II. Couche des fibres du nerf optique
La couche des fibres du nerf optique (stratum fibrillosum ; couche des tubes nerveux, Ch. Robin; couche fibreuse, Sappey; Options fuser n, Schult.), est formée, comme son nom l’indique, par l’épanouissement des fibres du nerf, à partir de la papille. Ces fibres forment de petits faisceaux qui rayonnent régulièrement dans tous les sens; mais, au niveau de la tache jaune, elles circonscrivent un espace ovale, les unes se dirigeant en droite ligne vers l’extrémité interne de cette tache, les autres s’arrêtant après un trajet curviligne sur ses bords supérieur et inférieur. Cette disposition persiste encore quelque temps au delà (en dehors) delà tache jaune, de sorte que les fibres dessinent en ce point un raphé, une raie blanche , située sur le prolongement de Taxe de la tache jaune (IColliker).
L’épaisseur de cette couche est très-variable : de 20 jx autour de la papille, elle présente ailleurs une épaisseur moyenne de 8 jx, de 4 à 5 tx seulement au bord de la tache jaune ; elle diminue extrêmement vers les régions antérieures, pour se réduire à 3 ou 4 (x vers Yora serrata.
Les fibres qui la composent doivent être considérées comme des cylindre-axes. Ehremberg, en 1854, avait déjà indiqué leur identité avec les fibres des centres nerveux, c’est-à-dire avec les fibres nerveuses sans gaine. Pour constater leur nature, il faut, autant que possible, d’après Schultze, les étudier à l’état frais, même sur un œil encore chaud, en recueillant les débris de la membrane dans le liquide du corps vitré. La région de Yora serrata (1), où ces éléments nerveux sont plus rares, est la plus avantageuse pour cette étude; dans ces circonstances on se trouve en présence de fibres de 1 [x d’épaisseur en moyenne, sans
1) Voy. plus loin.
aucun noyau sur leur trajet et cl’un pouvoir réfringent très-considérable. Kolliker semble s’étonner de n’avoir jamais trouvé de cylindre-axe dans leur intérieur, ce qui nous paraît tout naturel aujourd’hui que M. Schultze (et antérieurement Bowman) ont montré que ces éléments représentent simplement des cylindre-axes.
Sur le cadavre, ou dès que la préparation est un peu ancienne, ces fibres prennent un aspect variqueux, qui ne tientpas, comme dans les autres éléments nerveux, à une coagulation irrégulière de la myéline, puisque la gaine médullaire est ici absente. Cet aspect est dû à une imbibition irrégulière du cylindre-axe dont la texture se trouve altérée: de finement strié cet élément devient granuleux et irrégulier ; les solutions concentrées d’acide chromique empêchent ou retardent la production de ces varicosités. D’après H. Muller (1), dans les cas d’œdème de la rétine, on verrait se produire, par imbibition, des varicosités de ce g’enre, varicosités si considérables que Zenker les avait prises pour des renflements cellulaires et décrites comme des cas d'ectopie des cellules nerveuses.
Ces fibres ne paraissent pas se bifurquer dans leur trajet; les dichotomies décrites par Corti et Gerlach seraient, d’après Schultze, des prolongements fourchus des cellules nerveuses sous-jacentes (2).
Nous avons dit que ces cylindre-axes sont dépourvus de gaîne médullaire; c’est là la règle générale pour les mammifères, cependant chez le lapin (Bobin) (3) ce tube existe autour de beaucoup d’entre eux jusqu’à leur connexion avec les cellules de la couche suivante; ils formeraient, d’après Bowman, deux faisceaux blancs irradiés chez le lièvre. On trouve aussi parfois chez l’homme des fibres qui sont accompagnées de myéline, de sorte qu’en
(1) Schullze. in Slricker. Op. cit., page 984. (^2) Voy. plus loin, page 20).
(3) Dict. de méd., page 1339.
Duval.
ces points la rétine n’est pas transparente et paraît blanche; Virchow le premier a décrit un cas de ce genre : il s’agissait d’un hommequi présentait quatre rayons partant de la papille (1); une autre présentait une sorte d’anneau. Ces faits, constatés sur le cadavre, ont été depuis reconnus sur le vivant, à l’aide de l’ophthalmoscope. Donitz (2) a observé sur lui-même une tache blanche de cette nature, formant une espèce de punctum cæcum. Les fibres nerveuses que nous venons de décrire ne présentent aucune connexion avec la membrane précédente.
Outre les fibres nerveuses, on trouve dans cette couche l’origine des fibres de soutien delà rétine; ce sont des libres relativement résistantes, qui se distinguent parleur apparence rugueuse et leur direction perpendiculaire au plan de la rétine. Elles commencent, au milieu des expansions des fibres optiques, par des masses en forme d e colonnes à bases élargies, qui prennent naissance sur la membrane limitante interne. H. Millier et Kolliker les représentent en ce point comme des renflements triangulaires. D’après M. Schultze, la limitante interne résulterait tout simplement de la fusion de ces bases, qui en effet se décomposeraient elles-mêmes en fibrilles très-fines; mais ces connexions sont encore douteuses (Kolliker), car la limitante interne, malgré l’aspect de tissu de filigTane que lui attribue Schultze, présente, avons-nous déjà dit, tous les caractères d’une membrane amorphe très-résistante aux réactifs chimiques, tandis que la base des fibres de soutien est remarquable par son altérabilité très-grande; pour peu que la rétine soit altérée, elles deviennent invisibles ou n’existent plus que par fragments.
Par leur extrémité externe, les fibres de soutien (fibres
(1) Follin a donne unu uonne liguie d’une rétine semblable examinée à l’opMhalmoscope. (Voy. Leçons sur i exploration de l’œil. 18C3, page 149, fig. 28).
(2) Arc h. de Du Bois-Reymond, Op. cit., 864, page 1741.
radiées), se prolongent dans la couche suivante d’une façon très-visible.