‹ Structure des circonvolutions cérébralesChapitre 76 sur 86 · Revue mensuelle, 1877, p · texte numérisé non relu

Revue mensuelle, 1877, p

l'excitation sont rarement des paralysies, et qu'on a pu. en irritant expérimentalement la surface du cerveau, produire des épilepsies partielles, et des contractures, ainsi que cela a été noté plus haut.

En somme, le fait que, chez les malades, une lésion de l'hémisphère produit des paralysies et non une perte du sens musculaire, doit nous rendre très-réservés quant à la théorie de Schiff, Notbnagel et Goltz ; car là on est forcé de reconnaître qu'il a une paralysie véritable, avec impuissance du mouvement volontaire.

Cependant on ne saurait pour le cerveau conclure des animaux à l'homme d'une manière aussi formelle qu'on peut le faire pour bien d'autres fonctions, et la meilleure preuve en est, que chez l'homme les paralysies corticales sont permanentes, tandis qu'elles sont transitoires chez le chien.

Le fait que des animaux d'abord paralysés se rétablissent plus tard a été bien vu par Carville et Duret '.

Ces observateurs ont constaté aussi que si, après la lésion du gyrus sigmoïde droit par exemple, l'animal étant d'abord paralysé, puis guéri, on enlevait le gyrus sigmoïde gauche, il n'y avait pas paralysie des deux côtés, que par conséquent on ne pouvait admettre la suppléance par les parties similaires de l'hémisphère du côté opposé \

Nous voici arrivés à la théorie de la suppléance qui est la pierre d'achoppement de la tbéorie des centres moteurs.

1. Voy. expér .V, p. k3k du mémoire déjà cité, et plus loin, p. 450 et suivante.

2. Voy. la thèse inaug. de M. Parant. Des suppléances cérébrales. Taris

Pour juger cette théorie, il faut d'abord distinguer deux cas, le cas de la suppléance par l'hémisphère du côté opposé, le cas de la suppléance par les autres parties corticales du même hémisphère.

1° On comprend bien que l'hémisphère droit puisse dans une certaine mesure suppléer à l'hémisphère -anche, et réciproquement; ces deux organes étant similaires et symétriques. Cela a été admis pour l'aphasie. On s'explique bien aussi comment un chien dont le centre soi-disant psychomoteur gauche, a été détruit, ne peut lever la patte droite, mais marche cependant également bien avec les deux pattes, la marche étant un réflexe provoqué par le contact du sol. Pour expliquer ce fait, qui peut paraître obscur, comparons le centre psychomoteur à la rétine. L'excitation de la rétine produit des réflexes de l'iris. Quand la rétine droite est détruite par exemple, l'iris droit ne peut plus se contracter Cependant si à un malade, dont la rétine droite est inerte on éclaire brusquement la rétine gauche, l'iris droit se contracte, par réflexe croisé. Ces faits sont incontestables, mais 1 expérience a montré que, pour les centres corticaux, la suppléance par l'hémisphère du coté opposé nexjstait pas, et que le mouvement volontaire était conservé, même après l'ablation des gyrus de l'un et 1 autre hémisphère.

2° Il faut donc admettre une suppléance par l'écorce grise de l'hémisphère du même côté, et c'est précisément cette suppléance qui est très-difficile à comprendre.

Si réellement la circonvolution qui entoure le sillon crucial est le centre moteur des deux membres, en enlevant a droite et à gauche ces deux circonvolutions, on doit paralyser les quatre membres, et, si cela n'est pa< ce nest pas un vrai centre moteur. Étant donnée une

fonction, si l'on supprime l'organe, on doit supprimer la fonction. L'organe rétine a la fonction de la vue. Si l'on détruit les deux rétines, on abolit la fonction visuelle. Il faudrait alors admettre qu'il y a plusieurs organes pour une seule fonction, et plusieurs centres moteurs pour chaque membre; ce qui est certainement contraire à la vraisemblance et à la vérité.

Ainsi le mot de suppléance ne signifie rien; sinon que ceux qui admettent la suppléance ne peuvent pas admettre de véritables centres moteurs.

Cependant chez l'homme les paralysies corticales ne sont pas transitoires, mais permanentes; de sorte qu'il faudrait peut-être établir une diflérence entre l'encéphale de l'homme et celui du chien.

En résumé l'ablation des centres dits moteurs ne prouve qu'une seule chose, c'est que la conduction volontaire est supprimée : de même qu'après la section du sciatique, les muscles de la jambe sont paralysés, de même après la section des faisceaux blancs de la zone corticale motrice les muscles en rapport avec ces faisceaux sont paralysés.

Il y a cependant une différence: c'est que cette conduction volontaire n'est supprimée que pendant un temps, tandis que lorsque le nerf est coupé, elle est supprimée pour toujours.

Cela semble indiquer que cette conduction, au moins chez le chien, n'a pas une route absolument tracée d'avance. M. Vulpian a démontré que, pour la moelle, la conduction était indifférente, se faisant également par toutes les parties de la substance grise. Il est probable que pour le cerveau cette [indifférence existe, quoique dans une mesure moindre. // y a des voles habituelles ; il n'y a pas de voie nécessaire.

Examinons maintenant l'opinion des auteurs qui regardent les actions motrices des hémisphères cérébraux comme des actions réflexes.

1° SchifT suppose que le pouvoir réflexe de la substance grise est anéanti par les anesthésiques (chloral, chloroforme, éther), sans que le pouvoir conducteur de la substance blanche subisse de modifications. Par conséquent, toutes les fois que les anesthésiques suppriment une fonction nerveuse, c'est que cette fonction nerveuse dérive de la substance grise. Or les anesthésiques suppriment la fonction de l'écorce motrice, et non- seulement de l'écorce grise, mais des faisceaux blancs sousjacents. Par conséquent, ces faisceaux blancs sous-jacents vont se rendre à des centres gris que le chloroforme a paralysés, et les mouvements provoqués par l'électrisation de l'écorce sont purement réflexes.

Il y a dans cette opinion plusieurs hypothèses qu'il faudrait démontrer.

D'abord, il n'est pas certain que dans les anesthésies très-profondes, comme celles qui sont nécessaires pour supprimer tout pouvoir excito-moteur des circonvolutions, il n'y ait aucun trouble dans la conduction par la substance blanche. Au contraire, il est probable que le chloroforme et l'éther agissent d'une manière énergique sur les cylindres axes de la substance blanche, et finissent par la tuer, comme ils tuent aussi le nerf ou !e muscle.

En second lieu, est-ce qu'il ne peut pas y avoir conduction par les parties grises de la moelle allongée et du bulbe, sans que cette conduction soit identique à une action réflexe ? ce n'est plus une hypothèse que cette conduction par l'axe central de la moelle. Elle a été démontrée de toutes les manières par M. Vulpian, et il est très-probable que, dans les pédoncules comme dans

la protubérance, la conduction se fait par les parties grises. Quoi d'étonnant alors, si l'on trouve dans l'anesthésie, qui tue les cellules nerveuses, le pouvoir conducteur de ces cellules aboli?

M. Scbiff a ajouté un autre fait pour démontrer qu'il s'agit bien là d'actions réflexes : c'est que la conduction est très-lente, et le retard considérable, bien plus grand qu'avec la conduction par des uerfs ou des fibres nerveuses, et aussi lent qu'une action réflexe.

2° Selon que l'excitation est plus ou moins forte, les mouvements sont plus ou moins marqués et en même temps se généralisent de plus en plus2.

Le fait est très-exact : nous l'avons constaté plusieurs fois. En augmentant la force du courant excitateur, on obtient des mouvements dans les deux membres. Est-ce un phénomène de diffusion? cela est possible; aussi l'argument n'a-t-il pas beaucoup de valeur.

3° Le meilleur argument à faire valoir en faveur de l'hypothèse d'une action réflexe, c'est qu'il y a, en même temps que des mouvements dans un membre, des mouvements dans les artères, l'iris, le cœur, etc. Par conséquent, il faudrait admettre des centres cardiomoteurs, vaso-moteurs, sécréto-moteurs, etc.

Un fait constant, sur lequel M. Vulpian a insisté dans ses cours, c'est que l'excitation du gyrus sigmoïde est toujours sensible. Non chloralisés, les animaux se débattent et poussent des cris de douleur. Chloralisés légèrement, ils sont réveillés par l'excitation électrique du gyrus, et, pour qu'ils ne manifestent aucun signe de sensibilité, il faut une anesthésie très-profonde. Tous les phénomènes d'arrêt de la respiration et du cœur se compliquent

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