‹ Structure et usages de la rétineChapitre 13 sur 22 · IX. Couche des cônes et des bâtonnets · texte numérisé non relu

IX. Couche des cônes et des bâtonnets

Cette couche (stratum baccillosum, Brücke; couche mosaïque, Henle (1); membrane de Jacob ; couche bacillaire ;) est la plus remarquable des nombreuses couches de la rétine; c’est elle qui a exercé le plus la patience et la sagacité des micrographes, depuis H. Millier jusqu’à Krause et Scliultze. Malheureusement, malgré tant de travaux consciencieux et d ingénieuses recherches, nous sommes encore loin d’être fixés sur la nature et sur la signification des éléments qui la composent.

Cette couche est très-délicate. Après la mort, elle ne tarde pas à se séparer des couches précédentes, de sorte

(1) Ilenle. Eingeweidelehre, 1865.

« C’est la seule couche spéciale à la rétine, — les autres sont analogues à celles de l’encéphale, tant grises que blanches, y compris la membrane limitante qui est analogue à la pie-mère rachidienne, s (Gh. Robin. Programme du cours d’histoiogie, 1870, pg 333.;

Duval. 3

qu’on l’aperçoit sur la face interne cle la clioroïde, lorsqu après avoir enlevé celle-ci avec le plus grand soin on la plongée sous l’eau. C’est ainsi que Jacob (1) et Lang*enbeck l’ont décrite. Cette membrane intrigma beaucoup les anatomistes qui ont précédé H. Millier. Arnold la regarda comme de nature muqueuse; Weber et Franzel (2) ladisaient séreuse (3). En 1836, Huschke, en Allemagne, etGiraldès, en France, démontrèrent qu’elle est unie aux autres parties de la rétine à l’état frais.

Cette couche, épaisse en moyen r. de 40 à 50 g, se compose de deux espèces d’éléments : les bâtonnets ( bacilli ) et les cônes [coni). Ces éléments peuvent être comparés, d’une manière générale, à de petits cylindres, parallèles entre eux et placés perpendiculairement à la surface de la rétine, de sorte que, lorsqu’on examine un fragment de cette couche par sa face externe, elle se montre comme composée par les pièces d'une mosaïque , pièces dont les unes sont plus petites et les .autres plus largues, selon qu’elles répondent à des cônes ou à des bâtonnets.

A. Bâtonnets {bacilli, stœbchen).

Les bâtonnets, déjà aperçus par Leeuvenhoek, en 1722, dans la rétine de la grenouille, sont à peu près cylindri-

(1) J. -T. Walther (de Berlin) el Zinn auraient découvert et nettement indiqué cette couche avant Jacob, d’après Langenbeck. (Voyez des preuves à l’appui in Langenbeck., op. cit., p. 34, remarq. 1.)

(2) Cités parPh. Bérard. Art. OEil , in Dict. en 30 vol., 1840, t. XXL

(3) On trouve déjà dans Jacob., op. cit., p. 301 :« A distinct and perfect membrane, apparent by of the same nature as that, wich Unes serous cavities. »

Voyez encore J. Sichol (Iconographie ophthalmologique. Paris, 1852-59) p. 149 : — « La membrane de Jacob a l’aspect d’une mambrane mince, opaline, séreuse, ou tout à lait semblable à une séreuse. Si le microscope n’y fait pas reconnaître les caractères anatomiques propres aux membranes séreuses, on ne peut nier qu’elle n’ait au moins les plus grandes analogies avec elles par ses fonctions, sa pathologie, etc... »

ques; ils sont longs de 50 p. (chez l’homme) et largues de 2 g. Vers la région de ïora serrata , ils deviennent un peu plus courts tout en conservant la même épaisseur. Ils sont serrés les uns contre les autres ; les cônes se trouvent placés de distance en distance entre eux (en g’énéral à 8 ou 10 g de distance dans les régions moyennes de la rétine) de sorte qu’il y a trois ou quatre bâtonnets entre deux cônes.

Par leur extrémité interne effilée, les bâtonnets se continuent, comme nous l’avons vu, avec les fibres correspondantes. L’extrémité externe est coupée carrément.

Ils se divisent en deux segments : l’un interne et l’autre externe. Cette séparation (1) n’est pas toujours très-nette sur les pièces bien fraîches. Quand elle est bien marquée, elle se fait pour tous les bâtonnets sur une même ligne, de sorte que la membrane de Jacob paraît divisée en deux couches. Comme cette séparation existe, d’une façon on ne peut plus évidente, sur les cônes, qui, nous le verrons, ne sont en somme qu’une variété de bâtonnets ; comme, d’autre part, Schultze a démontré que, même pendant la vie, les propriétés chimiques et optiques sont différentes pour la partie interne et la partie externe des bâtonnets, on peut se croire aujourd’hui autorisé à décrire séparément, dans ces éléments, un segment interne et un segment externe.

a. Segment interne. — Le segment interne est un peu plus large, plus pâle; il a plus de tendance à se gonfler et à devenir variqueux, parfois finement granulé. Il ne présente pas les propriétés optiques que Schultze a sigmalées dans le segment externe; il se colore plus facilement par le carmin, tandis qu’il reste beaucoup plus longtemps à se colorer en noir ou même ne se colore pas du tout par l’a-

(1) Indiquée d’abord par Hannover (Müll. , Arch., op. cit. , 1 840, p. 320, et Recherches microscop. sur le système nerveux , 1844), puis par Krause (1861), Braun et H. Muller.

eide hyperos inique. — On observe sur sa surface des slries longitudinales(Krause, oiseaux), striations qui seraient dues, d’après Schultze, non à de simples cannelures, mais à une véritable division en fibrilles \ cette di vision est parfois trèsvisible chez l’homme, mais évidente surtout sur les bâtonnets de la grenouille ei des poissons. Ces stries sont au nombre de quarante ou cinquante. Vers le sommet ou extrémité interne de ces segments, ces stries se rapprochent, de sorte qu’elles tendent à se confondre (Schultze) (1). Ces stries sont 'parallèles ou décrivent une spirale très-peu prononcée. Krausea observé la décomposition très-nette de ce segment en fibrilles qu'il nomme aiguilles (Nadel) ; ces aiguilles, sur des rétines altérées, resteraient parfois isolément fichées sur la membrane limitante externe, qui, vue de face, paraît alors finement ponctuée.

Ritter a décrit un filament central {filament de Ritter ) qui apparaît dans ce segment sur les rétines abandonnées quelque temps à elles-mêmes. Quelques auteurs considèrent ce filament, dont la présence est encore bien douteuse, comme un prolongement de cylindre-axe. Nous reviendrons sur ce sujet à propos de l’étude du segment externe, ainsi qu’à propos de celle des cônes, où l’on a cru trouver un filament analogue. — Krause avait décrit ce filament central du segunent interne des bâtonnets comme se terminant, vers la jonction des deux segments, par un corps ellipsoïde (opticus ellipsoïd) ; cette disposition, qui n’existe chez aucun mammifère (Schultze), mais que l’on constate chez les oiseaux, paraît tenir en effet à l’existence de corps lenticulaires , que Schultze a décrits, mais qui sont sans connexion avec le prétendu filament central. On les retrouve chez les reptiles (Schultze), où ils figurent une véritable lentille biconvexe , et là il est évident qu’ils ne représentent pas, comme le croyait Krause, d’après ses pre-

(l) Pg. 1001 (In Strickcr).

mières recherches sur la poule (1), une terminaison en massue de cylindre-axe. Chez quelques oiseaux, celle lentille se compose de deux moitiés différentes, et quant à 1 action des réactifs et quant aux propriétés optiques. Ainsi, chez le faucon, sa face interne, sous l’influence de l’acide acétique, s’allonge en pointe mousse, et finit par sedétachei en se cassant nettement comme la pointe d’un crayon. (Voy. M. Schultze, In S tricher, pag’e 1008; fig\ 358; 2, 3 et 4.)

b. Segment externe. — Le segment externe est un peu plus mince, se colorant facilement par le carmin, devenant noir sous l’influence de l’acide hyperosmique. Schultze et Rudneff (1865) ont trouvé que le segment externe des bâtonnets chez la grenouille, traité par l’acide nitrique, prend une teinte noire ; dans les bâtonnets des mammifères cette action serait nulle. Ils sontd’un brillant graisseux et présentent, d’après Schultze, le phénomène de la double réfraction. — Ce que ce segment externe présente de plus remarquable, c’est sa division spontanée, mais lente (nous verrons qu’elle se produit très-rapidement pour les segments correspondants des cônes) en lamelles très-minces, figurant une pile de monnaie. L’imbibition dans l’eau ou le sérum dilué favorise cette division ; mais l’imbibition, étant irrégulière, produit des déformations et des fléxuosités qui rendent bientôt les éléments méconnaissables. Dans les solutions plus concentrées (surtout en ac. chromique), cette division lamellaire se produit d’une façon régulière et élégante. Les grands bâtonnets de la rétine de la grenouille présentent très-vite cette division, qui est même déjà apparente sur la rétine toute fraîche et, pour ainsi dire, encore vivante, pourvu que l’on fasse usage de la lumière oblique (M. Schultze). Dès que l’imbibition commence, tout devient irrégulier et finit par disparaître.

(1) Areh. de Reich, et Du Bois-Revmond, 1867, p. 644 (Op. cit.)

Dans les alcalis, les segments externes des bâtonnets s’entortillent; ils restent homogènes, mais leur longueur augmente: quelquefois, ils se renflent en crochet à leur extrémité externe (1). Dans 35/100 de potasse, ils restent pendant plusieurs heures sans éprouver aucun changement. L’épaisseur des lamelles qui les constituent est, chez le cochon d’Inde, de 8/10 de (x (Krause). W. Zenker les a trouvées, chez la grenouille, de 6/10 de [x ; Max Schultze, de 5/10 chez le triton. DansJ’acide acétique, ces lamelles paraissent beaucoup plus minces.

La surface de ce segment externe présente, même chez l’homme, des stries fines, que l’on aperçoit surtout en se servant de l’acide hyperosmique et en faisant Y examen avec un grossissement de 1000 diamètres. D’après Schultze, ces stries sont aussi fines et aussi difficiles à apercevoir que celle de la Nitzschia sigmoïdes , diatomée qui constitue un test-objet bien plus fin encore que le Pleurosigma angulatum généralement employé. Iiensen a le premier indiqué ces lignes longitudinales et a même remarqué qu’elles décrivent une spirale très-allongée et à peine sensible. Mais Schultze a déterminé leur nature en montrant qu’elles ne résultent pas d’une composition fibrillaire (comme pour le seg^ment interne), mais qu’elles constituent de simples cannelures , qui ne pénètrent que très-superficiellement dans l’épaisseur du segment externe. C'est ce que l’on voit très-bien sur une lamelle isolée résultant de la décomposition précédemment décrite de ce segment : cette lamelle présente alors sous la forme d’un disque avec des dentelures analogues à celles d’une roue dentée, mais moins larges et moins profondes.

Ritter a également décrit, dans ce segment externe, un filament central qu’il compare à un cylinrlre-axe. Cet aspect n’aurait rien de réel, d'après Schultze, et serait le résultat

(1) Yoy. fig. 430, b, d; Robin (In Littré et Robin, Dictionnaire de médecine, 1873. Art. Rétine.)

(1 une altération. Cependant, Manz et Scliiess ont adopté la description de Rider. Ajoutons que sur les disques résultant d’une récente division lamellaire du segment, on aperçoit un point central , de teinte différente, qui pourrait être pris pour un fragment du prétendu cylindre-axe : telle est, en effet, l’interprétation de Hensen ; mais Zencker attribue cet aspect à une différence de réfraction entre la partie centrale et la partie périphérique. Malg’ré ces objections, Hensen décrit non-seulement un cylindre-axe dans le centre du segment externe, mais prétend même en avoir aperçu trois sur certains bâtonnets.

B. Cônes ( coni ; Zapfen .)

Les cônes, décrits nettement pour la première fois par Gottsche (1836), ont été comparés par tous les micrographes à une bouteille. Ce sont, en effet, des bâtonnets dont le segment interne s’épaissit, tandis que le segment externe se rétrécit et même s’effile à son extrémité. Cette séparation en segment interne etsegment externe se faitici beaucoup plus facilement que pour les bâtonnets; nous étudierons donc successivement chacun de ces segments. Plusieurs détails de structure intime que nous avons analysés à propos des bâtonnets se trouvant ici reproduits, nous pourrons passer plus rapidement sur leur description.

a. Segment interne. — Le segment interne (ou cône proprement (lit de quelques auteurs) est plus court que le segment interne des bâtonnets (15 à 20 (a). Par suite, la ligne qui correspond aux points de séparation de ces segments de cône est placée plus en dedans que la ligne semblable dont nous avons parlé à propos des bâtonnets.

Ce segment est épais de 6 à 7 ;x vers sa base; immédiatement au-dessous de celle-ci. il présente un léger renflement, comme une bouteille un peu ventrue.

Il est formé d’une substance très-finement granulée, qui présente la meme altérabilité que celle des segments correspondants des bâtonnets. Son extrémité interne se conti nue par un léger rétrécissement avec le grain de cône; nous avons déjà vu (voy. page 29) qu'il n’y a pas là de fibre interposée, mais presque continuité directe. On a décrit sur ce segment la même striation fibrillaire que pour les bâtonnets; seulement, les stries n’arrivent pas ici jusqu’à la base (extrémité interne) du segment et s’arrêtent sur une ligne assez tranchée, vers le milieu de leur trajet : elles n’occupent donc que la moitié externe. On a aussi décrit dans ce segment des corpuscules lenticulaires, mais dont la présence serait beaucoup plus rare que sur le segment interne des bâtonnets. De même pour la fibrille cen traie , ou le prétendu cylindre-axe. Ritler, qui a décrit ces fibres axiles (1869), basait ses affirmations sur des recherches faites sur les yeux d’une baleine, parce que, dans l’œil d’un animal aussi colossal, toutes les parties et leurs connexions doivent se montrer avec une g’rande évidence. Ces veux lui arrivaient des mers du Nord, conservés dans l’aeide chromique, mais très-compromis par la gelée. I! est évident que, dans ces conditions, comme le fait remarquer Krause, toutes les parties, et surtout les cônes et bâtonnets, ont dû être plus on moins altérées, et que, par conséquent, on ne peut attribuer une grande valeur à la découverte faite par Ritter d’un cylindre-axe dans les cônes de la baleine (1).

b. Segment externe. — Ce segment [bâtonnet de cône , pour quelques auteurs) (2), se sépare très-facilement du précé-

(1) Cependant L. Wecker dit avoir eu beaucoup à se louer de l’étude de l’œil sur la baleine: il lui a paru que celui du Balena mysticetus pourrait avantageusement fournir un type de structure rétinienne.

(2) Ce nom, donné primitivement au segment externe des cènes, n’est pas à conserver, car il amène de la confusion dans la nomenclature. Ce n'est pas

segment externe, mais le cône tout entier qui est V analogue des bâtonnets, ainsi

dent; il semble que les deux segments sont contenus dans une enveloppe commune, mais cette connexion paraît être la seule qui existe entre eux, et l’on ne trouve, d’après Max Schultze, aucune autre espècede continuité entre la substance des deux segments.

Ce segment externe est beaucoup plus court que celui des bâtonnets; par suite, il n’arrive pas jusqu’à la périphérie de la rétine, et se termine en pointe plus ou moins eflilée. Cette différence est surtout sensible dans les régions où les cônes sont régulièrement mêlés aux bâtonnets; elle esttrès-marquée dans la rétine du porc, d’après M. Schultze. Mais là où les cônes tendent à dominer, cette différence tend à disparaître, et le segment externe s'allonge, en même temps du reste que, par tous ses autres caractères, le cône se rapproche sensiblement de la structure du bâtonnet. Du reste, vu l’extrême altérabilité de ce segment externe, il est très-difficile de déterminer sa véritable longueur, ainsi que la forme précise de son extrémité terminale externe.

Tout ce que nous avons dit de la segmentation en lamelles discoïdes , de la striation en cannelures , de la présence d’un prétendu cylindre-axe dans le segment externe des bâtonnets, a été retrouvé également dans les serments externes des cônes; mais ici ces particularités sont plus difficiles à constater, vu la grande délicatesse de ces éléments; la segmentation lamellaire se produit plus vite, mais devient aussi plus rapidement irrégulière par imbibition.

Nous voyons donc en somme que les cônes ne sont que des bâtonnets modifiés, surtout quant à leurs formes et à leurs dimensions; aussi ces différences tendent-elles à s’ef- ’facer dans certaines régions de la rétine de l’homme [tache

que nous le verrons. A moins qu’on ne veuille pousser la confusion dans les termes jusqu’à sa dernière limite, en désignant, avec Frey, la partie interne des bâtonnets sous le nom de cône des bâtonnets, et la partie externe des cônes sous celui de bâtonnet des cônes.

jaune); toute distinction nette disparaît même lorsque 1 on étudie la rétine dans l’échelle animale.

Les détails minutieux auxquels ont abouti les recherches récentes sur la structure des bâtonnets et des cônes ne doivent pas être considérés comme des faits dignes au plus de fixer la curiosité des micrographes. U est permis d’espérer que ces connaissances, encore si indécises, en même temps qu’elles pourront acquérir une plus grande précision, deviendront de la plus haute importance au point de vue physiologique. Quelque exiguës que soient les dimensions des lamelles et des autres parties constituantes des éléments que nous venons d’étudier, il faut remarquer avec M. Schultze (1) qu’il s’agit ici de grandeurs de 7/10 de [/., ce qui est précisément la longueur moyenne des ondes lumineuses à la limite visible de la portion roug’e du spectre, et de 4/10 de g, ce qui est à peu près la longueur des ondes lumineuses à l'extrémité visible de sa portion violette. (Voy. 2e partie, Physiologie de la rétine.)

C’est à des considérations analogmes, dont nous développerons l’importance à propos de la physiologie de Ja perception des couleurs, que paraît se rattacher la présence des boules colorées placées au point de jonction du segment externe et du segment interne des cônes de la rétine des oiseaux. Ces boules, découvertes par Valentin (1837), ont surtout été étudiées par M. Schultze. Chez ces animaux, ainsi que chez quelques reptiles (Krause), on trouve en ce point un globule coloré transparent, jaune pour certains cônes, orangé ou même rouge pour d’autres. Les boules colorées ont été étudiées par Krause dans la rétine du lézard : elles y sont de trois couleurs différentes : rouge' orang’é, jaune verdâtre, bleu pâle. Ces sphères colorées sont bien distinctes des corps lenticulaires , constatés (voy. p. 36) surtout sur les bâtonnets (extrémité externe du

(1) In Stricker, p. 1006.

segment interne); cependant on «a trouvé chez quelques oiseaux des disques lenticulaires colorés (Max Schultze).

Les cônes présentent parfois une disposition qui a fort intrigué les micrographes : nous voulons parler des doubles cônes ( Zwillinçjszapfen oder Doppelzapferi) ou cônes jumeaux , signalés dès 1841 par Hannover (1). Ce sont deux cônes accolés côte à côte, de telle sorte que les deux segments internes sont presque confondus, tandis que les externes sont parfaitement distincts. Schultze se demande si l’on ne se trouverait pas en présence d'un cône en train de se seg1menter (?). Ces cônes jumeaux n’ont jamais été vus chez les mammifères; on les rencontre chez les amphibies et surtout chez les poissons. Kœlliker représente cette disposition chez la perche (2). De ces deux cônes jumeaux, l’un possède d’ordinaire une boule colorée , tandis que l’autre est souvent muni d’un disque lenticulaire (Yoy. p. 36 et 42j , est vrai que ce disque présente souvent une coloration particulière. Enfin les deux cônes jumeaux ne sont pas égaux (Schultze); celui qui possède la boule colorée présente toujours une longueur plus considérable. L’autre, plus petit, est nommé par Ivrause cône auxiliaire (3).

Dans le cône principal du lézard, existe la goutte graisseuse (comme chez les poissons); dans la partie externe du cône auxiliaire , il y a du pigment jaune. Dans le cône auxiliaire de la poule et du faucon, on trouve vers l’extrémité un noyau conoïde jaune.

La distribution des cônes et des bâtonnets a été étudiée avec grand soin dans ses variations, selon les diverses régions de la rétine humaine et selon les espèces ani-

(1) 11 faut distinguer ces véritables cènes jumeaux de ce que Briicko appelait coni gemini, appliquant ce nom à tous les cônes des poissons, «parce qu’ils sont coniques à leurs deux extrémités. » (In Desmares, loc. cit. , p. 29.)

(2) 2e édit, franc., p. 367, fig. 477, C.

(3) Yoy. Journ.de Cl). Robin, 1869, p. 551.

males. Ces faits ayant une grande importance au point de vue du rôle que Schultze tend à attribuer aux cônes dans la perception des couleurs, nous en indiquerons rapidement les résultats :

Nous avons déjà dit, et nous verrons plus loin avec plus de détails que vers la tache jaune les cônes forment une couche presque continue ; dans les parties moyennes de la rétine, il y a 3 ou 4 bâtonnets entre 2 cônes (voy. pag*e 35), disposition qui se maintient jusque vers Yora serrata , où les cônes sont encore plus rares.

Quelques poissons (raie, requin) ne possèdent pas de cônes CM. Schultze).

11 en est de même de quelques mammifères (chauvesouris, hérisson, taupe).

Par contre le lézard, la tortue, un grand nombre de serpents et peut-être tous les reptiles, n’offrent que des cônes. D’après Schultze, les conclusions parfois inverses de Hulke à ce sujet n’auraient. aucune valeur, car cet auteur se serait mépris sur les caractères distinctifs des cônes. Nous avons du reste déjà dit qu’on trouve des transitions insensibles entre ces deux espèces d’éléments. La nature des cônes du lézard, la présence ou l’absence de boule graisseuse colorée ont été l’un des principaux sujets, entre Krause et Max Schultze, de ces polémiques trop peu courtoises auxquelles nous avons fait précédemment allusion.

Chez les oiseaux, les cônes l’emportent en nombre sur les bâtonnets; mais, chose remarquable, chez les oiseaux nocturnes, les cônes diminuent au contraire. En même temps, on trouve des variations analogies dans la distribution des boules graisseuses colorées de Max Schultze : les rouges tendent à dominer chez les nocturnes, les jaunes, au contraire, chez les diurnes.

Chez les oiseaux, comme chez les mammifères, plus l’animal se distingue par ses habitudes nocturnes, plus les segrnents externes des cônes et des bâtonnets sont

long-s, plus ils se décomposent en nombreuses lamelles ou plaques discoïdes.

Cependant ces faits sont contredits par Krause, qui aurait trouvé, en 1868, les cônes aussi évidents chez le hibou que chez d’autres oiseaux; ils seraient même aussi nombreux: 11260 par millimètre carré de rétine chez le faucon; 11900 chez le hibou; « seulement, dit Krause, il est plus difficile de trouver les cônes chez les oiseaux nocturnes que chez les diurnes; voila pourquoi ils ont échappé aux recherches d’une méthode insuffisante de M. Schultze » (1).

La couche des cônes et des bâtonnets ne possède-t-elle que ces éléments? La membrane de Jacob ne renferme-t-elle rien qui continue les fibres de charpente'? La plupart des histolog-istes s’accordent pour répondre par la nég-ative et ad mettent que la membrane limitante externe représente la dernière expression de l’appareil de soutènement interposé, dans tout le reste de la rétine, aux éléments nerveux ou de sensation. — 11 n’en serait pas ainsi d’après Max Schultze, et l’on trouverait encore, vers la partie interne de la membrane de Jacob, des fibrilles interposées aux seg-ments internes des cônes et des bâtonnets, et jouant à leur ég-ard le rôle d’appareil de soutien.

Voici quelle est, d’après cet auteur, la disposition de ces éléments: vers la base des cônes et des bâtonnets, on voit partir, de la surface externe de la membrane limitante externe, une série de petits filaments qui entourent ces bases et remontent à peine jusqu’au niveau de la partie moyenne du seg-ment interne des cônes et des bâtonnets. Schultze compare ces fibrilles ainsi disposées à de petites corbeilles (faserkorbe) destinées à log-er les seg-ments internes,

(1) Krause, in Journ. de Ch. ltobin, 18(39, p, G50.

d’après ses figures et ses descriptions, nous les comparerions plutôt à une corolle de fleur radiée, formée de fleurons excessivement fins. Scliultze (d) lui-même ne peut se prononcer sur leur nature; quelques caractères de fragilité, de varicosité peu évidente lui font se demander si ce ne seraient pas là des éléments nerveux; cependant « ces fines fibres se laissent difficilement poursuivre en arrière dans la couche g’ranuleuse externe, à travers la membrane limitante externe, mais j’ai pu constater avec certitude qu’elles se mettent en connexion avec le tissu interposé entre les fibres de cône et de bâtonnet. Gomme ce tissu est incontestablement du tissu conjonctif, il en résulte que les fibrilles en question sont un prolongement de la substance conjonctive également finement fîbrillaire ou striée de la couche granuleuse externe; elles constituent des corbeilles (stützende faserkorbe) pour la base des cônes et des bâtonnets. Mais leur destinée ultérieure, une fois qu’elles se sont accolées à la surface extérieure des cônes, chez l’homme, est rendue douteuse par une nouvelle complication de la partie interne du corps des cônes. En effet, d’après mes recherches, on y trouve une masse épaisse de très fines fibrilles (2) qui s’étendent de la surface à toute la profondeur du cône, si bien qu’il est impossible de distinguer les fibres superficielles des profondes. Les fibrilles internes, chose remarquable, n’arrivent pas jusqu’au niveau de la limitante interne, mais s’arrêtent brusquement un peu au-dessus de cette membrane » (3).

Page 1