les jours d'ivresse ' Le vertige infernal !
Jetons ennui, détresse Aux Ilots du carnaval !
Appuyons sur la borne Notre fiévreux sommeil; La réalité morne Nous attend au réveil.
Joie, etc.
Aux grands hôtels l'air flott< Plein de chaudes o leurs. Et l'oisif y sifflotte D'adorables fadeurs.
Dans la mansarde vide, Aux murs verts et disjoints, La misère livide Rêve, en rongeant ses poings.
Joie, etc.
Au milieu des nuits folles, Femmes au cœur fougueux, Ardentes lucioles, Eparpillez vos feux !
La Morgue ouvre sa porte :
Sous le pont, tleur d'un jour, Une innocente est morte De son premier amour...
Joie, etc.
Sur l'égoïsme impie Qui pérore là-bas?
C'est la philanthropie Entre deux pâtés gras.
Sous le froid vestibule Son valet en bâillant, Fait prendre une pilule Au pauvre défaillant.
Joie, etc.
Jusqu'au blanc crépuscule L'orgie étreint Paris; Chien maigre, noctambule, Font chorus à ses cris.
El tous, pairs sur l'hermine,* Rapin sous ses vingt ans, Et gueux sous sa vermine Attendent le printemps.
Joie, etc.
2k novembre 48-4*