LES MODERES AU BAL DE WRVAEZ
Air : C'est l'amour, 1 amour.
Gai !... l'Espagne rompt son frein. En fêtes!
Jouez, castagnettes !
Gai ! dansons sur le chagrin 1 Isabelle est en train.
Narvaez, la brette au derrière, Superbe et fronçant les sourcils.
Sous ses bottes à l'écuyère Depuis un an tient le pays.
Sa jambe Iriumpbantc,
Qui nargue Espartero,
Pour la reine et l'infante
S'élance au boléro.
Gai!... le peuple en souverain Se lève.
Et saisit son glaive.
<iai ! dansons sur le chagrin !
ïsalu-llp est on train.
Notre pouvoir est une orgie, bit nous sommes gens, maigre toul Sur l'Espagne, de sang rougie, A rester ivres jusqu'au boul.
Dus cris de la canaille,
Lâche et sot qui s'émeut !
Nos droits sont la mitraille;
Les conteste qui peut!
Gai !... Comme un feu souterrain, La haine A rongé sa chaîne ; Gai ! dansons sur le chagrin ■ Isabelle est en train.
Droits, libertés, sottes paroles,
Codes, chartes, bagage usé ;
Descamisados, mauvais drôles!
Nous avons tout détruit, brisé!
Bras d'une tête auguste, Au seul son de sa voix, Avec l'aplomb du juste.
Nous frappons fronts et lois.
G;ii!... nous fuirons tous demain Peut-être, En traînant la guêtre.
Gai! dansons sur le chagrin !
Isabelle est en train.
On siffle notre comédie :
Des modérés massacrant tout !
L'idée était neuve et hardie; Mais le public a mauvais goût
Notre chef, tète haute,
Nous fera dépecer;
En attendant qu'il saute,
Il nous donne à danser.
(lai !.. Piim se dresse hautain :
Il -erre Les poings de colère. — (.ai ! dansons sur le chagrin!
Isabelle est en train.
Nous avons brisé les épées Qui nous frayèrent le chemin; Mais voi'à qu'à nos équipées /.urliano prétend mettre lin. Qu'y faire? en leurs bagarres Dix chefs, vainqueurs d'un jour, Comme en un jeu de barres, Se chassent tour-à-tonr.
Gai!... le grand jour est prochain L'air fume, La guerre s'allume. — Gai ! dansons sur le chagrin !
Isabelle est en train.
Andalousie et Catalogne
Roidissent leur bras aguerri;
L' Aragon est à la besogne;
La Galice n'attend qu'un cri.
Mecr, Breton, en campagne !
Imprimons, eu glissant, Sur le front de l'Espagne, Noire pied teint de sang !
Gai !... serons-nous ce matin A table, Ou bien cbez le diable?
Gai '■ dansons sur le chagrin !
Isabelle est en train.
L'Espagne, coursier qu'éperonne
Pied de reine ou talon de roi, Peut bien enfin heurter le trône.
Et le laisser en désarroi.
Saint Jacques nous conduise !
Mais si contre recueil
Notre reine se brise,
Menons gaîment son deuil !
Gai!... l'Espagne rompt *on frein.
En fêtes, Jouez, castagnettes !
Gai! dansons sur le chagrin ' Isabelle est en train.
29 novembre 1844.
'^ç&ar'*