‹ Structure des circonvolutions cérébralesChapitre 77 sur 86 · Hermann, Pflihgeir's Arch., t. X, p · texte numérisé non relu

Hermann, Pflihgeir's Arch., t. X, p

d'une excitation douloureuse, et la difficulté est de séparer ce qui appartient à la sensibilité, et ce qui appartient à l'excito-motricité.

On peut regarder comme certain qu'il y a autour du gyrus sigmoïde des faisceaux blancs sous-jacents à la substance grise, et dont l'excitation détermine en même temps de la sensibilité, des mouvements dans les viscères et des contractions artérielles"? Tous ces faisceaux blancs sont-ils exactement limités? et y a-t-il des centres vasomoteurs, des centres sécréto-moteurs, etc. ? Cela est bien peu vraisemblable.

Ce qui peut nous éclairer pour donner la théorie de ces phénomènes, c'est ce qui se passe pour la moelle et les réflexes de la moelle. Les nerfs, une fois qu'ils sont sortis de la moelle, se divisent en une multitude de branches, qui vont à la périphérie cutanée présenter une très-grande surface. Les terminaisons nerveuses pépériphériques représentent une vaste surface de dissociation, et la moelle, un cordon de condensation. Si on excite un point de cette surface, il y aura deux séries de mouvements différents, un premier mouvement local qui se portera sur le muscle répondant à la surface cutanée touchée ; un second mouvement à distance, qui, traversant toute la moelle, arrivera jusqu'au bulbe, et se réfléchira dans ces organes délicats et impressionnables, tels que l'iris, le cœur et les vaso-moteurs; ces organes sont, en effet, des esthésiomètres d'une extrême perfection, et la moindre excitation bulbo-médullaire provoque leur mouvement.

Cela étant, n'est-ce pas un phénomène identique qui se passe dans l'excitation du cerveau? Il y a d'abord l'excitation des faisceaux qui déterminent des mouvements dans les muscles ; mais comme cette excitation

porte aussi sur la substance grise du bulbe, et comme les centres réflexes de l'iris, du cœur, des vaisseaux, sont extrêmement sensibles, l'iris, le cœur et les vaisseaux sont influencés immédiatement par cette excitation bulbo-médulaire.

Nous pourrions donc comparer, jusqu'à un certain point, l'appareil de dissociation périphérique de la peau à l'appareil de dissociation périphérique de l'écorce grise du cerveau; les deux systèmes étant en connexion étroite avec le névraxe de substance grise. L'excitation de l'un ou l'autre de ces appareils produisant deux sortes de réflexes, lesuns, limités et localisés, dépendant de la région excitée primitivement; les autres, disséminés, dépendant simplement de l'excitation bulbo-médullaire, qui va s'irradier à distance. D'une part, réflexes de localisation, d'autre part, réflexes de diffusion.

11 me semble cependant que cette comparaison ne serait pas tout à fait exacte, attendu que l'anatomie pathologique a démontré l'existence de faisceaux (trophiques ou excito-moteurs) allant directement de la périphérie des circonvolutions à la moelle, sans passer par les ganglions centraux et la substance grise axile de l'encéphale.

On peut donc concevoir qu'il y a dans les faisceaux blancs rolandiques deux ordres de fibres : les unes allant directement à la moelle sans passer par la substance grise (ce sont ces faisceaux dont l'existence paraît démontrée par les scléroses descendantes), les autres allant se perdre dans la substance grise centrale des corps striés, des pédoncules et surtout de la protubérance et du bulbe, et provoquant par leur excitation l'excitation dn bulbe et, par conséquent, des mouvements réflexes dans tous les appareils de la vie organique.

On pourrait aussi se demander si tous les faisceaux blancs moteurs vont directement aux muscles, et si un certain nombre d'entre eux ne passent pas par les centres gris de la moelle.

Toutes ces hypothèses sont intéressantes, car des recherches précises pourront probablement êti*e instituées pour confirmer les unes ou les autres.

Si maintenant nous résumons ces différents faits, et si nous cherchons à en établir la synthèse, en leur appliquant les notions connnesde la physiologie nerveuse générale, nous verrons que si certaines parties du cerveau sont excitables, tandis que les autres ne le sont pas, cela tient à leurs connexions. C'est parce qu'ils sont reliés aux corps optostriés et au bulbe que leur faradisation provoque de la sensibilité, de la douleur et du mouvement ; taudis que les autres fibres blanches du cerveau n'ayant plus les mêmes rapports, leur excitation ne peut rien produire. C'est aussi à cause de leurs connexions avec la moelle qu'il y a des dégénérescences en certaines régions, et qu'il n'y en a pas dans d'autres.

On peut assimiler l'appareil des circonvolutions à l'appareil nerveux périphérique. Ces deux systèmes sont reliés aux centres par des fibres convergentes, centripètes, mais ces fibres à leur point de départ sont dissociées de manière à pouvoir être lésées isolément.

Il semble que la périphérie des circonvolutions soit le siège d'actions complexes, inconnues, intellectuelles, allant porter l'excitation volontaire aux centres ganglionnaires par des fibres spéciales, en sorte que, ces fibres conductrices étaut lésées, il y a paralysie.

Mais cette localisation n'existe pas également chez tous les animaux : ainsi que l'a si bien démontré M. Milne Edwards, à mesure qu'on s'élève dans l'échelle

des êtres, la division du travail est plus parfaite. En appliquant cette donnée à l'innervation, nous pouvons supposer que la conduction devient de plus en plus précise. Les faisceaux blancs destinés à transmettre tel ou tel mouvement forment des groupes plus nombreux et mieux déterminés. Comme M. Vulpianl'adit il y a déjà longtemps, comme Feri'ier l'a montré dans ses expériences, l'appareil des circonvolutions devient d'autant plus important que l'animal occupe un rang plus élevé dans la série animale. Chez les jeunes animaux, qui sont des êtres inférieurs, il n'y a aucune excitabilité motrice de l'écorce cérébrale '.

C'est que les circonvolutions sont un appareil de luxe, un système surajouté au système vital, essentiel, constitué parles parties qui entourent le canal central encéphalo-médullaire.

Quant aux faits, nous pouvons les résumer en quelques lignes.

A. Les paralysies corticales, chez le cbien, sont transitoires : elles sont permanentes chez le singe (Ferrier). et, pour ce qui est de l'homme, M. Charcot a démontré par un ensemble imposant de preuves qu'elles existent, permanentes, à la suite d'une lésion d'un hémisphère, sans lésion des centres ganglionnaires.

B. Les lésions corticales (rolandiques) n'entraînent jamais d'anesthésie (immédiate ou consécutive) chez l'homme, tandis que chez le chien elles troublent certainement la sensibilité.

1. Soltmann, Contralbl. f. d. med. Wissensch., 1875, 14, p. 209. M. Bochefontaine m'a dit avoir vérifié l'exactitude de ce fait si important. Cependant sur les cochons d'Inde nouveau-nés, qui à leur naissance sont déjà très-développés, l'écorce du cerveau est excitable. M. Tarchanoff (Gaz. Méd., 1878, p. kkl) vient de publier sur le développement des centres psycho-moteurs chez les jeunes chiens au travail intéressant.

C. Il y a donc entre le cerveau de l'homme et celui du chien une différence notable : aussi ne doit-on con dure île l'un à l'autre qu'avec de grandes réserves.

D. Chez l'homme il y a des exceptions, des cas rares, très-peu nombreux, si on veut éliminer tous ceux qui sont douteux, mais enfin il y a des cas certains, authentiques, où des lésions profondes et étendues de l'une ou l'autre des circonvolutions rolandiques n'ont pas entraîné de paralysie, comme aussi des lésions de la circonvolution de Broca n'ont pas entraîné l'aphasie.

E. Cependant, dans la très-grande majorité des cas, une lésion corticale de l'hémisphère entraîne la sclérose des cordons latéraux, de la moelle allongée, etc., sans passer par les centres ganglionnaires. Si, comme cela est probable, l'action trophique (?) et l'action excitomotrice suivent un même trajet, on peut en conclure qu'il y a des faisceaux blancs allant directement de la zone rolandique dans la moelle et dans les muscles sans passer par les centres ganglionnaires.

F. D'autre part il est certain que, chez le chien, toute excitation de la zone corticale rolandique non-seulement agit (directement?) sur les muscles, mais encore agit sur la sensibilité, la pression artérielle, la sécrétion salivaire, les vaso-moteurs, etc.

G. Chez les nouveau-nés l'écorce cérébrale n'est pas excitable, et cependant ils sont capables de mouvement et de sensibilité (non-consciente?) Après l'abrasion du gyrus sigmoïde, des chiens [nouveau-nés ne présentent pas de paralysie.

H. Y a-t-il des centres psycho-moteurs? cela est trèsdouteux, mais cela importe peu, et c'est déjà un beau résultat pour la physiologie et la pathologie réunies

d'avoir démontré des faisceaux psycho-moteurs, plus développés chez l'homme que chez le chien.

I. Donc: 1° Chez la plupart des individus, mais non pas tous, les faisceaux psycho-moteurs existent, bien limités, et peuvent être paralysés, atrophiés, surexcités isolément.

2° Cet isolement est très-imparfait chez le chien ; nonseulement entre les divers faisceaux moteurs, mais encore entre la zone motrice corticale et les autres zones du cerveau.

3° L'appareil psycho-moteur comprenant l'ensemble de l'écorce des circonvolutions et les fibres conductrices est beaucoup moins développé chez les animaux que chez l'homme.

4° C'est un appareil de perfectionnement qui se développe tardivement et ne survient que chez les animaux très-supérieurs.

Ces conclusions ne sont évidemment pas très-satisfaisantes : mais elles n'ont pas de prétention à être une théorie, et servent seulement à expliquer comment les médecins et les physiologistes peuvent donner à un même problème des solutions si différentes.

§ 2. Fonctions seiialtives des circonvolutions

Nous avons vu que les parties motrices de l'écorce du cerveau sont aussi des parties sensibles. Un des premiers, M. Vulpian, dans ses cours, a insisté sur ce fait qui est très-important. Cette sensibilité est de la sensibilité générale.

Mais il y a encore dans les différentes parties de la périphérie cérébrale, d'autres régions réservées aux

fonctions sensitives spéciales, à la vision, l'audition etc et quoique la science ne soit pas encore défînitivemeni fixée sur ce sujet, c'est à Ferrier que revient l'honneur d avoir cherché ces régions sensorielles, et de les avoir jusque a un certain point déterminées.

Vision - En excitant sur des singes le gvrus angulaire (ph courbe), Ferrier avait constaté des mouvements dans les yeux, dans la tête, et enfin de la contraction des pupilles. Pour savoir s'il s'agit là d'actions réflexes, Ferrier fait l'abrasion du gvrus. Or la destruction du gyrus angulaire soit d'un seul côté, soit des deux côtés ne provoque aucune paralysie motrice; mais cette lésion amené la cécité dans l'œil du côté opposé à la lésion Si le gyrus angulaire de l'hémisphère opposé est intact la suppléance s'établit, et au bout de quelque temps la vision est de nouveau possible daus les deux yeux Au contraire, si on enlève le gyrus angulaire de l'un et de 1 autre hémisphère, la cécité est complète et permanente ' Les modifications que cette opération fait subir à ia vision ne sont pas faciles à constater: cependant, en lisant le détail des expériences de Ferrier, on peut être convaincu que la destruction du gyrus angulaire entraîne, sinon la perte absolue de la vision, au moins un trouble considérable dans cette fonction.

Ferrier a conclu de ses expériences, que si l'excitaion électrique du gyrus provoque des mouvements dans les yeux, c'est par le fait d'un réflexe : les centres visuels étant intimement unis aux centres moteurs des yeux et de la pupille. Comme il le dit un peu hypothétiquement, l'excitation du gyrus provoque des sensations

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