‹ Structure des circonvolutions cérébralesChapitre 50 sur 86 · Thèse de Strasbourg · texte numérisé non relu

Thèse de Strasbourg

semble condamnée par ce que nous disions plus haut sur les effets de l'anhémie qui paralyse immédiatement l'excitabilité du cerveau. D'ailleurs, M. Ferrier a vu qu'en provoquant chez un animal une attaque épileptiforme par l'excitation galvanique de l'écorce cérébrale, il y avait congestion et non anhémie de cette surface. Le même fait a été plusieurs fois constaté par M. Vulpian.

De nombreux auteurs ont insisté sur les rapports du sommeil avec la circulatioo de l'encéphale. On admettait autrefois que le sommeil était dû à une congestion cérébrale. Cela fut contesté par Durham, qui Qt le premier des expériences régulières sur ce sujet'.

Il enlevait une rondelle crânienne , mettait la duremère à nu, et observait le cerveau. — Il a conclu de ses expériences que pendant le sommeil normal le cerveau est anhémié, que, dès que l'animal se réveille, le cerveau se congestionne, en sorte que l'anhémie est la cause ou l'effet du sommeil.

En réalité, les expériences de Durham sont peu nombreuses et prêtent à la critique : j'en dirai autant des observations qu'on a prises sur des malades ou des blessés \

Quant aux expériences de Regnard, faites surtout sur des animaux chloroforniisés, elles ne prouvent rien pour l'état normal, ou du moins la démonstration est insuffisante*.

1. Physiology of the Sleep. Guy's Hospital Reports, 1860. p. 149 et suiv.

2. Krauss, Gaz. hebcl., 1854. — Brown, American Journ. ofrned. science, 1861, etc.

3. Yoy. l'excellente thèse de Langlet, Etude critique sur quelques points île la physiologie du sommeil, th. inaug., Paris, 1872.

Fleming1 a fait quelques recherches qui lui ont paru confirmer la théorie de la production du sommeil par l'anhémie. En comprimant fortement les carotides, on obtient une hypéresthésie passagère , caractérisée par des vertiges, des bourdonnements d'oreille, une hypéridéation analogue à celle de la somnolence, et enfin la somnolence, le sommeil etl'anesthésie. Mais quel rapport y a-t-il entre ces phénomènes et le véritable sommeil?

M. Brown-Séquard a défendu aussi la théorie de l'anhémie cérébrale comme cause de sommeil, et il assimile, jusqu'à une certaine mesure, le sommeil normal à une légère attaque d'épilepsie. Il y a là un rapprochement ingénieux , mais on ne peut expliquer un phénomène dont on ne connaît pas la cause par un autre phénomène plus mystérieux encore2.

En tout cas, la théorie de l'anhémie, appuyée sur les faits de Durham et de Fleming, n'entraîne pas la conviction, d'autant plus que d'autres faits semblent prouver le contraire.

Ainsi les expériences directes entreprises à l'effet de juger l'état de la surface cérébrale, n'ont jamais pu donner les mêmes résultats. Ni Regnard, ni Langlet. ni Durham, ni Hammond, ni J. Cappie3 n'ont pu arriver à préciser, par ces méthodes, l'état de la circulation cérébrale pendant le sommeil.

M. Gabier4 a pensé que l'observation de la pupille pourrait donner d'utiles indications. En effet, on admet,

1. Anesthésie par la compression des carotides (Bull. géa. de thérapeut., t. XLIX, p. 37).

2. Voyez pour l'exposé des opinions, déjà anciennes, de M. Brown-Séquard à ce sujet l'analyse qu'il donne d'un travail de Kussmaul et Tenner. — Journ. dephysiol., t. I, 1858, p. 201.

3. The cotisation of sleep, Edinburg, 1872. k. Gaz. deshôp., 1858.

et beaucoup de faits semblent le prouver, que la circulation de l'encéphale et celle de L'iris sout liées l'une à l'autre, la congestion de la première coïncidant toujours avec la congestion irido-choroidienne.Or, toutes les fois que l'iris est congestionné , la pupille est rétrécie : par conséquent, le rétrécissement de la pupille est un symptôme de la congestion cérébrale.

Il est certain que pendant le sommeil normal, il y a presque toujours constriction de la pupille -, mais ne doit-on pas aussi, comme je l'ai dit plus haut, accueillir avec prudence les preuves indirectes pour lesquelles il faut une série de raisonnements, excellents en apparence, mais peut-être erronés en réalité?

Pour affirmer qu'un fait est, il faut l'avoir vu; et malheureusement, on n'a pas encore vu si le cerveau était congestionné ou auhémié, pendant le sommeil normal , en dehors de toute complication pathologique ou expérimentale. Donc la question est litigieuse, et le protocole reste ouvert.

Toutefois, il faut reconnaître qu'on a, dans ces derniers temps, grâce aux appareils enregistreurs , enrichi la science d'un certain nombre de données précieuses relatives à la circulation cérébrale.

Il y a déjà longtemps que Magendie*, Bourgougnon2 et mon père 3 ont étudié les mouvements du cerveau et les oscillations du liquide céphalo-rachidien4.

Ces travaux avaient démontré que l'eucéphale se

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