LES LORDS ET JOI1HI1L
Milords, vous êtes bien toujours les mêmes hommes! Au seuil du Parlement, maigres, exténués, Par le feu des fourneaux et le jeûne tués, L'autre jour, on voyait des milliers de fantômes S'écriant : «Aurons-nous, n'aurons-nous pas de pain ? » Vous avez décidé qu'ils mourraient tous de faim.
Car votre loi, qu'est-elle?... Une froide ironie !
C'est une goutte d'eau sur une ville en feu,
Un centime jeté dans le gouffre du jeu,
Un peu de cordial à l'homme à l'agonie ;
C'est du cœur comme en ont les riches obligea ns
Qui jettent leur centime au nez des pauvres gens.
C'est une chose triste à voir que le spectacle De celle île de fer, où, parmi les brouillards, Errent des enfans mis, des mères, des vieillards; Pendant que rassemblés, dans leur riche cénacle, Quelques lords ennuyés tordent de leurs deux main-. Pour les mieux savourer, tous les plaisirs humains.
i Les lords venaient, pai un vole, de maintenir, sauf uno nao diftcation insignifiante, l'odieuio loi des eéréalsu
Que dire à ces gens là? puisqu'ils ignorent même Que lorsque l'on est las de regards agaçans, Que lorsque l'on a lui du feu par tous les sens, Que l'on n'a plus, hélas ! sur un visage blôme, Que deux yeux presqu'éleints et qu'un rire moqueur, l'n peu de bien semé fait reverdir le cœur.
Que leur dire? sinon qu'un t<;irible mystère
Des puissans de ce monde enferme les destins : Que l'on a vu tomber les fronts les plus hautains, Et que le peuple anglais, dont on presse l'artère, Pourra bien avant peu, concentrant ses efforts, Dans un râle sanglant, étouffer tous ses lords.
Oh! je le sais, John-Bull a la cervelle dure; Eu taureau de Durliam son dos porte le bât; Jamais sous le fardeau sa jambe ne s'abat; On le pille, il se lait ; on le frappe, il endure. S'avbe-t-ilun jour devenir réclamer, Par le policeman on le fait assommer.
Quand on l'a vu vaguer, flasque, les regards ternes, Sur les trottoirs du Strand, ou regarder sur l'eau Les steamers traversant le pont de Waterloo ; Quand on l'a vu sortir chancelant des tavernes. Le ventre transformé, dans son contour massif, En tonne de porter, de gin et de rosbif;
Lorsque, dans Regent-Street, aux splendides façades, On l'a vu couvert d'or, et d'un air engourdi, Promenant l'épagneul d'une grave lady; Ou, dans les grandes cours, qu'entourent des arcades, S'étendant, absorbé dans un épais sommeil, Comme un phoque qui vient se pâmer au soleil ;
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Lorsqu'aulour des hustings, d'un bras tenant son \ en e De l'autre menaçanl le candidat rival, On l'a vu transformer le poil en carnaval ; Quand on l'a vu hurler, érumant de colère; S'armer de faux ; crier : « Mort à tout genllerr an ! » Puis s'enfuir à l'aspect d'un bon gros alderman. . .
Quand on le connaît bien, ce peuple misérable. Peuple au cœur sec et froid dans un corps impotent, Lourd reptile qui grouille au fond de son étang, — Oh! l'on croirait son mal à jamais incurable, Si l'on ne savait pas que la faim rend cruel. Et qu'un Stuart, un jour, fut lue par Cromwel.
Car, de tous ses discours sentant la labagie. De sa vaine fureur contre un homme d'Étal. De ses attroupemens quel est le résullat? On brûle le premier ministre en effigie!... Que de son mannequin la cendre vole au vent, Peel n'en sera pas moins tory le jour suivant.
Des cris et des mots creux! mais c'est une monnaie Que l'on jette au pouvoir, en fout temps, en tout lieu; Le peuple cbansonnail Mazarin. «Et, pardieu! Qu'il chante, s'il le veut, dit il, pourvu qu'il paie! » Robert Peel fait de même : on peut bien, sur ma foi, Le maudire, pourvu qu'on accepte sa loi.
Tu mousses, ô John Bull ! comme l'aie d'Ecosse;
Mais en soufflant dessus, ton feu s'évanouit.
Les lords se moquent bien, s'ils recueillent le fruit,
Qu'avec ton pied brutal tu piétines la cosse.
De l'échelle où l'orgueil maintient ses droits félons,
Fais plus que secouer, brise les échelons!
Le pays où ton dos étale ses guenilles, La tt rre où tes sueurs tombent comme un engrais, Tout le royaume uni, ses champs et ses forêts Appartiennent à cent soixante-six familles ! Eh bien, c'est odieux! et tu peux hardiment Crier a chaque lord : « Vous être irop gourmand. »
Tu peux dire à Buccleugh, aux satrapes d'Irlande,
Au comte Grosvenor, à Francis Egcrton,
A Portman, à sir Loyds, au duc de Wellington,
A vingt autres : a Messieurs, ma patience est grande
Mais il me faut du blé ! car, après tout, je vaux
Autant que vos laquais, vos bœufs et vos chevaux !
Car, vous le savez bien : je n'ai pas l'âme avide, Mais il me faut nourrir ma femme et mes enfans ; Or, après un grand jour de travaux étouffans. Ma famille, en rentrant, trouve l'armoire vide ; Et, mourir pour mourir, messieurs je vous préviens Qu'à partir d'aujourd'hui je me bats pour les miens. ï
Le jour où, secouant la chaîne qui te blesse,
Tu parleras ainsi, tes suzerains altiers
Devant le sou du pauvre ouvriront leurs greniers ;
Car enfin, ils ne sont forts que de ta faiblesse ;
Et quand le peuple a faim, ils sauront tous fort bien
Que le riche n'a pas droit d'engraisser son chien.
17 février 1843.
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An» : Etoifinnns les lumièrr».
Messieurs, mon regard de sorcier
A plongé dans les astres; Et de la balance au bélier
Je n'ai vu nuls désaslres.
L'âge d'or, lait très certain, ISous arrive l'an procbain.
— Vous mentez, beau poêle ..
—C'est possible, après tout ; mais, bab !
Un fort mauvais propbète
Fait un bon almanach.
Enfin, pour la première fois,
Dépouillant leurs colères Petits et grands, peuples et rois Vont s'embrasser en frères ; Et cerle! on ne verra pas Un seul baiser de Judas.
— Vous mentez, camarade....
—C'est possible, après tout ; mais, bah ! Souffrez la gasconnade, Je fais un almanach !
— ils —
Le droit divin désappointe,
Formant un plan sublime, Prend bravement la liberté Pour l'emme légitime.
La couronne bel et bien S'allonge en bonnet phrygien.
— Vous mentez, c'est notoire....
C'est possible, après tout; mais, bail ! Qui vous force à me croire V Je fais un almanach.
Bon ! le système converti
En plein conseil s'écrie :
« Messieurs, il n'est plus qu'un parti
» Pour sauver la patrie :
» Qu'à Guizot à son déclin o Succède Ledru-ltollin ! o
— Vous mentez, comme un drôle..
—C'est possible, après tout; mais, bah
C'est l'esprit de mon rôle,
Je fais un almanach.
L'Anglais, pour nous quel doux tableau
De honte l'âme pleine, Abat le ponl Waterloo,
Défonce Sainte -Hélène.
Il jure que Wellington N'est qu'un héros de carlon.
— Vous mentez, par le diable !
—C'est possible, après tout; mais, bah !
Quoi de plus excusable?
Je fais un almanach.
La cour reconnaissant ses toits,
Ecrit à la Réforme :
« Je laisse là, bastilles, forts,
» Enceinte, plate-forme ; » Je ne compte désormais o Que sur l'amour des français. »
— Vous mentez, sans vergogne.,.
— C'est possible, après tout; mais, bab !
A chacun sa besogne.
Je fais un almanach.
L'Espagne sorlant, grâce à Dieu,
De son sinislre rêve, Au soleil du juste-milieu
Fleurit et se relève. Son destin sort triomphant Du bourlet d'or d'un enfant.
— Vous mentez, sur mon Ame!...
— C'est possible, après tout; mais, bah!
Bien sol est qui réclame,
Je fais un almanach.
PIu9 de grand ouvrage à sucres Qui se vend à la livre; Liarlière écrit en français:
Vatoul fait un beau livre.
Quatre feuilletons enfin Seront lus jusqu'à la fin — V0119 mentez, mon compère...
— C'est possible, après tout: mais, bah! Mon métier le tolère, Je fais un almanach,
Bref, les plus habiles amont Foi dans leurs mandataires; Les plus méfians livreront Leur argent aux notaires ; Pour rosières on prendra Les dames de l'Opéra.
— Vous battez la breloque...
— C'est possible, après tout; mais, bah ! Bon public, je m'en moque, J'ai fait mon almanach.
décembre ik.j:,.