‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 54 sur 56 · LA PUISE DE L\ BASTILLE · texte numérisé non relu

LA PUISE DE L\ BASTILLE

\ir : Honneur aux enfana de ia France

Des vieux pouvoirs sonnant les funérailles, i.a liberté trônait sur des débris ; Mais les huit tours, aux sinistres murailles, Jetaient encore leur ombre sur Paris :

Un homme alors, toisant les hautes grilles, Dit : «Les huit tours s'écrouleront ce soir; » — Comme en ce jour de noble espoir, Répétons : à bas les bastilles ! (bis.)

« Dans les cachots où des bourreaux les plongent, » Les malheureux enfin tressailleront ; » Des noirs créneaux où leurs gueules s'allongent «Les lourds mortiers sur le sol rouleront. «Oui, compagnons, à travers nos guenilles, s» Nous sentirons rayonner le soleil ; » — Comme à cette heure de réveil.

Répétons : à bas les bastilles ! (bis.:

« La tyrannie a de sinistres rêves, » Où des frissons lui labourent le corps, » Où son regard voit flamboyer «bs glaives; ions ses cachots se remplissent alors J

» Pour épargner le sang do nos familles,

» Jetons à bas le château détesté; »

—Comme en ce jour de liberté, Répétons : à bas les bastilles ! (bis.)

« Le sang gaulois par nos pores déborde ; » Sous les affronts notre poitrine bout ; » Ainsi qu'un arc brisant enfin sa corde, » Que chaque front se retrouve debout ! » Libres et fiers, qu'alors des jeunes filles » Les citoyens ne craignent plus l'accueil ! » — Comme en ce jour de noble orgueil, Répétons : à bas les bastilles ! (bis.)

« Nous souffrons, nous, hommes au large buste » Nous dont le cœur bondit de passion, » Des nains juchés sur notre dos robuste, » Comme un enfant sur les crins du lion ; » Allons ! allons ! secouons ces chenilles, » Frères, donnons l'essor à notre ardeur?» —Comme en ce moment de grandeur, Répétons : à bas les bastilles ! [bit.)

« Aux chiens repus c'est trop porter envie, » C'est trop ronger nos poings de désespoir; » Frères, enfin, au banquet de la vie » Le peuple a bien mérité de s'asseoir. » D'un bras domptons l'orgueil des Mascarilles, » Et tendons l'autre à la fraternité ; » — Comme en ce jour d'égalité, Répétons : à bas les bastilles ! (bis.)

« Lorsqu'il sifflait sur nos brunes poitrines,

« Oh ! que de fois, le fouet des grands seigneurs

» A mis du fiel dans nos larges narines,

» Et sur nos corps de brûlantes sueurs

o Qu'ils tremblent donc ! le deuil de nos familles o Va retomber sur eux dans un moment ; » — Comme en ce jour de cbàliment, Répétons : à bas les bastilles! [bis.)

Ainsi parla d'une voix haute el sombre L'homme du peuple aux cnfansdes faubourgs; Et, vague immense aux gouttesd'eau sans nombre, Le peuple alors heurta les vieilles tours. Quand vint le soir, garçons et jeunes filles Sur les débris dansaient d'un air joyeux ; —Comme en ce jour si glorieux, Répétons : à bas les bastilles! (bis.)

14 juillet 184t.

il\ REDEMANDE IEN BONS DÉPUTÉS.

Air de [a (jatacoua.

Quand chajue député détalc Pour soigner sa vigne ou ses foins.

On dit : Bravo! la capitale A quatre cents hâbleurs de moins.

Puis Paris, quand revient décembre, Dit : c'est vrai, je suis bien joyeux ;

C'est merveilleux I

Délicieux !

Pourtant quand on rouvre la Chambre, Ma foi ! l'on s'amuse bien mieux.

Les grands journaux à toutes sauces Ayant accommodé leurs plais, Veulent à grands renforts de gausses, Ranimer le feu des débals :

A coup de lartineon bataille, La poudre partout vole aux yeux,

C'est merveil'eux !

Délicieux !

Mais quand la Chambre se chamaille, Ma foi ! l'on s'amuse bien mieux.

Alors, des milliers de systèmes.

Surgissent sur les horizons; Ce ne sont que plans, que problèmes, Que grands mots et pauvres raisons ;

On s'échauffe, et dans la dispute, Tout le monde est victorieux.

C'est merveilleux !

Délicieux !

Pourtant quand la Chambre discute, Ma foi ! l'on s'amuse bien mieux !

Silence! Bertin tambourine :

Aux yeux des badauds étonnés, Il jette au chef de la Doctrine L'encensoir au milieu du nez ; Le Messager, pris par la fièvre, Knlonne un chant mélodieux ;

C'est merveilleux!

Délicieux !

Pourtant le cri de Jack-Lefebvre, Ma foi ! nous amuse bien mieux !

Là-bas contre les anarchistes, Jappe certain dogue gascon ; A côté, les dignes gauchistes Célèbrent leur petit patron; Tous, remplis de leur importance, Posent d'un air prodigieux;

C'est merveilleux !

Délicieux !

Mais quand Roui fait de l'éloquence, Ma fui ! l'on s'amuse bien mieux.

Lorsque la presse, d'un ton grave, Débite un horrible morceau Sur le sucre de betterave, Les servitudes, les cours d'eau,

Chacun du regard s'interroge Et l'on sodit d'un air piteux

C'est merveilleux !

Délicieux !

Pourtant quand Fulchiron patauge, Ma foi ! l'on s'amuse bien mieux.

Nou9 avons vu princes, ministres, Krrer par les départemens ; Nous avons entendu des cuistres Les écraser de complimens.

Ecoutez : l'air partout résonne Des chants les plus facétieux;

C'est merveilleux!

Délicieux I Mais le discours de la Garonne Ma foi ! nous amuse bien mieux.

15 décembre 184*

LE TRIBl'ML IlES MORTS.

En Egypte, jadis, lorsque les rois mouraient, De Thèbes à Memphis les peuples accouraient ; Selon que le monarque était mauvais ou juste. Ils votaient à son nom un monument auguste, Ou brûlaient son cadavre, et le jetaient aux venls Les morts étaient ainsi la leçon de6 vivant.

Afin qu'en France aussi leur jugement profite, Dressons pour les puissans le tribunal des mort» ; Aux grandes actions que leur triomphe invite! Ou que leur châtiment éveille le remords! No craignons pas, devant leur tombe qui s'entr 'ouvre D'écarter le manteau dont l'amitié les couvre : Le trépas ne saurait excuser les pervers ; De quelque vif éclat que sa tôle rayonne, L'homme lègue, au moment où l'âme l'abaudonne, Sa mémoire aux vivans, et son cadavre aux vers

Procuste financier! agioteur d'Alsace,

Uurnann, maudit soit le moment Où la France, déjà ployant sous sa besace,

Dut subir ton recensement.

i Celle pièce fui inspirée par la mort presque simultanée (la trois hommes ctaaus » diir«i»n» litres : Humain», Berlin <l« v»u\

J UesteeV

Lorsque le déficit ouvrait sa gueule avide,

Pourquoi, laissant là Ion projet, Ne vis-tu pas qu'au lieu de noire bourse vide,

Il fallait saigner le budget?

Devant les recenseurs, un matin, dans nos villes.

Le canon donna le signal...

Et ton cœur, au milieu des discordes civiles,

Garda la froideur du métal.

Eh bien! ce souvenir restera sur la France

Et fera maudire ton nom, Car tu fus insensible au cri de la souffrance

Comme à la loi de la raison.

Roi des Débals ! le ciel t'avait donné la plume,

Cette arme des siècles nouveaux, Cette aigrette de flamme où tout progrès s'allume :

Qu'en as-tu fait, Bertin de Vaux?

Dans les champs où la presse ordonne en souveraine,

Quels nobles coups as-tu portés ?

Quel rôle as-tu joué dans cette grande arène

Où combattent nos libertés?

Fils de la presse, au char retiré de l'ornière

Quand tu devais prêter secours , Tu t'es, des deux poignets, cramponné par derrière;

Tu l'as fait marcher à rebours.

Quand brilla le soleil de la grande semaine,

Attisas-tu son feu si beau ?

Non! tu soufflas dessus de toute ton haleine,

Comme on souffle sur un flambeau!

Bertin de Vaux! ton nom mourra triste et vulgaire :

Tu portais l'instrument du bien, Et tu ne voulus pas ou ne sus point le faire...

Tu fus un mauvais citoven !

Mais sur les trahisons et les ignominies, Dieu fait étinceler le front de la vertu ; Dans la route où sur lui pleuvenl les calomnies, Pour que l'homme do cœur ne soit point abattu, Dieu met le Panthéon auprès des gémonies.

Vieux Moncey, tout enfant, tu partis, sac au dos,

Robuste et hardi volontaire ; Depuis, à ton pays vouant bras et repos, Tu n'as pas déposé ton habit militaire. Tu fus de ces guerriers qui, le frac en lambeaux,

Le corps haché par la mitraille, Marchaient, n'espérant rien du fruit de la bataille,

Qu'un peu de pain et des sabots.

Car à la guerre, alors, le profit était mince ;

La victoire, échauffant les cœurs, Ne jetait pas encor des couronnes de prince

Sur le front bruni des vainqueurs !

Plus tard, ton astre enfin dégagé de ses voiles,

Apporta sa part de splendeur A ce beau ciel, si riche en brillantes étoiles,

Où rayonnait notre Empereur.

Mais tu n'élevas point jusqu'à l'idolâtrie

Ton culte pour le grand soldat :

Au-dessus du nom plein d'éclat, Plus éclatante encor tu voyais la patrie. Aussi, lorsqu'un matin, Cosaques et Prussiens

Sur nous ruèrent leurs cohortes,

Debout au milieu de nos portes, Sabre en mains, tu crias : « A moi les citoyens ! » Et lorsque l'Empereur, brisé, sans espérance,

Acceptait son arrêt de mort, Tu luttais, raidissant tes bras contre le sort ; Tu luttais sans trembler, car c'était pour la Fiance!

Gloire à toi pour ton cœur '.gloire à toi, vieux Moneey: Car tu n'oublias pas ton amitié pour Ney! Car ton nom est do ceux que toute bouche nomme ; Tu fus grand sous la tente et grand dans le combat ;

Tu te battis en bon soldat,

Et tu vécus en honnête homme!

Ainsi l'arrêt public apporte joie ou deuil... Maintenant, sur les morts refermez le cercueil !

28 avril 181-2.

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